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«J’aime l’Angleterre, West Ham et les Knicks»

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«J’aime l’Angleterre, West Ham et les Knicks»

Avec «La fiancée syrienne», et plus récemment, «Le voyage du directeur des ressources humaines», le réalisateur israélien, Eran Riklis, 66 ans, a fait partager au public français son goût pour les situations absurdes. Sans doute ce même penchant lui fait-il en pincer davantage pour les losers du ballon rond plutôt que pour les machines à gagner.

Dans Cup Final, votre premier long-métrage (1991), pourquoi avoir choisi d’entremêler intervention israélienne au Liban et Coupe du Monde 1982 ?

En réalité, c’était une idée très naturelle. En juin 1982, le début du conflit coïncidait avec le début de la Coupe du Monde, et les soldats israéliens comme les palestiniens étaient nombreux à vouloir voir les matches. Mêler le foot, un jeu émotionnel et très nationaliste, avec la guerre, formait une combinaison qui allait de soi. Les deux côtés de la pièce sont consubstantiels au football. Oui, il s’agit d’un affrontement, mais ce sport crée aussi un espace de fraternité, symbolisé dans Cup Final par la relation entre le prisonnier israélien et le chef du groupe palestinien, tous les deux fans de la squadra azzurra. Même à petite échelle, j’utilise le football dans la plupart de mes films, car il permet de situer rapidement des personnages selon le club qu’ils supportent : leur ville, leur classe sociale … Quand j’ai préparé Cup Final, je n’avais pas pour référence d’autres films ayant traité de football, plutôt la Grande Illusion de Jean Renoir.
Comme dans Cup Final, la sélection italienne est-elle réellement populaire chez les Israéliens et les Palestiniens ?

Ce choix était avant tout guidé par une question de commodité. Car la sélection italienne allait au bout et cela m’arrangeait pour dérouler mon récit. Mais ce fut aussi un choix culturel, car beaucoup de Palestiniens vont en Italie pour étudier la médecine, à Bologne, et beaucoup d’Israéliens travaillant dans la confection sont fascinés par la mode italienne. Mon personnage principal était un petit commerçant qui allait souvent en Italie pour ses affaires. Et puis l’équipe de 1982 était vraiment excitante, avec Paolo Rossi, Altobelli, Bergomi …

La sélection israélienne n’a participé qu’à une Coupe du Monde (1970). Quel souvenir en gardez-vous ?

Avec 1982, je crois que 1970 fut l’une des Coupe du Monde les plus fortes, les plus excitantes. Israël y a très bien figuré en faisant notamment match nul contre l’Italie (0-0). J’avais 16 ans et je vivais au Brésil. Ce fut la seule fois où on a eu de vrais bons joueurs managés par un vrai bon coach : Emmanuel Scheffer, un juif né en Allemagne. Un homme très dur. C’était un autre temps, le football était presque amateur. Maintenant on a des joueurs en Angleterre, comme Benayoun, mais il n’existe plus la même passion. Pour la population israélienne, les joueurs de 1970 sont de véritables héros : les Spiegler, Spigel …

Depuis 1970, avez-vous adopté une sélection de substitution faute de pouvoir supporter Israël ? 


Oui, l’Angleterre. Les Israéliens aiment deux équipes avant tout : le Brésil, comme partout, et l’Angleterre. Peut-être car les Anglais contrôlaient la Palestine, que se sont tissés des liens entre les deux populations. Aussi, car il y a beaucoup de tourisme vers Londres. L’Angleterre c’est mon équipe, sans que je ne sache vraiment pourquoi, même s’ils sont losers, et parfois idiots. J’ai vécu à Londres, et là-bas, j’ai aussi adopté West Ham. Leur histoire est intéressante, car ils ont toujours été menés par des joueurs élégants, comme Bobby Moore, Geoff Hurst, puis Trevor Brooking. C’est une belle école de football, au jeu classieux et technique. Aujourd’hui ça joue moins bien mais ils sont toujours aussi losers … J’aime supporter ce genre de clubs. Au basket, par exemple, je me suis pris d’affection pour les Knicks. Un cauchemar …

Le basket est d’ailleurs au coeur de votre prochain film, « Playoff » , qui revient sur le parcours d’un coach israélien, Ralph Klein. Rapprocherez-vous ce métier de celui de réalisateur ?

Totalement. En fait j’avais l’impression de faire un film sur un réalisateur. Dans les deux métiers, il faut se comporter en leader, être dur mais aussi aimable, te lier avec tes acteurs, mais aussi régler des problèmes car il y toujours des éléments difficiles dans un groupe ou dans une équipe de tournage… On joue sur les mêmes ressorts psychologiques. Aussi, il faut toujours s’assurer que ton équipe te suit, et le public constitue le juge suprême. Si l’on en revient au football, j’ai une grande admiration pour un entraîneur en particulier : Brian Clough. Il était à moitié fou, parlait beaucoup, était agressif, et c’est d’ailleurs pour cela qu’il na jamais coaché l’Angleterre. Mais il a fait d’un petit club (Nottingham Forest, ndlr) un double champion d’Europe.

Pour terminer : pensez-vous que le football puisse jouer un rôle aussi mineur soit-il dans le rapprochement entre Israéliens et Palestiniens ?

D’un côté je me dis qu’un match Israël-Palestine ne changerait sans doute pas grand chose, mais si un organisateur a l’idée d’organiser vraiment un gros match, avec une grosse couverture médiatique, en invitant aussi les meilleurs joueurs du monde dans un lieu symbolique, à Jérusalem, par exemple, on serait devant une grande histoire : remplir le stade avec des Palestiniens et Israéliens qui s’opposent pour le foot. Et non pour la terre.

Propos recueillis par Thomas Goubin

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