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Yan Diomandé, un dribbleur pas comme les autres

Par Vincent Miffon
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Yan Diomandé, un dribbleur pas comme les autres

Grande révélation de la saison en Bundesliga, Yan Diomandé est annoncé titulaire avec la Côte d'Ivoire contre la France à Nantes ce jeudi soir. Encore en quatrième division américaine il y a moins d'un an et demi, le virevoltant ailier a mis l'Europe à ses pieds et s'apprête à disputer sa première Coupe du monde à 19 ans. Décryptage d’un joueur frisson au destin hors du commun et à la trajectoire inespérée.

Il est de ceux qui sont miraculés grâce au football. Ceux qui, en un claquement de doigts, voient leur destin changer du tout au tout, prendre une trajectoire qu’on ne pense voir que dans les gros blockbusters hollywoodiens. Yan Diomandé n’est pas fait du même bois que les autres. En l’espace de 16 mois, le garçon est passé de la D4 américaine (oui, oui) à la Coupe du monde, qu’il va disputer cet été… aux États-Unis. Comme si ce destin hors-normes était lié aux States. Cet été, l’international ivoirien pourra toujours rencontrer des scénaristes américains pour leur conter son histoire : celle d’un petit gars issu du quartier populaire de Yopougon (à Abidjan), qui a connu une ascension phénoménale ces derniers mois et s’est imposé comme l’un des meilleurs ailiers du Vieux Continent, jusqu’à attiser le féroce appétit des cadors européens.

Destin atypique et caractère bien trempé

Quand Yan Diomandé regarde derrière lui dans le rétro, il a de quoi être fier. Dans son pays natal, il avait déjà cette fameuse petite étincelle à l’époque, celle qui brûle la rétine et qu’on pourra ressortir fièrement plus tard tel un scout à base de « je vous l’avais dit ». D’ailleurs, lui-même le sait, qu’il avait ce petit truc en plus. « En Côte d’Ivoire, je partais pas regarder les gens. C’est les gens qui venaient me regarder », assurait-il fièrement dans le dernier numéro de SO FOOT consacré à la Coupe du monde.

Je n’ai jamais eu l’intention de rester aux États-Unis, mon ambition a toujours été de venir jouer en Europe.

Yan Diomandé

Mais son pays est trop petit pour lui, alors il multiplie les essais dans les clubs, jusqu’à taper dans l’œil de Leganés… qui l’envoie se former aux États-Unis. À tout juste 15 ans, Diomandé débarque au pays de tous les possibles et de tous les excès, tout seul, sans parler la langue. À la DME Academy, une école de sport d’élite en Floride, il poursuit sa progression et joue en même temps à l’American Sports Frenzi, avec lequel il remporte la D4 américaine (la United Premier Soccer League) et inscrit deux buts en finale du championnat semi-professionnel à 16 ans. Il aurait pu espérer percer aux States et en MLS, lui avait d’autres idées en tête : « Je n’ai jamais eu l’intention de rester aux États-Unis, mon ambition a toujours été de venir jouer en Europe. »

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Leganés le rapatrie pour renforcer son équipe réserve, mais le foot et la vie font parfois bien les choses. En difficulté en raison de plusieurs absences, le petit club espagnol le lance dans le grand bain face au Real Madrid et au Barça, rien que ça. Rapidement, l’ailier ivoirien s’impose dans le onze titulaire… pour ne plus le quitter. Ses fulgurances ne laissent pas insensible Leipzig, qui n’hésite pas à poser 20 patates sur lui alors qu’il ne compte que 10 maigres matchs en pro et vient de se faire reléguer en deuxième division espagnole. Un pari osé, mais un pari réussi.

La suite, on la connaît : une saison de fou, un titre de rookie de la saison en Bundesliga, les portes de la sélection ivoirienne qui s’ouvrent et une valeur qui explose. Outre cette ascension fulgurante, Diomandé est un homme de principes et de caractère, il sait d’où il vient et ce qu’il a traversé. La preuve, après avoir paraphé un bail à 3 millions d’euros avec son nouvel équipementier New Balance, il n’a pas hésité une seule seconde à tirer sur une certaine marque aux trois bandes : « Ils m’ont pas respecté, Adidas. Ils m’ont proposé un mauvais contrat, misérable, que j’ai pas voulu signer. » 

Dragster fou à l’instinct

Ailier supersonique capable d’évoluer aussi bien sur le flanc droit que sur le gauche, celui qui se décrit comme « un joueur spectaculaire » a une palette déjà impressionnante et très complète. Il sait aussi bien mordre la ligne que revenir à l’intérieur, sait attaquer la profondeur comme jouer dans les petits espaces, prend sans arrêt des risques, ne ménage pas ses efforts…  À 19 ans, il vient de boucler sa première vraie saison complète avec 13 buts et 9 offrandes en 36 matchs toutes compétitions confondues.

Plus que ça, le numéro 49 du RBL est un joueur virevoltant, provocateur, destructeur. Le type de joueur pour lequel on se lève de notre canapé avec une main posée sur le crâne après des dribbles fous, des crochets dévastateurs et un petit pont osé mais bien senti. C’est d’ailleurs sa caractéristique principale, le dribble. Dans un football moderne de plus en plus aseptisé et stéréotypé, Diomandé est un fantaisiste qui ne calcule rien, qui joue l’instinct et donne des émotions. Meilleur dribbleur de Bundesliga avec 3,5 dribbles réussis par match en moyenne, il est aussi le deuxième meilleur dribbleur du top 5 européen avec 115 dribbles réussis. Seul un certain Lamine Yamal fait mieux, c’est dire le niveau du bonhomme.

Après une seule saison en Allemagne, l’Éléphant attise la convoitise des plus grosses écuries européennes : le PSG, Liverpool, le Bayern… Et c’est le RasenBallsport qui s’en frotte les mains et qui a fixé un prix à 100 millions d’euros pour lâcher son crack. Son père étant supporter parisien, Diomandé a d’ailleurs lancé un sacré appel du pied aux doubles champions d’Europe en conférence de presse ce mercredi : « Le Paris Saint-Germain est une équipe que j’aime depuis tout petit. » Le message est passé.

Mais il n’est pas (encore) temps de parler gros sous et porte-monnaie. Une Coupe du monde en Amérique approche à grands pas pour Yan Diomandé, qui sera assurément l’une des grandes attractions de l’été avec son pays. La première répétition commence dès ce jeudi soir face à l’équipe de France. Les Bleus savent qu’ils devront rester solides sur leurs appuis et fermer les jambes si Diomandé approche avec le ballon.

En direct : France - Côte d'Ivoire (0-0)

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