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Arsenal, pour la mort du jeu

Par Clément Gavard
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Arsenal, pour la mort du jeu

À peu de choses près, le coup d'Arsenal aurait été parfait. Seulement, les Gunners de Mikel Arteta ont perdu aux tirs au but contre le PSG, sans vraiment jouer une finale de Ligue des champions. Le vainqueur de la Premier League, auto-proclamé meilleur championnat du monde, aurait dû pouvoir faire mieux.

Comment gagner un match quand on a l’air d’avoir tort sur toute la ligne ? Plus d’un entraîneur, plus d’une équipe et plus d’un match dans la grande histoire du foot ont montré que le résultat pouvait donner raison au moins fort — ou au plus moche, c’est selon. À Budapest, ce samedi, Arsenal n’est pas passé très loin d’offrir le genre de surprise que sait nous réserver ce sport. À peu de choses près, c’est-à-dire un tir au but raté de Gabriel ou d’Eberechi Eze, un exploit de David Raya ou un loupé d’un Parisien, les Gunners de Mikel Arteta auraient pu avoir raison sur toute la ligne. Ils n’auraient pas été les plus beaux champions d’Europe, mais ils auraient été champions d’Europe. C’est souvent suffisant pour oublier tout le reste, au moins un temps. Problème : ces fameuses choses n’ont pas tourné en faveur du nouveau roi d’Angleterre et Arsenal a perdu, comme en 2006. Cette finale laissera des larmes, d’autres démons européens et un immense regret, celui de ne pas l’avoir jouée.

Des stats pour pleurer

Depuis que le PSG a remis sa tête dans des étoiles qu’il commence à bien connaître, les supporters d’Arsenal ont eu le temps de passer par tous les sentiments provoqués par une défaite dans ces hauteurs : la colère, l’incompréhension, le déni et sans doute la frustration d’avoir raté quelque chose. Ils ont vu défiler une ribambelle de statistiques toutes plus gênantes les unes que les autres pour une équipe prétendant à la couronne suprême. Allez, au choix : 24,7% de possession, la plus faible enregistrée pour une équipe en finale de C1 depuis 2003-2004 sous Arteta dans un match à 11 contre 11 selon les copains d’Opta ; 7 tirs dont un cadré, le but de Kai Havertz à la 6e minute ; 0,01 d’expected goals de la 45e à la 120e minute ; 14 ballons touchés dans la surface adverse (43 pour le PSG) ; ou encore 285 passes tentée seulement, soit trois fois moins que l’équipe de Luis Enrique. Ce n’était pas un 32e de Coupe de France entre un cador et un petit budget, c’était un finale de Ligue des champions entre deux clubs richissimes.

À gauche, le PSG ; à droite, Arsenal (source : whoscored)
À gauche, le PSG ; à droite, Arsenal (source : whoscored)

C’est le pire ou plutôt le plus beau dans le foot : Arsenal aurait pu devenir champion d’Europe en présentant une telle partition. Personne n’aurait eu quelque chose à redire, gagner un tel trophée rend intouchable, quel qu’en soit le chemin. La cruauté de l’issue entraîne l’effet inverse : les Gunners ont eu tort. Ils n’ont pas marqué trop tôt, comme le voudrait le sacro-saint poncif, mais ils ont compris trop tard, en gros devant le loupé du pauvre Gabriel, qu’ils n’avaient pas joué comme ils l’auraient dû. La deuxième attaque de Premier League (71 buts) n’a pas été au niveau de ce rendez-vous techniquement, rendant tous les ballons comme si le cuir brûlait et proposant à peine un, deux ou trois mouvements intéressants collectivement. Ils ont défendu admirablement et leur vice, ce côté méchant qui ne caractérise par Arsenal historiquement, avait quelque chose d’exaltant parce qu’il faut toujours des salopards et des méchants pour faire une grande rencontre. Il aurait aussi fallu une autre équipe, en face d’un PSG qui n’a pas non plus faire sa plus grande partie.

Saka-Ødegaard, artistes sans inspi

Arsenal pouvait-il faire autrement, au fond, c’est peut-être la meilleure question à se poser. On ne reste pas invaincu sur toute une Ligue des champions (15 matchs, 0 défaite) sur un malentendu ou un coup de pot. Plusieurs joueurs auraient dû faire mieux, mais Arteta fait aussi reposer sa machine sur deux leaders techniques qui n’ont pas été au niveau d’une finale de Ligue des champions. Martin Ødegaard, premier défenseur plus que meneur, d’un côté, Bukayo Saka, détonateur sans détonations, de l’autre. L’international anglais n’a pas ressemblé à un crack ni à un joueur offensif tout court, la preuve avec ces chiffres terrifiants : il a commis autant de fautes qu’il n’a réussi de passes en 83 minutes passées sur le terrain. Un désastre footballistique.

Ce n’était pas le plan de faire ce que nous avons fait, mais c’est aussi à cause de Paris.

Mikel Arteta

Même les corners, où on prédisait le pire à Matveï Safonov, n’ont quasiment jamais fait trembler le gardien russe. Il faut dire qu’Arsenal n’en a eu que trois à se mettre sous la dent. Tous les styles et toutes les idées peuvent se valoir dans le foot, mais ce n’est pas ce qu’on attendait du champion du « meilleur » championnat du monde et d’une équipe décidée à monter sur le toit de l’Europe. Cette négation du foot, puisque ç’en a trop souvent été une ce samedi soir, ne pouvait se reposer que sur la chance face à une équipe comme le Paris Saint-Germain. C’était chiant, c’était moche et ce n’était sûrement pas voulu, comme l’a confessé Arteta avec sa médaille d’argent autour du coup : « Je veux féliciter le PSG, et Luis Enrique en particulier, car c’est, pour moi, le meilleur entraîneur du monde. Ce n’était pas le plan de faire ce que nous avons fait, mais c’est aussi à cause de Paris. » Une certaine manière de rappeler que la meilleure équipe a gagné.

Où le PSG va-t-il fêter son titre ?

Par Clément Gavard

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