• Un jour, un transfert
  • Épisode 46

Éverton et Souza au PSG : transfert moqué, interview croisée

Par Alexandre Berthaud, à São Paulo

Cet été pendant le mercato, So Foot revient chaque jour de la semaine sur un transfert ayant marqué son époque à sa manière. Pour ce 46e épisode, honneur à un duo : Willamis de Souza Silva et Éverton Santos, signés par le Paris Saint-Germain sur le gong du mercato d’hiver en janvier 2008. Le PSG est en pleine saison décevante, et tente un coup : claquer sept millions d’euros sur deux Brésiliens. Les deux joueurs, qui cumuleront vingt matchs sous le maillot parisien, racontent l’histoire.

« Ça fait quatre ans que je suis parti, on ne me parle que des Brésiliens. » En 2016, Alain Roche prononce cette phrase dans une interview au site goal.com. Directeur sportif du PSG de 2007 à 2012, il ne supporte pas qu’on ne retienne de lui que ses échecs. L’arrivée d’Éverton et Souza, en janvier 2008, fait pourtant partie des plus cuisants. Aujourd’hui encore, elle est régulièrement citée parmi les pires transferts de l’histoire. Il faut dire que le PSG aurait déboursé entre six et huit millions, selon les sources, pour un espoir de 21 ans qui n’avait pas prouvé grand-chose au Brésil (Éverton) et un joueur confirmé – mais pas star – du championnat brésilien (Souza, 28 ans). Dans son livre, Alain Roche parle de précipitation et de contexte : le 31 janvier 2008, Paris pointe à la treizième place du championnat. Pas suffisant quand on a Landreau, Yepes et Rothen ou encore Pauleta dans son effectif. En cette fin de mercato et sans aucune transaction en vue, le PSG active sa fameuse filière brésilienne. Éverton Leandro Dos Santos Pintos et Willamis de Souza Silva signent, le PSG ne s’améliore pas et il est dix-huitième à la fin de la 36e journée : l’arrivée des deux compatriotes se grave alors comme synonyme d’échec. Quatorze ans après les faits, l’un est chroniqueur dans un des nombreux programmes de foot à la télé brésilienne (Souza, sur Band TV) et l’autre a quitté en janvier la troisième division brésilienne. Ils racontent, pour la première fois, leur propre transfert.


Un rêve de gosses

Éverton : « Quand les dirigeants et mes agents m’ont appris le transfert, j’étais au siège du club (Corinthians). J’ai appelé mon père, je n’avais même pas le temps de faire ma valise et il fallait qu’il me l’apporte à l’aéroport pour arriver à temps à Paris. C’est seulement dans l’avion que je réalise, j’ai 21 ans et je vais rejoindre un club réputé en Europe. C’est un rêve de gosse, je me souviens de l’émotion très forte. »

Souza : « Moi, j’avais un match. Au Brésil, les jours de match, on nous laisse dormir tard. Je me réveille, je vois qu’un gars du club, Milton Cruz, m’a appelé alors qu’il ne m’appelait jamais. Je l’appelle, je lui demande ce qu’il y a… Mais il ne voulait pas être le premier à me l’annoncer. Je n’ai pas joué, j’ai fait ma valise et j’ai filé. Ça s’est passé aussi vite pour moi que pour les supporters parisiens. Évidemment, tous les gamins d’ici qui comme moi naissent dans un milieu pauvre et jouent au foot rêvent d’aller en Europe. Pour moi, c’était un aboutissement. »

C’est seulement dans l’avion que je réalise, j’ai 21 ans et je vais rejoindre un club réputé en Europe. C’est un rêve de gosse, je me souviens de l’émotion très forte. 

Éverton : « Mes agents m’avaient déjà parlé de l’intérêt de l’AS Monaco quelques mois avant, ça ne s’était pas fait. Là, j’étais au courant depuis une quinzaine de jours que le PSG se renseignait. Le premier contact est venu d’un agent français qui opère ici, Franck Henouda. Je crois que les négociations ont pris du temps, il y avait des clauses à négocier. J’ai juste eu Alain Roche au téléphone avant de prendre l’avion, mais pas d’autre contact. »

Souza : « Marcos Ceará, qui jouait au PSG à l’époque et que j’avais déjà croisé en tant qu’adversaire au Brésil, m’avait appelé avec Paul Le Guen quelques jours avant pour m’expliquer la situation du club et l’intérêt. Un appel très bref et c’est tout, deux ou trois jours avant la fermeture du mercato. Je savais que, parce que mon club de São Paulo FC gagnait tout à l’époque, on s’intéressait à moi, mais rien n’avait jamais abouti. »


Coup de froid

Éverton : « Je sors de l’avion, on est allé tout de suite au siège du club, accueilli par Valdo. J’ai rencontré mon traducteur, avec qui je suis encore ami aujourd’hui. Je me souviens du froid intense, c’était la première fois que j’allais en Europe. »

Souza : « Moi, de là où je viens, l’État d’Alagoas, quand il fait 26 degrés, on dit qu’il fait froid. Donc évidemment, je me souviens de l’arrivée à Paris en plein hiver. C’était ma première fois en Europe également. Les premières semaines, c’était dur, aussi parce que j’étais à l’hôtel, tout seul, sans la famille, pendant au moins deux mois. »

Éverton : « Si c’était à refaire aujourd’hui, c’est sûr que j’emmènerais ma famille, ça a rendu mon adaptation encore plus difficile. Je parlais pas mal avec Pedro (Pauleta), évidemment avec Marcos (Ceará) qui m’ont beaucoup aidé. Je me souviens de Peguy Luyindula, très sympa aussi. »

En France, évidemment, certains m’ont aidé. Mais avec d’autres ou même les gens du club, c’est « bonjour » le matin et c’est tout. Le vivre ensemble est différent, en tout cas il l’était à l’époque. 

Souza : « Pauleta et Yepes m’aidaient beaucoup, oui, mais ça n’empêche pas le choc culturel. La principale différence, ce qui a été dur à surmonter, c’est qu’au Brésil, le club est ton cocon. Tu blagues, le vestiaire représente une bande de potes… En France, évidemment, certains m’ont aidé. Mais avec d’autres ou même les gens du club, c’est « bonjour » le matin et c’est tout. Le vivre-ensemble est différent, en tout cas il l’était à l’époque. » Éverton : « Au Brésil, tu arrives quelque part et 24 heures après tu es déjà invité pour le café. Donc c’est vrai que ça change, c’est un peuple plus réservé. »

Souza : « L’adaptation football est facile, c’est onze contre onze avec le même ballon rond. Le plus difficile, c’est la différence de culture. Au Brésil, tu es dans un cocon. Par exemple, on te laisse dormir les jours de matchs et quelqu’un t’appelle pour te réveiller. Au PSG, tu te réveilles tout seul, tôt. On petit-déjeune et on marche ensemble, je me souviens de marcher de bon matin en plein hiver. En France, il fallait aussi penser à amener son matériel. Un jour, contre Lyon, j’ai oublié mes protège-tibias. Heureusement, Fred m’en a prêté. Il savait que je n’étais pas là depuis longtemps, il a compris directement quand je lui ai dit : « J’ai besoin de te parler. » Il a répondu : « Tu as oublié quoi ? » »


L’échec

Éverton : « L’hiver était rude pour mon adaptation, et le football était différent. Le foot français, encore aujourd’hui je trouve, est vraiment un football avec énormément de contacts. Il faut de la force, il faut aller extrêmement vite dans la prise de décision. »

Souza : « Moi, j’étais déjà un peu roublard et je savais me servir de mon corps. Pour Éverton, c’était difficile. Je me souviens que d’autres joueurs se moquaient de lui quand il subissait au contact, qu’il tombait. Je n’ai pas eu ces problèmes, j’ai été en grande majorité bien accueilli. »

Éverton : « Je me souviens de ma conférence de presse de présentation, j’avais expliqué que j’étais un joueur similaire à Robinho. Mon intention était de décrire mon style de jeu, petit et rapide, pas de me comparer à lui. C’était déjà un joueur accompli à l’époque et c’est sûr qu’aujourd’hui, je ne prendrais pas le risque de créer ces attentes-là en faisant cette comparaison. »

 Le match contre Marseille, je le raconte encore. Parce qu’en face, en adversaire direct, j’ai Taye Taiwo. Je le regarde, il a des cuisses qui sont plus épaisses que mon corps entier et je n’ai jamais joué contre un gars aussi fort physiquement.

Souza : « Moi, j’ai galéré en matière de puissance également. Le match contre Marseille, je le raconte encore. Parce qu’en face, en adversaire direct, j’ai Taye Taiwo. Je le regarde, il a des cuisses qui sont plus épaisses que mon corps entier et je n’ai jamais joué contre un gars aussi fort physiquement. Paul Le Guen me dit de défendre, surtout sans faire faute, pour protéger notre goal, Landreau. Je fais faute, on prend un but sur coup franc. Paul m’appelle après le match, il me dit : « Tu as été bon sur le plan tactique, mais tu n’aurais pas dû faire faute. » Et moi, je réponds : « Mais comment je pouvais défendre sur lui, tu as déjà vu quelqu’un arrêter la guerre avec un balai ? » Là, le traducteur rigole, Paul demande ce que j’ai dit, le traducteur n’a pas voulu lui dire. Mais on s’entendait très bien avec Paul, on avait vraiment une bonne relation. Ça montre aussi cette différence de rôle du milieu offensif excentré. En France, tu joues vers l’extérieur, vers la ligne de touche. Au Brésil, tu te projettes à l’intérieur, le couloir est au latéral. Je faisais des aller-retour, pour défendre notamment, sur le latéral adverse type Taiwo. Quand je recevais la balle, je n’avais plus les jambes ! »

Éverton : « Le seul moment où j’ai commencé à avoir ma chance sous Paul Le Guen, je me suis blessé au pied. Là, c’était terminé. Je devais faire une opération, me remettre. Au moment de la reprise, je retourne au club pour une réunion avec Paul et Alain Roche. On discute, et ils me disent qu’un dirigeant de Fluminense est venu en France spécialement pour faire part de l’intérêt du club pour un prêt. Après deux semaines de négociation, c’était conclu et je n’ai plus rejoué au PSG. »

Souza : « Le PSG voulait me garder, je suis seulement parti parce que Grêmio a insisté. Ils voulaient déjà que je joue pour eux quand j’étais à São Paulo, mais le club ne me libérait pas. Là, Grêmio a vu une opportunité. Je leur avais donné un montant salarial assez haut, et j’avais donné ma parole que j’irais s’ils me payaient comme ça. Ils ont fait la proposition, Paul Le Guen m’a appelé et je lui ai dit : « J’ai donné ma parole. » Je suis parti, mais ce n’était pas la volonté du PSG qui savait qu’il y avait un temps d’adaptation nécessaire. »


Ce qu’il reste

Éverton : « Je pense que les supporters ont le droit d’avoir leur opinion, de se moquer encore du transfert. Moi, je crois que j’ai manqué d’attention de la part du club. J’avais vingt ans, c’était ma première expérience à l’étranger… Je vois qu’aujourd’hui, les clubs se préoccupent beaucoup de cette question de bien-être. Je manquais d’expérience dans la vie, surtout. Je referais les choses différemment aujourd’hui, c’est certain, en faisant venir ma famille et en demandant plus d’attention au club. »

 Je pense que les supporters ont le droit d’avoir leur opinion, de se moquer encore du transfert. Moi, je crois que j’ai manqué d’attention de la part du club. J’avais vingt ans, c’était ma première expérience à l’étranger… Je vois qu’aujourd’hui, les clubs se préoccupent beaucoup de cette question de bien-être.

Souza : « Cette image d’échec de transfert, les supporters qui en plaisantent, ça m’importe peu. Le club n’était pas dans un bon moment, moi si. La preuve : quand j’arrive à Grêmio après Paris, je sors la meilleure saison de ma vie ! Parfois, le problème n’est pas l’athlète, mais les personnes qui ne savent pas qui ils signent. Aujourd’hui, pour avoir des résultats, ils font venir Messi, Neymar, Mbappé. Et encore, ils ne gagnent que la Ligue 1 ! Ce ne sont pas Éverton et Souza qui allaient faire des miracles, je suis parti la tête haute. »

Éverton : « Après, pour construire la suite de ma carrière, j’ai essayé de garder le positif, l’expérience que ça m’avait donnée. Je suis parti plus tard en Corée du Sud, par exemple, et j’ai vraiment bien joué. Sans mon expérience au PSG, ça ne se serait peut-être pas aussi bien passé. Et puis, on s’est maintenu, on a gagné la Coupe de la Ligue ! Rien ne s’est passé comme j’aurais voulu sur le terrain, mais Paris était en fait le début de ma vie d’athlète vraiment professionnel. »

Souza : « Je retournerais avec plaisir à Paris, j’ai encore de bonnes relations avec les personnes que j’ai rencontrées là-bas. Je crois qu’à l’époque, on nous fait venir dans un contexte compliqué avec des attentes trop hautes. Je ne veux pas m’exempter de ma responsabilité, mais l’équipe n’était tout simplement pas très compétitive. »

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Par Alexandre Berthaud, à São Paulo

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