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À Paderborn, un mois en bleu blanc rouge

Par Clément Gavard, à Paderborn

Pour l’Euro 2024, l’équipe de France a pris ses quartiers dans la région de Paderborn. La ville de 150 000 habitants n’est pas réputée pour être la plus fun d’Allemagne, mais a soigné son accueil des Bleus, qui ont pu s’entraîner devant un public très majoritairement local ce jeudi après-midi. Avec des sourires et quelques frustrations.

À Paderborn, un mois en bleu blanc rouge

La frontière est à un peu plus de 300 kilomètres, mais Paderborn ressemblerait presque à une ville franco-allemande ces temps-ci. Des drapeaux tricolores fleurissent un peu partout, à commencer par les bus, des affiches « Bienvenue les Bleus » se dévoilent à la sortie de la gare et, mieux encore, l’hôtel de ville et le dôme de la charmante cathédrale Saint-Liboire sont habillés en bleu blanc rouge une fois la nuit tombée, à un moment où les rues sont très calmes, en tout cas les soirs de semaine. La ville située dans la région Westphalie-de-l’Est-Lippe a mis les petits plats dans les grands pour recevoir l’équipe de France, installée à Bad Lippspringe, à environ dix kilomètres. L’information n’est pas arrivée à tout le monde dans le coin. « Vous savez où se trouve Mbappé en ce moment ? Où est-ce qu’on peut le voir ? », insiste une vendeuse de glaces (délicieuses) fan de l’attaquant français. Même en se rendant sur place, la mission s’annonce compliquée.

Son nom revient sans cesse quand il s’agit de parler des Bleus, comme s’il fallait de nouvelles preuves qu’il est une star mondiale et peut-être l’un des Français les plus connus de la planète. Puisqu’il est toujours question de marquer l’histoire pour le néo-Madrilène, il pourrait s’inspirer de Charlemagne, une figure d’un autre genre et d’un autre temps. Le roi des Francs aimait prendre les eaux à Paderborn, dont le diocèse fut officiellement fondé en 799 lors de sa rencontre avec le pape Léon III, qui le couronnera empereur l’année suivante. Les badauds peuvent aujourd’hui tomber sur un tableau d’Ary Scheffer, Charlemagne à Paderborn, en se baladant au château de Versailles. Des liens avec la France, mais surtout avec Le Mans depuis plus d’un millénaire et l’accueil des reliques de… saint Liboire, évêque de la cité sarthoise. L’un des premiers jumelages entre deux villes européennes. Il est possible de contempler les vestiges de cette époque en arpentant les rues de Paderborn, également tournée vers le présent, c’est-à-dire l’Euro sur le point de débuter et bien sûr l’équipe de France, l’attraction de la fin du printemps pour une partie des 150 000 habitants.

Sésames, bob Pastis et Zidane 1998

Dans cette ville dont le nom pourrait être un featuring entre Edith Piaf et Bruce Springsteen, les rock stars tricolores étaient attendues à la Home Deluxe Arena, l’enceinte du club de deuxième division, pour un entraînement ouvert au public ce jeudi après-midi, à quatre jours de leur entrée en lice contre l’Autriche. Ils étaient 4000 chanceux à disposer d’un sésame gratuit, mais difficile à obtenir : tout est parti en l’espace de deux minutes, en plus des invitations accordées aux clubs du coin pour permettre aux enfants de venir voir les vice-champions du monde de près. Devant le stade, où les maillots floqués Mbappé (du PSG ou des Bleus) sont légion, le jeune Ousmane cherche une place et tire la tronche. « Je ne trouve rien, sourit tristement ce Marocain. J’aimerais bien les voir, mais ça va être compliqué. » Un peu plus loin, un homme imposant et tatoué semble pressé, un maillot français sur le dos avec l’inscription « Carré magique » et un bob Pastis 51 vissé sur la tête. Cela peut paraître étonnant, mais de nombreux Allemands sont venus avec des liquettes tricolores. Michael, 33 ans, a acheté celle de Zidane version 1998 sur eBay parce qu’il la « trouvait belle ». Son joueur préféré chez les Bleus ? Antoine Griezmann. Son rêve ? Une finale France-Allemagne. Avec une victoire allemande aux tirs au but, bien sûr.

Une classe a fait une chorégraphie quand ils sont arrivés à l’aéroport, il y a même une radio locale qui a organisé un concours pour que les auditeurs souhaitent la bienvenue à la France : certains ont coloré leurs jardins ou leurs voitures. Paderborn s’est donné beaucoup de mal.

Philippe, un habitant de Paderborn

À l’intérieur du stade, le début de la séance approche et les tribunes se remplissent, en même temps que les buvettes s’activent pour servir bières et barquettes de frites pour les plus gourmands. « C’est un évènement important » d’accueillir une telle équipe pour la ville de Paderborn, nous confirme une journaliste locale. C’est pour cela que Michael Dreier, le maire appartenant au parti de l’union chrétienne-démocrate (CDU), est au rendez-vous. Pour lui, « c’est un cadeau » de pouvoir héberger la France pendant plusieurs semaines de compétition. C’est un coup de projecteur sur une ville étudiante, mais jugée honnêtement « pas terrible » par de nombreux locaux, pas tellement chauvins. « C’est calme, c’est la campagne », explique l’un d’eux, lui épargnant le surnom répandu de « Paderboring ». Philippe, 42 ans, a sorti « ses vieux accessoires », un maillot et un survêtement aux couleurs de l’équipe de France, et s’est pointé avec son fils Max, 10 piges, lui aussi équipé en tricolore. La coïncidence était trop belle pour cet habitant de Paderborn dont la mère est française. « On aime les deux dans la famille, en cas de finale France-Allemagne, ce sera que le meilleur gagne, pose celui qui travaille dans la vente chez IBM, aussi bluffé par les efforts fournis par la ville. Une classe a fait une chorégraphie quand ils sont arrivés à l’aéroport, il y a même une radio locale qui a organisé un concours pour que les auditeurs souhaitent la bienvenue à la France : certains ont coloré leurs jardins ou leurs voitures. Ils se sont donné beaucoup de mal. »

Une fête frustrante

L’excitation générale a cependant laissé place à une grande déception au moment de voir les Bleus débarquer sur la pelouse nickel de la Home Deluxe Arena. Il a fallu plusieurs minutes à certains pour comprendre que Mbappé n’était pas de la partie avec le collectif, laissant des enfants tristounets et des fans désespérés. « Vous pouvez nous emmener le voir s’il vous plaît », nous supplient ces trois copines allemandes. Svenja est venue de Francfort, à plus de 200 kilomètres, pour voir son idole. « J’ai attendu quatre heures », explique-t-elle devant ses amies mortes de rire, finalement contentes de voir la star française débarquer à l’autre bout du terrain, après une heure passée en salle, pour venir voir jouer les copains et saluer la foule. Pour se consoler, le public allemand peut se régaler devant quelques belles séquences collectives lors des petites oppositions, ou une reprise parfaite d’Antoine Griezmann, l’autre chouchou des tribunes. Les buts sont accompagnés d’applaudissements, et même une récupération de N’Golo Kanté entraîne une petite clameur.

Kylian Mbappé a pu signer des autographes aux fans présents de l’autre côté du terrain
Kylian Mbappé a pu signer des autographes aux fans présents de l’autre côté du terrain

Plusieurs jeunes sont venus avec des maillots, des carnets, des photos pour tenter de les faire signer. Trop compliqué : la tribune est trop éloignée du terrain et des héros du jour. Les « Mbappé, Mbappé » ne suffisent pas à attirer l’attaquant, qui reste au loin. Comme tous les autres, d’ailleurs. Après une séance d’un peu moins d’une heure et demie, les Bleus remercient brièvement les présents. Des gestes de la main, des coucous, des sourires, mais trop de mètres d’écart et pas de mini-tour d’honneur pour offrir quelques minutes de bonheur en plus à ces supporters d’une après-midi. Il y a de la frustration, de la colère même chez certains déçus. « Deutschland, Deutschland », lance un homme visiblement agacé et amateur d’insultes dans la langue de Goethe. « C’est quand même dommage, soupire Verani, éducateur d’un club du coin. C’est catastrophique pour l’image de l’équipe de France. Ils auraient au moins pu venir deux ou trois minutes devant pour que les enfants soient contents. » Ces derniers repartent quand même contents, avec des fiches cartonnées représentant les joueurs français avec l’espoir, peut-être, d’avoir une chance de les revoir plus tard. Dans un monde idéal, les Bleus sont encore là pour un mois.

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Par Clément Gavard, à Paderborn

Tous propos recueillis par CG

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