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Sope Dirisu : « Je me fâche quand des jeunes choisissent l’Angleterre plutôt que le Nigeria »

Propos recueillis par David Alexander Cassan
7' 7 minutes
Réactions
Sope Dirisu : « Je me fâche quand des jeunes choisissent l’Angleterre plutôt que le Nigeria »

Dans Un jour avec mon père, Sope Dirisu joue un père de famille qui passe une journée à Lagos avec ses deux fils, alors que les élections présidentielles de 1993 s’apprêtent à être annulées par les militaires. En salles le 25 mars, le premier long-métrage d’Akinola Davies (en interview dans le magazine So Foot n°234, en kiosque) est une bonne occasion pour l’acteur de Gangs of London, dont certaines rumeurs font le prochain James Bond, de causer des Super Eagles, de double culture et de son club, Arsenal.

Comment as-tu réagi, à la lecture du scénario, lorsque tu t’es rendu compte que le foot était partout, dans Un jour avec mon père ? En poster, en couverture des magazines, joué dans la rue ou dans les conversations des adultes…

Je suis un fou de football. J’y joue depuis que je sais marcher, en gros, et je suis toujours content de mélanger ma vie d’artiste avec celle de fan de sport. Quand je vois du foot dans un scénario, j’essaie tout de suite de voir si Arsenal, le Nigeria ou l’équipe d’Angleterre sont mentionnés. Pour Un Jour avec mon père, c’était particulièrement intéressant parce que, dans l’histoire du Nigeria, il existe de nombreux liens entre le foot et Moshood “M.K.O.” Abiola, le candidat qui a remporté cette élection présidentielle de 1993 dont les résultats n’ont pas été respectés. Pour vous dire, le stade de l’équipe nationale porte aujourd’hui le nom de M.K.O. Ça aurait malhonnête de ne jamais parler de foot, alors que c’est si important dans la culture nigériane.

Justement, quelle est ta relation au Nigeria et à sa culture, toi qui as grandi en Angleterre de parents nigérians ?

En général, avec mes parents, on rentrait au pays tous les 4 à 6 ans, souvent à l’occasion d’un anniversaire ou d’un mariage, même si, désormais, c’est souvent pour des enterrements. Je n’ai jamais habité au Nigeria et, avant le tournage d’Un jour avec mon père, je n’y étais jamais resté plus de 2 ou 3 semaines. Les deux mois du tournage m’ont permis de faire un peu plus partie du pays, aussi.

J’étais enfant en Angleterre, et dès que vous pouvez marcher, vous tapez dans un ballon, vous jouez dans les parcs… Je suis tombé amoureux comme ça, puis il y a eu Ronaldinho, la série de pubs Nike “Joga Bonito”.

Sope Dirisu

Ton cœur bat plus fort pour les Super Eagles ou les Three Lions ?

J’ai toujours voulu que les Super Eagles aient de bons résultats. À la CAN, je ne supporte aucune autre équipe, c’est sûr, et à la Coupe du monde, je crois que ma sympathie va au Nigeria, quand même. Parfois, je me fâche un peu quand de jeunes joueurs choisissent l’Angleterre plutôt que le Nigeria. Où en serait l’équipe nationale si elle pouvait compter sur Saka ? Ou même Ross Barkley ? Alaba, qui joue pour l’Autriche, a lui aussi des origines nigérianes… Il y a tellement de jeunes doués dans la diaspora que, s’ils avaient choisi le Nigeria, je crois qu’on gagnerait plus souvent. Bon, peut-être que l’infrastructure mise en place autour de l’équipe nationale ne lui permet pas de faire aussi bien qu’elle le pourrait, mais c’est encore une autre histoire…

Tu te souviens de la Coupe du monde 2002, et du match Angleterre-Nigeria au premier tour ?

J’étais à l’école primaire à l’époque, et ils nous avaient laissé l’après-midi pour qu’on regarde le match dans la grande salle commune. Tout le monde me demandait qui je soutenais, le Nigeria ou l’Angleterre ? Je suis très fier du gosse que j’étais, parce que je n’ai pas cédé à la pression, et je n’ai pas choisi. Finalement, ça a donné match nul, 1-1, ce qui était sans doute le meilleur résultat pour moi.

Ce n’est donc pas avec les Super Eagles que tu es tombé amoureux du foot ?

Non, ça n’avait rien à voir avec le Nigeria. J’étais enfant en Angleterre et dès que vous pouvez marcher, vous tapez dans un ballon, vous jouez dans les parcs… Je suis tombé amoureux comme ça, puis il y a eu Ronaldinho, la série de pubs Nike “Joga Bonito” et le foot comme un art, ce que les Brésiliens faisaient mieux que les autres. Ma première Coupe du monde, c’était celle de 1998, en France, avec ISS sur Nintendo 64, mon premier jeu vidéo. Le Nigeria s’en était très bien sorti : ils ont battu l’Espagne et la Bulgarie en poules, mais se sont inclinés 4-1 contre le Danemark de Michael Laudrup en huitièmes.

 

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Ces dernières années, l’équipe du Nigeria a souvent fait parler d’elle pour ses maillots. Quels sont tes préférés ?

J’adore les deux maillots de 2020 : les triangles pointus sur le domicile, la simplicité du modèle extérieur. Mais c’est celui de 2018 qui a vraiment placé le Nigeria sur la carte des maillots à la mode, qu’on porte à la ville. Ce maillot est devenu introuvable, même contre tout l’argent ou tout l’amour du monde, et je suis content d’en avoir un, soigneusement rangé chez moi. J’adore celui de 1994 aussi, même s’il est moins récent. J’ai réussi à en trouver un sur un marché, à Lagos, pendant le tournage d’Un jour avec mon père.

En primaire, un copain à moi se faisait harceler par des fans de Manchester United dans la cour de récré, alors j’ai dit que je supportais Arsenal.

Sope Dirisu

Pourquoi et comment es-tu devenu supporter d’Arsenal ?

Parce que j’ai grandi dans le nord de Londres. Les stades de Tottenham ou Crystal Palace ont beau être plus proches, ma vie serait vraiment pire si j’avais choisi l’un de ces deux clubs… J’étais à l’école primaire, je devais avoir 5 ou 6 ans, et un copain à moi se faisait harceler par des fans de Manchester United, dans la cour de récré. Je n’avais pas choisi d’équipe, mais je trouvais ça ridicule qu’il se fasse embêter pour ça, alors j’ai dit que je supportais Arsenal moi aussi : est-ce qu’ils allaient s’en prendre à moi ? J’étais un enfant imposant, alors ils l’ont laissé tranquille. Une fois que j’avais dit que je supportais Arsenal… C’est resté, et je n’ai trouvé aucune raison de changer. J’aurais pu, bien sûr, parce qu’on n’a pas gagné de grandes choses depuis longtemps, mais ça forge le caractère, de suivre une équipe à travers les épreuves.

Sur le plateau, il paraît qu’entre toi et le producteur, Wale Davies, les supporters d’Arsenal étaient majoritaires ?

J’ai de beaux souvenirs des acteurs et des techniciens réunis pour regarder les matchs d’Arsenal au bar de l’hôtel, pendant les deux premières semaines de tournage. C’était un super moyen de se rapprocher, même si tout le monde ne supportait pas Arsenal.

 

Dans le film, on ne joue directement au foot à l’écran que quand des gamins jouent pieds nus dans la rue, pendant que ton personnage négocie avec un chauffeur de taxi.

Je gardais un œil sur le match, mais c’était très difficile pour moi de ne pas entrer en jeu, surtout quand ce que je faisais à l’arrière-plan n’était pas dans le champ de la caméra. Ce jour-là, tout le monde regardait vraiment ce match et, à ce niveau ou dans ce décor, le foot c’est tellement pur. Pas de business, juste de la passion, de la technique, de l’expression. On joue et on regarde que parce qu’on aime ça, quoi. Je n’ai pu jouer qu’une fois, au Nigeria, mais c’est quelque chose que je veux refaire avant que mon corps ne lâche. Il faut que j’y retourne.

Akinola Davies, le réalisateur du film, a dit à So Foot qu’il préférait regarder du foot tout seul. Tu penses que c’est parce qu’il est supporter de Fulham ?

Nan… Je ne veux pas être impoli avec les fans de Fulham, mais personnellement, je préfère voir les matchs avec des gens. Je suis abonné à l’Emirates et j’adore être au stade, l’énergie, l’atmosphère, avoir l’impression qu’on peut avoir un impact sur ce qu’il se passe sur le terrain en étant là. Je repense au but de Rhys Nelson contre Bournemouth il y a deux ans, pour rester dans la course au titre. En Angleterre, on dit « limbs » (littéralement « des membres », NDLR) : des bras et des jambes qui volent dans tous les sens, pure extase. Vous n’avez pas tout ça si vous êtes tout seul. Je tourne aux États-Unis en ce moment et j’ai dû voir des matchs à des horaires… intéressants, sur mon téléphone, à la maison, plutôt qu’au stade ou au bar avec des amis. Le truc qu’on vit ensemble à regarder un match dans un pub, c’est proche de ce qu’on vit sur un plateau, au fond.

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