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Hossam et Ibrahim : qui se ressemble s’Hassan

Par Ayoub Qarmiche
5' 5 minutes
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Hossam et Ibrahim : qui se ressemble s’Hassan

Hossam sur le banc comme entraîneur, Ibrahim comme team manager : les jumeaux Hassan, sulfureux et imprévisibles, guident l’Égypte dans cette Coupe du monde 2026. Pour l’instant avec succès.

Place Mustafa-Mahmoud, Le Caire, février 2011. Pendant que la place Tahrir réclame la chute de Moubarak, Hossam et Ibrahim Hassan prennent la tête d’une contre-manifestation pro-régime à Mohandiseen. La révolution finit par triompher, et les jumeaux tentent alors de retourner leur veste. Personne n’est dupe, mais le foot égyptien, lui, finit toujours par pardonner. Treize ans plus tard, ces mêmes jumeaux dirigent la sélection nationale au Mondial 2026. Hossam sur le banc, Ibrahim comme team manager.

Inséparables, comme ils l’ont toujours été : Hossam a posé son frère comme condition à chaque recrutement de sa carrière. On les distingue plus facilement depuis peu, Ibrahim ayant opté pour une greffe de cheveux. Avant ça, seuls les fans les plus aguerris s’y retrouvaient. Car contrairement aux idées reçues, Ibrahim n’est pas le simple faire-valoir de son frère : joueur complet, on le créditait souvent d’un bagage technique au moins équivalent. Sauf qu’en 1998, il manque la CAN victorieuse, viré de la sélection après un geste obscène envers le public marocain et une bagarre générale au Liban. Le ton est donné, et on aurait pu s’en douter : les Hassan n’ont jamais vraiment su faire autrement.

Le pardon par les crampons

En Égypte, le pardon se mérite sur un terrain de foot, et Hossam Hassan a largement payé sa dette. Meilleur buteur de l’histoire des Pharaons, trois CAN soulevées, dont la dernière à 40 ans à peine, devenant au passage le joueur le plus âgé à avoir marqué dans l’histoire de la compétition. Sa convocation avait d’ailleurs fait jaser : la rumeur, jamais confirmée, courait d’une intervention de la famille Moubarak auprès du sélectionneur Hassan Shehata pour le faire entrer dans la liste à un âge où la plupart des joueurs sont déjà en reconversion. Mais peu importe la polémique tant que l’Égypte marque et que l’Égypte gagne. C’est peut-être ça, le vrai talent des Hassan : transformer la controverse en carburant.

Ce que les supporters voient en lui, c’est quelqu’un qui veut vraiment accomplir quelque chose pour l’Égypte. Et ça, ça ne se discute pas.

Ismaeel Mahmoud, journaliste égyptien

Sa désignation comme successeur de Rui Vitória en 2024 divise pourtant l’opinion. Pas vraiment sur la compétence, plutôt sur quelque chose de plus viscéral — ou peut-être plus pragmatique qu’il n’y paraît. « Après l’échec Vitória et la crise des devises étrangères, un coach étranger n’était tout simplement plus envisageable, explique Ismaeel Mahmoud, journaliste pour OnSport. Dans les sélections nationales, l’enthousiasme joue souvent un rôle plus grand que la tactique. Regardez Regragui : pas le meilleur technicien du monde, mais il sait tirer le meilleur de ses joueurs. »

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Des générations entières ont grandi en regardant ces deux-là construire les plus belles années du foot égyptien, et on ne raisonne pas avec ça. Le foot a cette capacité partout dans le monde de déborder largement du cadre sportif. En 2016, Hossam en fait l’expérience à sa façon : il a été placé en détention provisoire pendant quatre jours pour avoir frappé un photographe qui s’avérait être un agent du ministère de l’Intérieur. Peu importe le chaos, ils trouvent toujours le moyen d’en sortir par le haut. Ou de faire croire que c’était le plan depuis le début.

Nous contre le monde

La configuration a toujours été la même pour les Hassan, nous contre le monde, et le Mondial 2026 n’a pas tardé à le rappeler. Après un penalty non sifflé contre la Belgique, Hossam descend sur le terrain mimer la faute à l’arbitre en reproduisant le geste sur lui, avant que Salah ne l’arrête dans ce qui ressemble à un « arrête de nous foutre la honte » de capitaine. En conférence de presse, il enfonce le clou : « C’était un penalty évident. Si l’action avait été en faveur de la Belgique, l’arbitre l’aurait accordé sans hésiter. »

Personne n’est surpris : le drama Hassan, c’est un abonnement, pas un accident. Dans un football de plus en plus lisse, de plus en plus marketé, les jumeaux sont une anomalie magnifique, le genre de personnages qu’on adore détester et qu’on regarderait quand même jusqu’au bout. « Le public ne l’aime ni ne le déteste pour ça, tempère Ismaeel Mahmoud. Ce que les supporters voient en lui, c’est quelqu’un qui veut vraiment accomplir quelque chose pour l’Égypte. Et ça, ça ne se discute pas. »

Dévotion et émotions

Et puis il y a ce dimanche soir à Vancouver. Menée par la Nouvelle-Zélande à la pause, terne, méconnaissable, l’Égypte rentre au vestiaire sous les sifflets. La seconde période, elle, ressemble à une autre équipe : Zico égalise, Salah donne l’avantage, Trezeguet conclut. 3-1, et une première victoire dans l’histoire égyptienne en Coupe du monde, 92 ans après ses débuts. Au coup de sifflet final, Hossam Hassan fait le tour du terrain, un immense drapeau égyptien brandi à bout de bras avec un membre de son staff, avant de fondre en larmes au micro. L’homme qui frappe les photographes et défie les arbitres pleure sans retenue. C’est peut-être ça aussi, les Hassan : derrière le vacarme, une dévotion totale pour ce maillot.

Reste le clin d’œil de l’histoire. Sept CAN, record du continent, et un Salah désormais à une longueur du record de buts de Hossam Hassan, qu’il s’apprête peut-être à détrôner sous les ordres de l’intéressé lui-même. Avec quatre points, l’Égypte a quasiment validé son billet pour le deuxième tour, une première dans son histoire. Rien n’est encore officiel, mais cette victoire suffit déjà à faire de cette campagne un succès pour Hossam Hassan. Reste à savoir jusqu’où les jumeaux pousseront le bouchon. Après tout ce qu’on a dit sur eux, plus personne n’oserait parier que ça s’arrête là.

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Par Ayoub Qarmiche

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