- Mondial 2026
- 8es
- Paraguay-France (0-1)
Grégory Poirier : « La dimension athlétique est un autre aspect favorable à la France dans ce Mondial »

Ancien coach du Red Star, qu’il a mené en barrages cette saison, Grégory Poirier apporte son éclairage tactique après les matchs de l’équipe de France dans cette Coupe du monde. Que retenir de cette qualification douloureuse contre le Paraguay ? Le technicien loue la dimension mentale et athlétique des Bleus, applaudit l’éclair de Doué et évoque les coups de pied arrêtés.
Comment la France a-t-elle réussi à gérer cette configuration de match très particulière, entre une équipe paraguayenne très disciplinée défensivement et très agressive pour faire déjouer les Bleus ?
En plus d’être discipliné en face, il y avait un supplément d’âme, avec ce côté accrocheur, truqueur, mais aussi presque guerrier. Ils avaient réussi comme ça contre l’Allemagne. Dans le jeu, la France aurait pu être plus forte dans les transmissions et les percussions en première période, mais on sait que les lignes sont serrées dans les 45 premières minutes, c’est le moment le plus difficile pour l’équipe qui a le ballon, l’équipe adverse n’est pas encore fatiguée. Ne pas réussir à marquer, ça n’aide pas. Je trouve surtout que l’équipe a fait une grande prestation sur l’aspect mental parce qu’elle est restée connectée. Elle n’est pas sortie de son match, elle est restée très forte mentalement, expérimentée. Mais sur le Paraguay, il ne faut pas se tromper de débat : ce n’est pas ce que j’aime le plus dans le foot, mais on ne peut pas les accabler pour ça, le gros problème c’était l’arbitre.
Un arbitre qui a globalement laissé faire.
Il y avait un aspect quasiment patriotique dans le match du Paraguay, avec certes beaucoup d’antijeu. Ce n’est pas autorisé, mais l’arbitre laisse passer ça. Il doit protéger l’équipe qui joue au ballon. Ce que j’ai aimé dans l’équipe de France, c’est qu’elle est restée à la fois connectée face aux intimidations adverses et à l’arbitrage défaillant. Si l’arbitre met rapidement des cartons, ils ne défendent pas pareil. Dans cette gestion de l’adversité, Deschamps est très fort pour préparer l’équipe, il excelle là-dedans et c’est une configuration qui va donner beaucoup de force. Cette équipe a vu qu’elle était aussi capable d’aller à la guerre.
Sur ces matchs, il nous manque une grosse capacité de centres et de densifier la surface.
Dans le jeu, comment ont-ils bloqué les quatre attaquants ? Ils sont habitués aux équipes adverses qui jouent très bas, mais ils ont rarement réussi à faire la différence ou à trouver des solutions.
Ce n’est pas parce qu’ils ont l’habitude que c’est facile, ça reste la configuration la plus dure. Si vous jouez au Bayern ou au PSG, il y a plus de différences de niveau, c’est plus homogène au niveau des sélections nationales. Il y a aussi moins de répétition de matchs entre eux pour avoir l’expérience de ces situations. Le Paraguay, ce n’était pas que le bloc bas, c’est très accrocheur, ça rentre dans l’adversaire, on ne voit plus trop ce genre d’équipe. On se rend compte qu’Olise va être de plus en plus muselé dans la partie axiale contre des blocs très denses après un super début de Coupe du monde. C’était peut-être un match pour faire entrer Cherki plus tôt, sachant que la relation Dembélé-Koundé n’a aussi pas très bien marché en seconde période. Puis, Deschamps n’a pas raté le choix que tout le monde avait vu, celui de mettre Doué contre un bloc bas, c’est là où il est plus fort par rapport à Barcola. C’était dur de l’enlever dans une logique managériale, et Doué aurait aussi pu tomber dans une certaine impatience en étant titulaire, ça lui a donné des ailes d’entrer un peu en sauveur pour faire la différence. Il faut le féliciter de faire ça à son jeune âge, ce n’est que la provocation d’un penalty, mais il nous sort d’un piège énorme.

Qu’est-ce qu’ils auraient pu tenter de différent pour débloquer la situation plus tôt ?
Au milieu, il y a eu trop de pertes de balle de Koné, même s’il y a eu des frappes pour créer du danger supplémentaire. Contre un bloc bas, tu dois être en capacité technique de perdre zéro ballon. Je pense qu’on aurait aussi dû contourner beaucoup plus, mais on n’a pas une équipe forte pour contourner et centrer. Il y en a eu, mais Digne n’a pas ajusté ses centres, Mbappé n’a pas eu le bon timing de la tête. Sur ces matchs, il nous manque une grosse capacité de centres et de densifier la surface, mais on ne peut pas tout avoir. En revanche, j’ai trouvé Mbappé très bon dans l’évolution du match, il incarnait ce caractère de la France. Il fallait montrer à l’adversaire qu’on était là. Il a aussi répété les courses avec intensité pour qu’on puisse forcer le verrou.
Sur les corners, notre force sera vraiment de les jouer rapidement, la France ne peut pas segmenter les phases vu son jeu dynamique.
Sur ce genre de match, les coups de pied arrêtés peuvent aussi aider à faire la différence. Cette arme n’a pas l’air très aiguisée côté français depuis le début du tournoi ?
À part Saliba et Upamecano, je ne suis pas sûr que l’équipe de France soit redoutable sur les coups de pied arrêtés directs. Elle peut l’être si elle met du rythme et qu’elle joue en combiné avec Olise, Doué, Mbappé. Là encore, l’arbitre n’a pas été bon : il y avait des coups de pied arrêtés qu’on voulait tirer rapidement et eux faisaient exprès de se mettre à moins de 9 mètres. Le Paraguay aurait dû être sanctionné sur ça, ils avaient très bien étudié le but qu’on avait mis contre la Suède. Sur les corners, notre force sera vraiment de les jouer rapidement. Sur les coups francs directs, Olise n’a pas encore trop réussi à ajuster. Donc oui, c’est un domaine qu’on peut exploiter encore mieux, mais avec du rythme, on ne peut pas segmenter les phases vu notre jeu dynamique.
On parle beaucoup des prouesses techniques des Bleus dans ce Mondial, mais à quel point la dimension physique de cette équipe impressionne ?
Quand vous avez les meilleurs joueurs, ce sont aussi les meilleurs joueurs sur l’aspect physique. Il y a peu de blessés, une augmentation du rythme, l’équipe de France prépare très bien ses joueurs. C’est une équipe programmée pour aller loin, avec des joueurs qui ont cette capacité à enchaîner les matchs. La dimension athlétique, elle donne encore un aspect favorable à la France dans la compétition. Sans oublier le calendrier, le fait de jouer en premier ou en deuxième, en cas d’éventuelle finale, on aura eu une ou deux journées de récupération en plus, c’est un avantage énorme.
Dayot Upamecano n’est-il pas le joueur qui incarne le mieux cette force des Bleus dans les duels ?
Quand on dit que ce sont des joueurs habitués à jouer contre des blocs bas, on pense souvent aux attaquants, mais il faut surtout parler des défenseurs. Pendant que vous galérez à forcer le verrou adverse, il faut des défenseurs capables de couvrir une grosse zone de terrain parce qu’on est plutôt haut, pas toujours en bloc court, même si l’équipe de France l’est souvent. Quand vous êtes haut, il y a des espaces dans votre dos et c’est là qu’il faut une grosse vigilance et de la concentration. Quand vous êtes alertés, c’est avec beaucoup d’espaces pour l’adversaire. Il faut une puissance et une vitesse différentes d’une équipe évoluant bloc bas, donc Upamecano comme Saliba sont ces profils de joueurs nouvelle génération. Même si je trouve que Saliba est gêné de jouer à gauche, il serait plus à l’aise à droite, ce ne sont pas les mêmes espaces et la même orientation des épaules pour défendre. Ça pourrait être mieux dans la relance, mais on a une telle emprise dans le jeu qu’on ne leur demande pas de casser la ligne adverse, simplement de mettre de la circulation rapide en jouant simple et juste. Upamecano, dans l’anticipation, la réparation et la couverture, il est incroyable. Puis, même s’il ne fait pas une grande Coupe du monde, Koundé reste très vigilant défensivement, donc vous avez deux joueurs qui aiment défendre sur la doublette central-latéral droit, c’est plus facile que lorsque vous couvrez un latéral qui adore attaquer. C’est pareil avec Digne. C’est une équipe qui aime défendre et qui trouve de plus en plus son équilibre.
Le Maroc peut être une équipe qui va vous frustrer parce qu’elle a de la maîtrise.
Passer de ce match très dur contre le Paraguay à un quart de finale qui s’annonce plus ouvert face au Maroc, cela peut être libérateur ou au contraire piégeux pour les Bleus ?
Ce qui est bien dans le foot, c’est que vous devez prévoir tous les scénarios pour réduire toutes les incertitudes. Après un match fermé contre le Paraguay, on pourrait se dire : « Trop bien, on va jouer contre une équipe qui joue au ballon ! » Il ne faut pas oublier qu’on a une nation qui avance en face et qui a pris de la confiance ces dernières années sur le plan international. D’accord, ce sera une configuration qui devrait nous laisser plus d’espaces, mais ça va demander une grande performance individuelle des quatre offensifs. Olise et Dembélé doivent avoir un côté revanchard. Dans la configuration tactique, ça peut être plus facile, mais dans la qualité, vous pouvez avoir une équipe qui réussit à vous frustrer parce qu’elle a de la maîtrise. La France doit se préparer au fait que le Maroc soit une grosse équipe internationale et accepter qu’elle aura aussi de la maîtrise.
Mbappé a réussi à faire sortir le gardien paraguayen de ses gondsPropos recueillis par Clément Gavard








































