- Mondial 2026
- Finale
- Espagne-Argentine (1-0 A.P.)
Ferran de mi vida !

En 2010, l’Espagne a eu Andrés Iniesta, puis 2026 lui a offert Ferran Torres. C’est peu dire que le buteur victorieux de la Roja revient de loin, passant d’un joueur de seconde zone fragilisé par la dépression et les critiques à un froid buteur devenu symbole de tout un pays.
L’expression d’un visage vaut mille mots. Un livre entier, même. Les traits tirés et la gueule complètement incrédule disent tout. Dans une mimique aussi spontanée qu’historique, Ferran Torres s’en va célébrer le but de sa vie dans la même direction qu’Andrés Iniesta 16 ans plus tôt, les bras levés et la course zigzaguante. Un but en force, comme l’Espagne a donc pris l’habitude d’en mettre pour se broder une étoile dorée. Cantonné au banc et même condamné aux miettes depuis le début de la compétition, le Barcelonais a fini par être buteur au meilleur des moments, et offrir la Coupe du monde à une sélection espagnole bien plus méritante que le finaliste argentin (1-0). Il n’en fallait pas plus pour accoucher d’une belle histoire, pour un joueur qui revient de très loin. De paria catalan à sex-symbol national en passant par la case dépression, Ferran Torres est entré dans la légende du foot espagnol. Et la magie d’une Coupe du monde fait qu’on ne retiendra que ça.
« Tout était écrit »
Un tel événement suffit amplement à oublier les parts d’ombre d’un joueur. Pendant longtemps, Ferran Torres était cet attaquant un peu foireux, maladroit et détesté pour on ne sait quelles raisons. Enfin presque : quand il galère à aligner les pions lors de ses premières saisons au FC Barcelone – alors recruté à Manchester City contre la coquette somme de 55 millions d’euros –, toute la Catalogne lui tombe dessus. Ses frêles épaules, bien loin de celles d’aujourd’hui qui lui ont permis d’allumer la cage d’Emiliano Martínez, ne sont pas taillées pour un tel affront, et le jeune Ferran passe par une case dépression qui guidera ensuite ce qui le fera entrer dans l’histoire. « Je suis tombé dans un gouffre sans fond. La saison n’avait pas été bonne et j’étais très peiné, […] j’ai passé de nombreux matchs sans marquer et je suis devenu obsédé par le but », racontait-il en 2023. Une obsession du but polie sous Xavi puis Hansi Flick, transformant Torres en un buteur redoutable aujourd’hui convoité par le PSG, à moins que « le but de sa vie » ne rebatte certaines cartes au mercato.
Dans ces montages russes, les très bas ont aussi pu devenir très hauts en sélection, où Ferran Torres a toujours su trouver du temps de jeu, sans pour autant être présent dans les grands rendez-vous (si ce n’est contre la Croatie à l’Euro 2021). Preuve de son importance tout de même, ce capitanat à deux reprises pendant deux matchs préparatoires au Mondial et ce statut imposé de super sub par Luis de la Fuente, dont le choix a fini par payer au moment le plus crucial. « Ce but était pour 47 millions de personnes… Tout était écrit, il fallait qu’on gagne. On a toujours été nous-mêmes. C’est une libération », a-t-il réagi. C’est peu dire pour celui qui n’avait jusqu’alors pas trouvé le chemin du but en Coupe du monde. Et l’histoire est d’autant plus belle qu’elle s’accompagne d’une « Ferran mania » apparue en Espagne bien avant même de la placer sur le toit du monde.

De brute épaisse à sex-symbol
Une notoriété apparue… grâce à son statut de remplaçant ! Mis sur le banc à partir de la déconvenue contre le Cap-Vert, Ferran Torres apparaissait donc systématiquement sur l’écran au moment d’entrer en jeu. Brun ténébreux et réputé bel homme avec ses cheveux mi-longs, il n’en fallait pas plus pour que le public espagnol ne l’élise « beau gosse » de la sélection, avec l’aide précieuse des réseaux sociaux – et son changement capillaire. Bien loin de son ancienne apparence sans artifices, et de cette image d’un attaquant peu élégant qui lui a longtemps collé à la peau. Ainsi, ces dernières semaines, la trend « Oh Ferraaaan » – qui consiste à s’extasier devant la beauté de l’attaquant – a inondé les algorithmes de nos voisins ibériques. Un phénomène complètement prémonitoire quand on sait l’issue sportive au bout. Cette refonte d’image, un peu digne d’une ringarde telenovela espagnole, fait pourtant partie de la belle histoire que vient d’écrire Ferran Torres. Celle que seule la Coupe du monde peut faire germer.
« Gagner avec ton pays, c'est ce qu'il y a de plus beau » assure RodriPar Théo Juvenet













































