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Mondial 2026 : el fútbol, leur sport, pas leur fête

Les employés du SoFi Stadium, majoritairement hispaniques, menacent de faire grève à une semaine du premier match des États-Unis face au Paraguay. Ce conflit révèle une histoire bien plus grande : cette communauté est peut-être le plus grand consommateur du fútbol américain, mais quand vient le moment des projecteurs, elle est invitée à rester dans les coulisses.
Oh, le sport aux États-Unis… Fermez les yeux quelques secondes. Vous visualisez le stade, les joueurs, et puis, inévitablement, vous les voyez, eux. Eux, ce sont ces employés en uniforme, qui sillonnent les gradins habilement, portant en équilibre sur leurs épaules des plateaux de hot-dogs dégoulinants, décapsulant avec dextérité une Coors glacée ou servant des nachos avec du fromage fondu à la couleur douteuse. Ces visages souriants qui font partie du décor mais que l’on adore ignorer. Le voilà, le grand cliché du sport américain. Sauf qu’à quelques jours du premier match de l’USMNT contre le Paraguay au SoFi Stadium de la banlieue de Los Angeles, ces mêmes employés – représentés par le syndicat Unite Here Local 11 – menacent de faire grève.
Holiday on ICE
En plus des revendications relativement classiques, comme l’indexation des salaires sur l’inflation ou une étude sur les risques liés à l’intelligence artificielle, la principale préoccupation du syndicat porte sur les agissements de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), la police fédérale de l’immigration, sur le lieu de travail de ses membres. Unite Here Local 11 exige ainsi une déclaration publique de la part de la FIFA garantissant que l’ICE ne sera pas autorisé autour de l’enceinte sportive. Demande refusée : la FIFA s’est elle-même déclarée hors jeu sur ce terrain, au prétexte que le litige ne concernait que Legends Global, l’opérateur du stade, et le syndicat. Kurt Petersen, coprésident du syndicat, a été direct en défendant la sécurité de ses membres : « L’opérateur du stade ne prend pas nos préoccupations assez au sérieux ». La menace d’une grève semble bien réelle, venant d’un syndicat fort de 30 000 membres, qui a déjà été en grève plus de 170 fois entre juillet 2023 et juillet 2024 pour des questions salariales.
SoFi Stadium workers to vote on whether to authorize a strike with World Cup looming https://t.co/s2Is4gxz7d
— The OPEN Daily (@theopendaily) June 4, 2026
On comprend mieux l’enjeu en regardant une carte. Unite Here Local 11 couvre Los Angeles, le sud de la Californie et l’Arizona, une région frontalière avec le Mexique où la communauté hispanique représente près de 40 % de la population. Par ailleurs, les emplois de vendeur, de serveur ou de barman sont typiquement occupés par cette communauté, d’où l’exigence formulée par ce local syndical. Et la peur de ces travailleurs et travailleuses est bien légitime. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, au moins 167 000 personnes ont été arrêtées par l’ICE dans les onze villes américaines qui accueillent des matchs du Mondial. Human Rights Watch rapporte, avec une froideur effrayante, le cas d’un père venu assister à la finale de la Coupe du monde des clubs avec ses enfants : arrêté pour une infraction mineure, menotté devant eux et remis à l’ICE. Il a fini par être expulsé après trois mois de détention dans son pays d’origine, qu’il avait fui en raison de menaces de mort.
La fête… à la maison
C’est là tout le paradoxe de ce mondial de fútbol puisque la communauté hispanique est également le principal moteur de ce sport aux États-Unis. Selon le Bureau du recensement des États-Unis, cette « catégorie ethno-raciale » est la deuxième plus importante du pays, représentant 20 % de la population et, surtout, c’est celle qui augmente le plus rapidement. Il est logique que ces derniers constituent un enjeu économique majeur dans un pays où plusieurs ligues et sports puissants rivalisent les uns avec les autres. Une étude de McKinsey, en collaboration avec Telemundo, note même que les fans hispaniques dépensent 15 % de plus que les non-hispaniques dans toutes les catégories liées au sport (billets, abonnements à des services de télévision, produits dérivés), ce qui constitue un chiffre éloquent pour une part de la population dont les revenus médians sont bien moindres que ceux des Blancs américains.
Avec tout ça, la Coupe du monde, au lieu d’être perçue comme un événement positif et amusant, ressemble davantage à une vaste blague.
Bien que les Cubains, Portoricains et Vénézuéliens soient plus traditionnellement intéressés par le baseball, c’est bien le fútbol qui reste leur sport de prédilection. La MLS serait, par exemple, suivie par 28 % d’Hispaniques, et ces chiffres augmentent encore lorsque l’on ajoute les aficionados des ligues latino-américaines et des championnats européens. Ces chiffres n’ont pas échappé à tous les acteurs économiques qui rôdent autour du soccer : les politiciens visaient explicitement les électeurs hispaniques lors de la Copa América, qui a eu lieu en 2024, et les organisateurs ont bien veillé à ce que la Coupe du monde se déroule dans de nombreuses villes ou États où vivent de nombreux hispaniques. Les chaînes de télévision ont, elles aussi, vu le bon “filon” : NBC Universal a acquis les droits de diffusion en espagnol pour tous les matchs de la compétition sur leur antenne Telemundo et sur Peacock en streaming, ce qui promet d’être la couverture sportive en espagnol la plus importante de l’histoire des États-Unis.

Paradoxalement, cette ambiance tendue pourrait bien profiter aux chaînes de télévision car de nombreux locaux ont peur de se rendre au stade. Un Mexicain installé à New York, pourtant en règle, le confirme : « Avec tout ça, la Coupe du monde, au lieu d’être perçue comme un événement positif et amusant, ressemble davantage à une vaste blague. » Ce malaise est bien plus structurel que les seules actions de l’ICE. En effet, McKinsey et la fédération américaine de soccer démontrent que les enfants hispaniques sont trois fois plus susceptibles que les enfants blancs d’abandonner la pratique du soccer parce qu’ils se sentent discriminés ou mal accueillis au sein des structures existantes. Malgré leur poids économique et démographique, les Hispaniques n’occupent que 5 % des postes de direction dans les grandes ligues professionnelles américaines. Alors, quand une large partie de la communauté hispanique continue de soutenir son pays d’origine plutôt que l’USMNT, ce n’est pas un caprice identitaire, c’est la réponse logique d’une communauté qui fait vivre ce sport depuis des décennies, sans jamais vraiment y avoir été invitée. Ceux qui serviront les nachos et les bières au SoFi Stadium dans quelques jours le savent mieux que quiconque.
L’inquiétante trêve des organisateurs du MondialPar Jonathan Leblanc
























































