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« Si tu es un vrai Mexicain, tu ne peux pas supporter les États-Unis »

Par Javier Prieto Santos, à Guadalajara
5' 5 minutes
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« Si tu es un vrai Mexicain, tu ne peux pas supporter les États-Unis »

Le Mexique et les États-Unis sont les deux principaux pays organisateurs de ce Mondial qui unirait soi-disant les peuples. Y compris ceux du pays des mariachis et de l’Oncle Sam ? Début de réponse dans une fan fest de Guadalajara remplie de gringos, de chicanos et de footix venus assister à la victoire de la Team US contre l’Australie.

Il fait une chaleur écrasante à la Fan Fest de Guadalajara lorsque l’hymne américain retentit dans les enceintes. Les premières notes de The Star-Spangled Banner sont religieusement respectées avant qu’un petit trio de jeunes Mexicains viennent casser la solennité de l’instant avec des sifflets. Leurs auteurs, Alberto, Miguel et Armando, portent tous le maillot du Tri, mais aujourd’hui, ils sont particulièrement à fond derrière les Socceroos. « Si tu es un vrai Mexicain, tu ne peux pas supporter les États-Unis, c’est impossible », justifie Miguel, en réajustant sa casquette aux couleurs des Chivas. « C’est comme si tu demandais à un Argentin d’encourager le Brésil », image son pote Armando, avant que Miguel embraye avec une justification allant bien au-delà de la rivalité sportive entre les deux géants de la zone CONCACAF : « Les États-Unis ont toujours eu un problème avec les latinos, et c’est encore pire depuis que Donald “Trampest président. Pour lui, on sera toujours des êtres humains de seconde zone. »

Oui, mais voilà, le football unit les peuples. C’est en tout cas la FIFA qui le dit, et c’est aussi ce que raconte Daniel, un chicano (personne de parents mexicains née aux States) venu spécialement de San Antonio pour vivre le Mondial dans le pays d’origine de ses parents : « Mon cœur de supporter de football vibre pour les deux équipes, mais si un jour il y a une finale entre El Tri et les États-Unis, je pense qu’il penchera plus du côté mexicain », explique cet homme de 42 ans dans un parfait « spanglish ». « Je suis un citoyen américain, et je suis fier de l’être, mais ma culture foot est mexicaine, poursuit-il en montrant fièrement les drapeaux de ses deux pays sérigraphiés sur un maillot gris. Les États-Unis se fichent du soccer, pour eux la Coupe du monde, c’est un événement comme un autre alors qu’ici, c’est une religion. »

Gringos, Spiderman et but douteux

Des chicanos avec le même maillot que Daniel, il y en a des dizaines dans la Fan Fest. « Ils sont très populaires à la frontière », assure Guadalupe du haut de son mètre 50. La jeune femme est née à Guadalajara avant d’émigrer à Los Angeles lorsqu’elle avait trois ans. Elle a choisi de faire son retour aux sources avec un maillot des States : « Mon frère porte celui du Mexique », contrebalance-t-elle en pointant du doigt les Ray-Ban de Luis et de son niveau d’espagnol de sixième. Les questions identitaires, Guadalupe préfère les laisser à d’autres : «  Je ne vois pas le problème d’être mexicaine et de porter le maillot des États-Unis », explique-t-elle en explosant de joie sur le premier but du match, œuvre de Burgess. Dans l’assistance, les locaux, ceux qui mangent des tacos matin, midi et soir, applaudissent sportivement avant de lâcher les premiers « Putos !  » de l’après-midi pour répondre aux « USA! USA! », d’un petit groupe de Yankees cramés par le soleil.

À Kansas City, les étudiants n’arrêtaient pas de me demander si j’avais un frigo, une télévision, si je vendais de la drogue comme dans les films… Leur ignorance m’a vraiment indigné.

Juan, étudiant à l’UNAM de Mexico

L’heure est venue de tomber le masque pour Juan, étudiant à la UNAM de Mexico : « Si tu m’avais filmé, je t’aurais menti en disant qu’on est des peuples frères, mais en fait je déteste les gringos », sourit le jeune homme de 23 ans, avant d’aller plus loin dans son explication : « Il y a trois ans, je suis allé à Kansas City dans le cadre d’un échange scolaire, et là-bas les étudiants n’arrêtaient pas de me demander si j’avais un frigo, une télévision, si je vendais de la drogue comme dans les films… Leur ignorance m’a vraiment indigné. » Hélas pour lui, la Pochettino Team double la marque sur un but que le commentateur mexicain qualifie de douteux : « La VAR aurait-elle accepté ce but si ça avait été l’Australie ? Je n’en suis pas certain… »

Perdu dans la foule, un fan australien avec un kangourou gonflable à la main trouve enfin des alliés. Chaque faute des Socceroos sur un joueur des States est célébrée comme il se doit. « Je pense qu’ils sont plus contre les États-Unis que pour l’Australie », balance, lucide, le supporter australien. La fin du match approche et les supporters de « Las barras y estrellas » (le surnom de la Team US, au Mexique) vidangent leurs derniers « USA! USA! ». L’un d’eux, un vague sosie de Kareem Abdul-Jabaar, tourne même le dos à l’écran géant pour faire un cœur avec les doigts au reste de la Fan Fest. Un geste qui déclenche aussitôt une réaction à l’unisson d’une cinquantaine de fans mexicains : « Gringos, chinguen a su madre ! » (Niquez vos mères, en VF)

Bière à la main, le rouquin Tobey « comme l’acteur qui joue dans Spiderman » et « from Chicago » préfère en sourire. « Le jour où on aura compris que le soccer, c’est aussi ce genre de choses, on sera champions du monde. » Juan, l’étudiant de la UNAM, espère évidemment que ça n’arrivera jamais : « S’il y a un bien un domaine où ils ne peuvent pas faire les fiers, c’est le football, mais aujourd’hui ils jouent beaucoup mieux que nous. Ça me fait vraiment peur… S’ils soulèvent le trophée, ce sera vraiment une catastrophe pour le Mexique. »

La preuve que les Américains ne connaissent vraiment rien au football

Par Javier Prieto Santos, à Guadalajara

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