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Balanta ou le culte de la patience

Par Antoine Donnarieix
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Balanta ou le culte de la patience

Fort d'un Mondial brésilien réussi avec les Cafeteros, Éder Álvarez Balanta est toujours en phase d'apprentissage au sein de River Plate. Au vu de ses dernières prestations pourtant, le jeune international – blessé pour cette tournée au Moyen-Orient – pourrait bien trouver chaussure à son pied dans un bon club européen. A priori, ça ne saurait trop tarder.

Si l’élixir de jouvence existait de nos jours, nul doute que la Colombie l’aurait déjà utilisé pour ses joueurs emblématiques. René Higuita, Faustino Asprilla, Carlos Valderrama, Ivan Córdoba ou même Mario Yepes. Hier encore, Mario avait 20 ans. Mais depuis la fin de l’été et la nostalgie des pelouses du Brésil, les paroles de Charles Aznavour trottent dans la tête de l’ancienne gloire du FC Nantes Atlantique. Avec une finale de Coupe du monde des clubs perdue contre le Real Madrid en décembre dernier, et ce, malgré toute sa volonté, El Rey sait que sa succession en équipe nationale est en marche.

Pour l’aider à tirer sa révérence, l’actuel stoppeur de San Lorenzo a même déjà laissé son fils spirituel s’habituer aux grands événements internationaux. C’était le 24 juin dernier, à Cuiabá. Contre le Japon, José Pékerman décide de faire tourner son effectif après deux victoires en deux matchs de poule. En défense centrale, le boss aligne celui qui est attendu comme le prochain mur infranchissable de la Fiebre Amarilla : Éder Álvarez Balanta. Associé à Carlos Valdés dans l’axe, le promu rend une copie propre pour un nouveau récital collectif (4-1). Cantonné au banc de touche par la suite, Balanta aura tout de même prouvé qu’il pouvait aspirer à une carrière dans la lignée de celle de son aîné Mario. Reste désormais à passer aux grandes œuvres.

Les Millionaires, une affaire de famille

Né en 1993, le petit Éder n’a par conséquent aucun souvenir d’une Colombie prête à marcher sur la planète foot lors du Mondial 1994. Mais dans les rues de Bogota, le gamin apprend à jouer au football en famille, et pour cause : son père, Wilmer Álvarez Quintero, a évolué au sein de la réserve de l’Independiente Santa Fe, sans toutefois parvenir à passer pro. D’abord buteur comme son père dans les catégories de jeunes de La Equidad où il rentre dès 7 ans, les Balanta détiennent un bon bagage technique, comme l’explique le paternel dans un entretien pour Olé : « J’étais plus explosif et dribbleur. Eder ressemble à mon frère Abner, qui jouait pour les Millionarios (de Bogota, ndlr) et qui l’appelaient Cafu. Les deux sont vifs et possèdent un bon jeu de tête. Mais attention, mon fils est aussi un excellent frappeur ! »

Le maître sera finalement dépassé par l’élève au moment où Éder signe son premier contrat professionnel avec l’Academia FC en 2010. Avec le club de deuxième division colombienne, les entraîneurs le font redescendre progressivement du terrain, pour passer au poste de milieu offensif, puis de milieu récupérateur. De passage pour repérer les nouveaux talents en Colombie, l’ancien agent de Radamel Falcao, Silvano Espindola, offre à Éder la possibilité de montrer ses capacités à Buenos Aires après avoir été élu parmi plus de 300 candidats. L’intéressé raconte : « Je suis venu avec cinq autres garçons de Bogota pour passer des tests dans plusieurs clubs de la ville. De nous tous, j’étais le seul à avoir trouvé un club. Et en plus, c’était River Plate, le club où j’ai toujours souhaité jouer. » Nouveau parmi les Millonarios, la nouvelle génération des Álvarez Balanta tient son nid, à 4 500 kilomètres du foyer familial.

Le Vieux Continent attendra

Au cours des trois saisons passées chez la Banda Roja, le gamin démarque son territoire, comptant déjà 51 matchs sous la liquette d’un des clubs les plus mythiques d’Amérique du Sud. Et pourtant, la chose ne semblait pas gagnée d’avance, comme le révèle son père : « En Argentine, on a toujours utilisé Balanta pour appeler Éder. C’est un nom assez évocateur, puisqu’il est de connotation noire, issu de nos terres. En revanche, Álvarez, c’est un nom aussi bien utilisé chez les blancs que chez les noirs. Je lui ai gentiment fait comprendre qu’il devait faire attention à lui, ce n’était pas dû au hasard qu’on lui choisisse le nom Balanta. »

Aujourd’hui, le petit black immigré fait partie des meubles du club, à tel point que Marcelo Gallardo a personnellement demandé à conserver l’adepte des montées rageuses pour aller chercher une troisième Copa Libertadores, après 1986 et 1996. En match de pré-saison, le fan de Thiago Silva avait déjà annoncé la couleur : « Gallardo va me donner du temps de jeu, il compte toujours sur moi cette année. Nous avons un groupe assez large avec de nouvelles arrivées qui vont nous aider à remplir les objectifs. » Venus aux informations pour un éventuel transfert lors de l’été 2014, la Sampdoria de Gênes, l’AS Monaco ou Valence étaient déjà repartis les mains dans les poches. Ce n’est donc pas après avoir remporté une Copa Sudamericana entre-temps que River doit s’arrêter en si bon chemin. Et pour Balanta plus que pour les autres, tout vient à point à qui sait attendre.

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Par Antoine Donnarieix

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