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Andreas Tetteh, des lignes à faire bouger
À 24 ans, l’attaquant Andreas Tetteh a fêté mi-novembre sa première sélection pour la Grèce et vient de signer au Panathinaïkos. Deuxième joueur noir de l’histoire à porter le maillot bleu et blanc de l’Ethniki, il incarne une génération de Grecs dont la reconnaissance est contestée, et se veut un symbole de la lutte contre le racisme et les discriminations. Le plus grand but de sa vie.

Il avait un rêve. En slalomant enfant dans les ruelles de Kypseli, quartier populaire du centre d’Athènes, Andreas Tetteh « voulait jouer pour l’Ethniki. C’est très important dans ma vie de jouer pour le pays dans lequel j’ai grandi ». Le 16 novembre, au sortir de sa première apparition avec la sélection grecque face à l’Écosse auréolée d’une passe décisive, l’avant-centre pouvait savourer. « Toute ma vie, j’ai rêvé et attendu ce moment. Grand honneur et fierté de porter le maillot avec l’emblème national. Maman on a réussi ! » a exulté le joueur, orphelin de son père depuis l’âge de 8 ans.
Mon plus grand traumatisme, c’est quand je prenais le bus enfant. Quand j’allais pour m’asseoir et que les gens se levaient et changeaient de place pour ne pas être à côté de moi.
Trente ans après Daniel Batista (1994-1997), Andreas Tetteh est devenu le deuxième homme noir à jouer pour la sélection grecque. Un symbole vivement célébré par les tribunes du stade Karaïskakis, qui peine néanmoins à cacher la réalité d’un pays gangrené par le racisme. Deux jours après sa première cape, l’attaquant était honoré du Prix du mérite FIFPRO 2025 pour l’activisme des joueurs, devenant le premier Grec à recevoir ce prix. « Une reconnaissance qui célèbre son courage, sa voix et son combat continu contre le racisme. Grâce à l’éducation, au plaidoyer et à un véritable leadership, Andreas contribue à façonner un avenir plus inclusif et respectueux pour le football », justifiait le FIFPRO.
Andreas Tetteh has been awarded the 2025 FIFPRO Merit Award for Player Activism 🏆
The @PSAPP1976 ambassador leads anti-racism education in schools and campaigns for inclusion and respect across Greek football.#MeritAwards | #FIFPROGA25 pic.twitter.com/mdONPsWTcd
— FIFPRO (@FIFPRO) November 18, 2025
Car l’action d’Andreas Tetteh dépasse largement le rectangle vert. Sur le terrain et en dehors, il ne cesse de mettre sa notoriété au service de la lutte contre le racisme et les discriminations qu’il a lui-même subies tout au long de sa vie. « Mon plus grand traumatisme, c’est quand je prenais le bus enfant. Quand j’allais pour m’asseoir et que les gens se levaient et changeaient de place pour ne pas être à côté de moi. […] Je ne l’oublierai jamais », témoignait-il dans une émission de télévision quelques jours après sa première cape.
Les lettres de noblesse pour un sans-papiers
Né en Grèce en 2001 de parents ghanéen et sierra-léonais, Andreas Tetteh a longtemps vécu sans papiers, à l’instar du basketteur Giannis Antetokounmpo, de parents nigérians, jusqu’à son envol pour la NBA. « C’est comme si quelque chose était complété », confiait-il au moment d’obtenir officiellement sa citoyenneté grecque en 2022. Dans un pays où l’obtention de la nationalité n’est pas automatique, son parcours ressemble à celui de milliers de jeunes Grecs, nés au pays et suivant la scolarité publique, mais dont la reconnaissance s’apparente à un chemin semé d’embûches pour la seule raison d’être enfants d’immigrés.
Je mobiliserai toute mon énergie pour que les enfants nés en Grèce, scolarisés ici, ayant passé de nombreuses années ici, puissent obtenir la nationalité grecque.
« Beaucoup d’enfants nés et/ou grandissant en Grèce se retrouvent sans papiers jusqu’à leur majorité en raison de l’absence de statut légal de leurs parents. Ce manque de papiers est crucial pour leur quotidien, car il les prive d’un accès gratuit aux soins de santé et peut leur causer des difficultés dans leurs activités scolaires ou lors des examens nationaux », explique Nikos Odubitan, fondateur de Generation 2.0, organisation qui vise à intégrer et soutenir légalement ces jeunes. Nombre d’entre eux sont contraints d’abandonner leurs rêves. Renoncer à une carrière professionnelle de footballeur faute de papiers, c’est l’histoire mise en lumière par Negros Tou Moria, fils de parents ghanéens devenu l’un des rappeurs grecs les plus populaires du pays.
Preuve d’un racisme décomplexé dans le pays et son football, Andreas Tetteh a subi les insultes de l’un des plus grands protagonistes du championnat et de la politique grecque. En février 2024, Tetteh et son club de Kifissia se rendent à Volos. Achilleas Beos, sulfureux président du club hôte mais aussi maire de la ville portuaire depuis 2014, conteste l’arbitrage en proférant depuis le bord du terrain que « le singe est tombé tout seul ». Malgré le tollé et la plainte, Achilleas Beos reste une personnalité adulée par une large partie de la population grecque, symbole d’une Grèce « sauvage et brutale » selon la presse nationale, où le racisme et la xénophobie prolifèrent.
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Les années de crises sociales, économiques et politiques avaient favorisé l’émergence d’un parti néonazi, les suivantes ont banalisé les rhétoriques et les comportements racistes. « Les discours de haine racistes demeurent un problème persistant, notamment dans les médias, sur Internet et dans la sphère politique », déplorait un rapport des Nations unies en décembre 2024. Plusieurs ministres issus de l’extrême droite ont intégré le gouvernement conservateur grec ces dernières années, tandis que des groupuscules néofascistes voient le jour sous l’impulsion de très jeunes adolescents. C’est dans ce pays où « ma couleur de peau a toujours rendu les choses compliquées » qu’Andreas Tetteh a dû trouver sa place.
À l’étage supérieur
Formé dans un club de la banlieue d’Athènes, l’avant-centre d’1,88m rejoint Kifissia en 2020 et en 3e division. Il devient rapidement incontournable en pointe et enchaîne deux montées, remportant en 2022-2023 le championnat de Super League 2, la deuxième division grecque. Cette saison dans l’élite, Andreas Tetteh, devenu l’un des capitaines du club, a été décisif à dix reprises (6 buts et 4 passes décisives) en 16 matchs toutes compétitions confondues. De quoi susciter l’intérêt des géants du pays.

Lui a choisi le Panathinaïkos, plus grand club d’Athènes, qu’il a rejoint cet hiver pour le plus grand transfert effectué par le club de Kifissia, pour un montant de 2,2 millions d’euros. « Si jamais je deviens ce talent qu’on me prête, je ferai entendre ma voix et mobiliserai toute mon énergie pour que les enfants nés en Grèce, scolarisés ici, ayant passé de nombreuses années ici, puissent obtenir la nationalité grecque. Je sais combien c’est difficile et combien ils le désirent », plaidait Andreas Tetteh à la réception de sa citoyenneté. Un rêve transformé en combat, qu’il portera désormais au sommet du football grec.
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