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L’Irak, un pays amoureux du foot face à la France au Mondial

Vainqueur de la Bolivie en barrage intercontinental à Monterrey dans la nuit de mardi à mercredi, l’Irak disputera la Coupe du monde 2026 dans le groupe de la France. Une victoire inespérée pour un pays amoureux de football sans cesse rattrapé par la guerre.
19 mars 2003. Sans l’aval du conseil de sécurité de l’ONU, George Bush et les États-Unis lancent des missiles sur l’Irak pour « anéantir les armes de destruction massive détenues par Saddam Hussein ». Comme un air de déjà-vu. Les soldats américains ne trouveront finalement jamais ces armes et se retirent en 2011. Il est déjà trop tard. L’invasion est un fiasco et fracture un peu plus un pays meurtri par le conflit contre l’Iran entre 1980 et 1988 et la première guerre du Golfe en 1991.
Malgré ces drames successifs, l’Irak n’a jamais baissé les bras, et 23 ans après les bêtises des USA, les Lions de la Mésopotamie ont écrit l’une des plus belles pages de leur histoire sublime et confuse. Grâce à une victoire en barrage intercontinental contre la Bolivie, ils joueront la Coupe du monde 2026 dans le groupe de la France aux… États-Unis. Ce mercredi matin, le soleil s’est levé sur Bagdad, Bassorah, Mossoul, Erbil, Kirkouk, Najaf et les autres villes du pays, avec la plus belle des nouvelles. Pour les 46 millions d’Irakiens, la fête sur l’air d’Aash Al Iraq ne fait que commencer.
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La guerre, encore et toujours
Fidèle à son histoire tourmentée, l’Irak a traversé vents et marées pour atteindre cet exploit. Un changement de coach, 4 tours de qualification, 21 matchs et 11 adversaires affrontés avant d’arriver à ce barrage intercontinental à Monterrey auquel la 57e nation au classement FIFA aurait pu ne jamais participer. En dépit d’une période de relative accalmie après la chute de l’État Islamique en 2019, l’Irak a une nouvelle fois replongé dans la guerre en février dernier. Le nouvel embrasement entre le trio belliciste USA – Israël et l’Iran a ravivé les tensions d’un pays qui a le cul entre deux chaises.
À Bagdad, le Hachd al‑Chaabi, coalition de milices chiites proche de Téhéran intégrée à l’armée, domine le paysage politique depuis la fin de Daech. Dans le même temps, l’économie dépend du soutien américain, essentiel à la stabilité du pays et, de facto, à la réussite de la sélection. Début 2026, la désignation de Nouri al‑Maliki comme Premier ministre proche de l’Iran a mis ces clivages en lumière, puisque Trump (encore lui) avait menacé de retirer l’aide américaine si le Parlement irakien désignait un chef de gouvernement trop proche de Téhéran.
C’est dans ce contexte qu’à la mi-mars, un soldat français a été tué à Erbil par des frappes des milices iraniennes qui visent aussi les intérêts américains au pays des deux fleuves. Conséquences de ce contexte explosif : l’espace aérien irakien a été fermé, et le voyage de la sélection pour le Mexique a été perturbé. Après plusieurs jours d’incertitude, la FIFA et la fédération irakienne ont finalement trouvé une solution : les joueurs du championnat local ont rallié Amman en car, puis Monterrey en avion après une escale à Lisbonne. Un voyage de 25 heures. « Ce fut un mois très difficile, relatait le sélectionneur australien Graham Arnold, avant la rencontre. Je préfère ne pas parler de la guerre au Moyen-Orient pour le moment. J’ai essayé de protéger mes joueurs. »
Je suis tellement heureux de pouvoir offrir cette joie aux 46 millions d’Irakiens, surtout dans le contexte régional du moment.
Sur la pelouse de l’Estadio BBVA, l’Irak a joué avec le cœur. Généreuse, la bande d’Amir Al-Amari s’est montrée dangereuse dès qu’elle pointait le bout de son nez dans le camp bolivien. Devant, le duo composé par Ali Al-Hamadi, premier Irakien à jouer en Premier League, et Aymen Hussein a pesé par sa présence physique et ses combinaisons. L’entrée d’Ali Jasim, pépite du foot irakien appartenant à Côme, a permis de reposer le pied sur le ballon quand l’Irak en avait cruellement besoin. Car, malgré cette victoire, les Lions de la Mésopotamie semblaient parfois jouer dans la savane. Et ça, Laurent Mouret, présent à Monterrey pour observer le futur adversaire des Bleus, a dû le remarquer.
🇮🇶 ¡GAAAL DE IRAK! Apareció la bestia. Aymen Hussein pone el 2-1 ante Bolivia. pic.twitter.com/Oj0xL918eX
— Nahuel Lanzón (@nahuelzn) April 1, 2026
Auteurs de 20 fautes, les Irakiens étaient souvent à la bourre sur le porteur de balle adverse et se sont montrés fragiles derrière en fin de match. Mais l’essentiel est ailleurs : la solidarité l’a finalement emporté, et au vu des conditions, la performance reste honorable. « Je suis tellement heureux de pouvoir offrir cette joie aux 46 millions d’Irakiens, surtout dans le contexte régional du moment, confiait Graham Arnold au coup de sifflet final. Je tiens à saluer mes joueurs : ils ont incarné la véritable mentalité irakienne. Ils se sont battus sans relâche, ont tout donné, et c’est ce qui nous a permis de l’emporter. »
Aymen Hussein, héros tourmenté
Quand certaines nations auraient été tétanisées par le contexte autour de ce match, les Irakiens étaient en effet déterminés. La guerre, ils la connaissent. Tous en ont été victimes d’une manière ou d’une autre. Ils se sont servis de cette triste expérience pour mener à bien leur mission. La majorité de l’effectif évolue dans le championnat irakien, la ligue la plus compétitive du Levant, certes encore loin du niveau des championnats du Golfe.
Chacun a vécu les crises successives de son pays de l’intérieur. Dans la liste des 26, neuf joueurs sont aussi nés loin de leurs pays car leurs familles avaient pris le chemin de l’exil à la suite des guerres du passé. C’est le cas des deux passeurs décisifs contre la Bolivie : Amir Al-Ammari, né en Suède, où la diaspora irakienne est implantée, et Markos Farji, qui, lui, a vu le jour en Norvège de parents natifs de Souleimaniye, une des plus belles villes du Kurdistan irakien. Ce dernier, aujourd’hui attaquant de Venise, a servi Aymen Hussein sur le deuxième but libérateur.
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Dans un dictionnaire, la biographie du buteur irakien pourrait être écrite en face du mot résilience. Avant de propulser son équipe à la Coupe du monde, l’homme aux 85 sélections avec les Lions de la Mésopotamie a perdu son père, officier dans l’armée irakienne, tué par Al-Qaida lors d’un attentat à Bagdad en 2008. Six ans plus tard, alors qu’il fuit le domicile familial dans la région de Kirkouk, son frère est kidnappé par les djihadistes de l’État Islamique. Encore aujourd’hui, personne ne sait ce qu’il est devenu. Aymen Hussein, lui, vient d’envoyer l’Irak en Coupe du monde, 40 ans après sa seule et unique participation au Mexique en 1986. Shukran habibi.
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