Les miracles de Jesus

Qui l'eut cru ? Au pays du football, du fado et de Fatima, le titre de champion se jouera en partie samedi entre Benfica et le Sporting... Braga. Trois points seulement séparent les Aigles de Jorge Jesus de son ancien club. Et comme à l'aller, les retrouvailles s'annoncent infernales.

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Dimanche dernier, jour du Seigneur Jesus, au stade de l'Algarve. Benfica vient de crucifier le FC Porto (3-0) en finale de la Coupe de la Ligue et son guide Jorge Jesus lève les yeux au ciel : « Je dédie cette victoire à mon père » (normal quand on s'appelle Jesus). A 55 ans et après un long chemin de croix à travers le Portugal (Estrela Amadora, Felgueiras, Moreirense, Belenenses...), JJ vient de réussir le premier d'élite trophée de sa carrière. Et la Liga pourrait suivre. Samedi, Benfica leader reçoit son dauphin, le Sporting Braga, à six journées du jugement final. Des retrouvailles spéciales pour le Mister : celui qui aujourd'hui est sur un nuage avec ses Aigles, la saison passée prêchait la bonne parole dans la cité des archevêques.

Un entraîneur pas cher

L'été dernier, Jesus s'est carrément saigné pour rejoindre les Encarnados (couleur chair). « Je gagne exactement la même chose qu'à Braga et si on prend en compte ce que j'ai du payer pour me libérer du Sporting Braga, 345K€, je suis encore moins cher à Benfica qu'à Braga » , lance-t-il à la presse. Avec un salaire annuel de 500K€ il touche le tiers de ses prédécesseurs espagnols José Antonio Camacho et Quique Flores. Mais en cas de première place en championnat son contrat prévoit une prime de 1M€. Et le Mister est confiant. A peine un pied dans la Luz, il joue la gagne : « Quand un entraîneur vient dans un club comme celui-ci, c'est pour être champion. Je ne le promets pas, j'en ai la conviction » . Avec onze points d'avance sur le FC Porto il caresse son rêve et peut même se cajoler devant les éloges de José Mourinho : « Jesus est au top » .


Contre l'OM, en Europa League, son équipe a atteint la barre des 100 buts cette saison. Au pays du 4-3-3, cet adepte du 4-4-2 diamant analyse : « Nous pointons vers un système avec deux attaquants axiaux » . Du coup, Cardozo déroule (19 buts en championnat) et à ses côtés le « lapin » Javier Saviola retrouve son coup de rein (11 buts). « Jesus a redonné à Benfica son âme » , s'extasie l'ancien milieu-tacleur des Aigles, Mozer. « Avec moi, les joueurs vont donner deux fois plus... et encore ce n'est pas assez » , confirme JJ. Qui précise : « Je suis un malade de la perfection » . Le natif d'Amadora et fan de son Estrela aime les annonces fracassantes et des joueurs à cette image. En décembre dernier, il interdisait à ses joueurs de porter des collants lors d'un match de Liga Europe en Biélorussie, contre BATE Borisov.

Un club phare

Et cette année, si Braga lui grignote les talons, c'est, entre autres, grâce au boulot qu'il y a entamé l'an dernier. A l'intersaison, Domingos Paciência a hérité d'un Braga tout sourire mais bûcheur.. « Le travail, l'humilité sont des valeurs du club mais aussi de la région » , analyse Frechaut, ancien défenseur arsenaliste, aujourd'hui hiberné à Metz. Au Minho, à l'extrême Nord du Portugal, on s'active. Après Lisbonne et Porto, c'est la zone la plus jeune et la plus développée économiquement du pays. Et Braga en est le chef-lieu. Reconnu. C'est ici par exemple que João Pinto, l'ex-attaquant vedette de Benfica et du Sporting, a décidé de finir sa carrière en 2008. « Cette ville et ce club n'ont rien à envier aux plus grands du pays » , lance-t-il. Du coup, l'été dernier il a même convaincu le fiston Tiago de quitter le Sporting Portugal pour rejoindre celui de Braga... qui grandit. Vainqueur de Benfica 2-0 à l'aller, le SCB avait déjà frappé fort. Son capitaine, Vandinho, un peu trop. Il prendra trois mois de suspension pour avoir agressé Raul José, un des adjoints de Jorge Jesus.

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« Notre budget n'est même pas supérieur au déficit de Benfica »

Le SCB est entré dans la cour des grands et avec huit longueurs d'avance sur le FC Porto, il est bien parti pour empocher, au moins, l'autre place qualificative pour la Ligue des champions, avec Benfica. Une C1 au prix d'une... C1. Avec un budget avoisinant les 10M€ le club emmené d'une main de fer par le président Antonio Salvador fait figure d'enfant pauvre face à ses concurrents. Encore que... « Notre budget n'est même pas supérieur au déficit de Benfica » , titille Domingos. Comme tout bon portugais, Braga est donc un bon démerdeur. A l'image de l'international lusitanien Hugo Viana. Prêté par Valence, le gaucher revit et « espère rester » dans son Minho natal.

Qui plus est, Braga est devenu un label de formation reconnu. Le numéro 1 de la Selecção, Eduardo, sort de l'école bracarense, tout comme le jeune buteur Orlando Sa (FC Porto) longtemps suivi par Chelsea et encore d'autres noms à retenir : Yazalde, Pizzi, Eli Zizov... C'est d'ici que viennent l'ancien milieu lyonnais Tiago et Quim (Benfica), l'autre portier de la sélection.

Une culture défensive

Ces Guerriers du Minho savent avant tout défendre. Avec 44 buts inscrits toutes compétitions confondues cette saison, on est loin des 100 envolées des Aigles. Mais à Braga le jeu consiste avant tout à neutraliser l'adversaire. Résultat, des succès modestes, deux buts d'écart maximum en championnat. La deuxième meilleure muraille de Liga (14 buts contre en 23 journées) juste derrière Benfica (12 buts encaissés) a tout de même pris une sacrée cuite à Porto, le mois dernier (5-1). Pas de panique : « Nous sommes toujours la même équipe » , a rassuré Mister Domingos. Et de toute façon ce match contre Benfica « ne sera pas le match du titre » , continue-t-il.

En tout cas il y ressemble. Un succès de ses hommes serait déjà dans l'histoire de Braga qui ne s'est imposé qu'à une reprise à la Luz en 63 ans. Mais cette année, même au pays fado on semble se lasser des chansons analogues. Avec les archevêques, il est peut-être venu le temps des cathédrales...

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