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L'autre maladie du Barça

Sandro Rosell a choisi Tata Martino pour remplacer le malade Vilanova plutôt que Luis Enrique. Pour la première fois depuis dix ans, un entraîneur du FC Barcelone ne sera ni hollandais, ni catalan, ni cruyffien. Cette nomination n’est pas un antidote au mal qui ronge le club. C’est un symptôme.

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Expliquer le feu qui brûle Barcelone est une tâche biblique. Mais avant que Tata ne débarque, il va bien falloir s’y mettre et tenter de lui faire un résumé. Il faudrait lui raconter ce qui est arrivé à Tito Vilanova, les raisons de son départ, son cancer, son affrontement avec son ancien patron, mentor et ami. Il faudrait donc ensuite lui parler de Pep Guardiola, le totem du club exilé en Allemagne, de son ex-amitié avec ledit Tito, de ses affrontements avec Sandro Rosell, de son séjour à New-York, du président actuel et ancien vice-président de Laporta, ami proche de Pep, mais ennemi déclaré dudit président Rosell. Cette histoire pourrait ressembler à des querelles d’héritage entre cousins plus ou moins éloignés. Les uns réclameraient leurs droits, à force de lois et de légitimité que les victoires leur auraient octroyés. Les autres s’y opposeraient au nom de l’honneur d’une famille, des traditions et de la nécessité de l’union. Mais cette histoire n’est pas une affaire de testament ou d’amour à redistribuer entre les uns et les autres. C’est un cancer qui attaque tout.

Armée démilitarisée

Ce crabe-là n’a rien à voir avec celui d’Éric Abidal ou de Tito Vilanova. Il ne se soigne pas à New York, il ne donne pas de conférence de presse, il ne se cache pas sous un col ou dans une clinique du centre-ville. Ce cancer est un mal qui s’affiche bien haut, qui conditionne et trace les lignes de fracture au sein du club. Depuis les années 20, il y a au Barça deux franges politiques qui ont raison chacune à leur tour et qui représentent deux façons opposées d’être catalan ou barcelonais. Il y a ceux qui pensent que la Catalogne est le phare de l’Espagne et son principal atout. Ils sont souvent issus de l’industrie textile (Miro-Sans, président jusqu’en 1961, Augusti Montal entre 1969 et 1977, Sandro Rosell aujourd’hui) ou de la construction (Josep Luis Nuñez entre 1978 et 2000). Ceux-là aiment le calme qui sied aux bonnes relations d’affaires. Pour eux, la politique c’est du folklore. En face, il y a ceux qui pensent le contraire. Pour ceux-là, le Barça est le seul lien réel entre le destin historique du pays (la Catalogne) et la réalité actuelle. Il y a Hans Gamper (début du siècle) qui ouvre le stade aux réunions des nationalistes catalans, Narcis de Carreras dans les années 60 et Joan Laporta (2003-2010). Ils pensent la même chose que Vazquez Montalban. Pour eux, le Barça c’est « l’armée démilitarisée de Catalogne » , c’est-à-dire une autre manière de faire de la politique et de réveiller une nation qui dort.

Nuñisme Vc Cruyffisme

Les symptômes de ce conflit interne ont survécu et traversé le siècle. La dernière guerre ouverte entre ces deux franges remonte à 1996 et à la fulmination de Cruyff sur le banc catalan. Les deux factions s’auto-surnommaient alors Nuñistes (du nom du président Nuñez) et Cruyffistes (du nom de l’ancien entraîneur). Les premiers accusant les seconds de vouloir privatiser le Barça en une confrérie cruyffo-catalane et de mépriser le destin universel et espagnol du Barça (le premier club de la Péninsule, ex-aequo avec le Real). Les seconds accusent les premiers de se vendre au grand Capital et de trahir le destin politique du club bleu et rouge. D’un côté Nuñez, Gaspart (son successeur en 2000) et Rosell. De l’autre Laporta, Cruyff et… Guardiola.


Pep + Tito = Martino

L’affrontement entre Pep et Tito s’est arrêté trop tôt pour qu’on en profite vraiment. Mais les derniers mots échangés publiquement entre les deux anciens amis sont déjà éloquents. Pep : « Si je veux dîner avec Cruyff, je dîne avec Cruyff. Je ne dois rien à personne. J’aimerais qu’ils me laissent tranquille. (…) J’ai vu Tito à New York. Si je ne l’ai pas vu plus, ce n’est pas de ma faute à moi. » Tito, quelques jours après : « Je n’ai vu Pep qu’une seule fois à New York (…). C’est mon ami, mais il a jugé qu’il ne devait pas être plus à mes côtés. J’aurais agi différemment. J’ai vécu un moment difficile, celui qui avait besoin d’aide, c’était moi. » À mesure que Rosell s’est approché de Tito, Pep s’est éloigné de son ami et de ses fréquentations. Les vieilles douleurs se sont réveillées. Alors quand il faut nommer un successeur au successeur, Luis Enrique part favori. Mais le mal détruit tout. L’ancien joueur est un peu trop proche de Laporta et de Guardiola. Rosell préfère du sang neuf et nomme un Argentin. Avec Tata Martiro, Sandro ne nomme ni un Catalan, ni un Hollandais, ni un Cruyffien. Il se paie un coach qui à l’aval de Messi – le nouveau totem – et qui lui sera fidèle jusqu’aux prochaines élections en 2016. Il paraît qu’il y a même un candidat qui est déjà prêt : Joan Laporta.

Par Thibaud Leplat
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