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Brian Clough et l’échec salvateur à Leeds United

Deux mastodontes du football anglais s’affrontent ce dimanche : Nottingham Forest et Leeds United. Aujourd’hui tankés en Championship, tous deux ont expérimenté Brian Clough et ses talents d’entraîneur. Avec, chacun, des fortunes diverses. Flashback sur son cuisant fiasco à Leeds, avant qu’il devienne l’un des plus grands managers britanniques de l’histoire.

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« Bon, je préfère vous le dire maintenant. Pour beaucoup, vous êtes des footballeurs internationaux qui ont gagné tout ce qu'il était possible de gagner sous les ordres de Don Revie (manager mythique des Peacocks entre 1961 et 1974, ndlr). Mais en ce qui me concerne, soyez gentils et foutez-moi toutes vos médailles, tous vos prix et toutes vos breloques dans la plus grande foutue poubelle que vous pourrez trouver. Parce que vous n’en avez pas gagné une seule honnêtement. Vous avez remporté tout cela par de la putain de tricherie. » Dans The Damned United, l’excellent bouquin consacré au court passage de Brian Clough à Leeds, David Peace retrace les raisons de l’échec du jeune manager anglais parmi l’une des écuries qui dominaient la scène nationale au début des seventies. À peine débarqué dans la ville du Yorkshire en juillet 1974 afin de remplacer Don Revie, Clough ne renie pas ses principes. Ceux d’un visionnaire, qui rabaisse le « kick and rush » et méprise par-dessus tout le football déloyal, fait de gestes malhonnêtes et autres diableries. Deux marques de fabrique du Leeds dans lequel il pose ses valises. Et Clough n’est pas vraiment du genre à garder sa langue dans sa poche lorsqu’il s’agit de critiquer les joueurs, dirigeants et figures passées du club. Une personnalité mal venue, à l’époque, pour l’entraîneur pas même quarantenaire aux commandes d’une des plus grosses écuries du Royaume. Un caractère qui conduira à son licenciement au bout de 44 jours d’animosité partagée.

Un jeu de chaises musicales

En 1973, au sortir d’un travail remarquable de six saisons avec Derby County - qu’il propulse de club moyen de seconde division à champion d’Angleterre -, Brian Clough est légitimement considéré comme une étoile montante. Mais aussi et surtout comme « la plus grande gueule » du ballon rond. Un type en constante querelle avec ses dirigeants et plus ou moins tout le monde en rapport avec le club. « Les fans commencent à chanter à partir de la fin, lorsque nous menons d’un but. Mais je tiens à les entendre quand nous perdons. Ils nous font extrêmement honte » , vocifère notamment Clough à l’encontre du public de Derby. Au bout de six ans d’embrouilles avec son board et avec un projet qui arrive en bout de course, « Old Big Head » et son assistant de toujours, Peter Taylor, plient bagage. Direction Brighton Hove Albion et la côte sud-est de l’Angleterre pour une improbable et infructueuse pige en 3e division. Une 19e place en championnat plus tard, Brian Clough quitte les Seaguls.

Nous sommes alors en juillet 1974. Deux des bancs de touche parmi les plus prestigieux d’Angleterre sont vacants : celui de Liverpool, où Bill Shankly vient d’annoncer qu’il prenait sa retraite, et celui de la sélection nationale où l’intérim de Joe Mercer s’est terminé. Le premier sera finalement occupé par l’adjoint et ami de Shankly, Bob Paisley, tandis que le second ira à l’entraîneur de Leeds United, Don Revie… alors que Clough était largement pressenti pour prendre les rênes des Three Lions ! « Je suis persuadé que la Fédération pensait qu’en me donnant ce boulot, je voudrais être aux commandes de tout. Et ils avaient raison, parce que c’est exactement ce que j’aurais fait » , dira Clough plus tard. Toujours est-il qu’il a donc fallu un énorme concours de circonstances pour que Brian Clough et Leeds en viennent à travailler ensemble. Il faut dire qu’aucune des deux parties n’en a envie, tant l’un et l’autre s'aiment depuis toujours comme chien et chat. Complication supplémentaire : Peter Taylor ne se joint pas à l’aventure.

« Tu n’es qu’un sale bâtard et tout le monde te déteste »

À vrai dire, le futur double vainqueur de la Coupe des clubs champions a toujours craché publiquement sa médisance sur Leeds et ce que cette institution représentait. Un an avant sa nomination à la tête des Peacocks, Clough demandait à ce que Don Revie soit condamné à payer une amende pour sanctionner le comportement anti-sportif de ses joueurs. « Old Big Head » ira même jusqu’à exiger la rétrogradation en Championship de l’équipe qui ne symbolise aucune valeur du sport roi, selon lui. En vain, évidemment, mais autant dire qu’aucun joueur de Leeds ne mouillera le maillot pour un homme qu’ils trouvent arrogant et bien-pensant.

Dès son arrivée, il chamboule tout dans un groupe qui vient pourtant de remporter le championnat devant Liverpool. De nombreux cadres sont écartés sans raison apparente - si ce n’est le tempérament de Clough -, à l’image de l’habituel capitaine Billy Bremmer (près de 600 matchs sous le maillot de Leeds), de l’indispensable Johnny Giles au milieu et enfin du pilier défensif Norman Hunter. À propos de ce dernier, David Peace relate un échange musclé entre le défenseur et son nouveau manager, qui met en exergue toutes les difficultés que Clough avait à diriger un tel vestiaire. « Hunter, tu n’es qu’un sale bâtard et tout le monde te déteste. Je sais que chacun apprécie le fait d’être aimé, et tu voudrais l’être également, non ? - En réalité, je n’en ai rien à foutre. » Une relation « je t'aime pas, moi non plus » , en somme.

« C’est un jour terrible… pour Leeds United ! »

Pour sa première rencontre à la tête de Leeds, Brian Clough fait face à Liverpool lors du Charity Shield du 10 août 1974. L’occasion ratée de gagner un titre pour sa grande première, puisque les Reds l’emportent aux tirs au but. S’ensuivent six rencontres de championnat pour une seule victoire. 4 points sur 12 possibles et une 19e place pour Leeds United, tenant du titre. 44 jours seulement après son arrivée, Brian Clough est donc remercié. Car s’il a tenu longtemps à Derby County malgré les dissensions avec le club, les résultats parlaient doublement pour lui. Or, dans le Yorkshire, seules son insolence et ses critiques envers le club, les joueurs, les supporters et même la ville s’expriment. Avant de partir, Clough se permet de balancer une dernière friandise à la presse : « C’est un jour terrible… pour Leeds United ! » , en ramassant tout de même près de 100 000 livres pour son limogeage (une somme considérable à l’époque). Un échec qui tua sa crédibilité professionnelle, l’obligeant à repartir de nouveau en seconde division, à Nottingham Forest, l’année suivante. Avec, cette fois-ci, la fabuleuse réussite que l’on connaît.


Par Eddy Serres
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On a retrouvé le sosie oficiel de Liam Neeson !
*officiel
On l'a chaque année cet article non? ^^
"Ceux d’un visionnaire, qui rabaisse le « Kick and rush » et méprise par-dessus tout le football déloyal, fait de gestes malhonnêtes et autres diableries. Deux marques de fabrique du Leeds dans lequel il pose ses valises."

Ma lecture s'est arrêtée à compter de ce concentré d'inepties..

En 74 cela faisait une demi-douzaine d'années que Revie et Leeds avaient tourné le dos au kick'n rush, enrichi au point d'aboutir au style le plus ambitieux et divers d'Angleterre voire probablement d'Europe..

Quant à ces "gestes malhonnêtes et autres diableries", Leeds céda tout bonnement à l'air du temps.. "Marque de fabrique" est par conséquent pour le moins excessif..pour ne pas dire déplacé au regard des couleuvres bien réelles et singulières qu'ils durent alors avaler..

Mais l'Histoire du foot s'étant construite sur de calculés manéchéismes, et Sofoot aimant à verser à ce registre..

Ajouter que la relation Revie-Clough était pour le moins oedipienne..pour Clough du moins, à l'instar de bon nombre de ses contemporains initialement admirateur de Revie, mais puisque ce dernier l'avait superbement ignoré à l'aube de sa carrière de manager, et que Clough était consummé d'orgueil..

L'échec de Clough à Leeds me paraît procéder de trois voire quatre raisons enfin : rupture avec le groupe du Yorkshire cimenté par Revie, absence de Taylor qui était l'idéologue du binôme, rancoeur destructive de Clough, formidables joueurs-guerriers mais usés par dizaine d'années de lutte livrées au top tous azimuts..
J'ignore par ailleurs si Clough méprisait le kick'n rush.. Il est certain que ce n'était pas sa tasse de thé, mais le mépriser? Pas la moindre idée..

Le mépriser, réflexe hélas répandu, eût par contre été idiot car l'air de rien c'est au kick'n rush, logiciel plus subtil et intellectualisé qu'on ne veut généralement le faire croire, que l'Angleterre du football dut de renaître et de pouvoir se réaffirmer sur la scène continentale.

Revie, plutôt que de le renier, entreprit lui de l'enrichir ; long-balls, changements d'ailes, jeu direct, aérien et défi physique alternant chez lui avec jeu de possession, passing-game, jeu en triangle ou encore permutations incessantes, le tout servi par de formidables footballeurs pour plupart achetés trois fois rien..

A cet égard et quoi que suggèrent palmarès viciés ou story-tellings faits de l'époque, il me paraît d'ailleurs rester inégalable..
Jacquietmichelderzakarian Niveau : CFA2
C'est vrai que "gestes malhonnetes et diableries" est un raccourci naïf.
Mais Sofoot n'a pas écrit l'excellent "Damned United, et pourtant le film pointe clairement le jeu hyper rugueux voire méchant de Leeds.
volontaire 82 Niveau : CFA2
Ce que j'aime sur Sofoot c'est que parfois les commentaires sont tout aussi complets que les articles. Merci bien Bota67.
Message posté par Jacquietmichelderzakarian
C'est vrai que "gestes malhonnetes et diableries" est un raccourci naïf.
Mais Sofoot n'a pas écrit l'excellent "Damned United, et pourtant le film pointe clairement le jeu hyper rugueux voire méchant de Leeds.


J'ai apprécié "Damned United", mais loin de moi de le prendre pour argent comptant, oeuvre très largement romancée et à ce titre rejetée par les deux clans, Revie comme Clough.. Ce type de romancisation du football a d'ailleurs tant fait école, pas seulement dans le cas de Leeds loin s'en faut, qu'elle a globalement pris le dessus sur l'Histoire stricto sensu du football.

Ce côté vicelard de Leeds a existé, mais ce n'était qu'une arme à laquelle leur arrivait de recourir quand l'adversité le réclamait, sacrée nuance avec la durable caricature faite ensuite du club du Yorkshire..

Le jeu dur a traversé toute l'Histoire pré-Premier League du football anglais, ce fut longtemps une donnée à part entière du football anglais, qui faisait d'ailleurs passer ceux qui s'y refusaient pour des lopettes et ceux qui le pratiquaient pour des braves, le courage physique et moral ayant longuement été un marqueur particulièrement goûté aux Îles.. A cet égard, la très sofootienne icône George Best passa souvent pour un pleutre bien qu'il n'était du tout avare de sales coups en douce, on serait étonnés..

Jeu méchant? Aucun club britannique n'a, davantage que Leeds, dû composer avec l'émergence du vice sur la scène continentale, italienne en particulier ; fondamentalement ce fut pour eux quelque chose à quoi il fallut parfois s'abaisser pour garder une chance d'exister en Europe, mais aucun cas un modus operandi, une stratégie systématique et pensée comme telle.
MacchiaGobbo Niveau : CFA2
Dans The Damned United, l’excellent bouquin consacré au court passage de Brian Clough à Leeds,

Il y a aussi un film du même nom avec "croutare" dans le rôle de Peter Taylor ahah

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