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Paul Lasne : « Le foot et l’écriture sont deux formes d’art »

La chose n'est pas courante : un footballeur professionnel a écrit un livre de littérature. Paul Lasne, joueur du Stade brestois, a en effet profité du confinement pour rédiger MurMures, un recueil de chroniques sur la vie de tous les jours qui sort ce lundi en librairie. De quoi revenir avec lui sur cette drôle d'histoire, car il l'assure : il ne se considère pas comme un écrivain, mais comme un joueur de foot qui a pris la plume.

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Ton premier livre, MurMures, sort le 1er février. Comment est venue cette idée d'écrire ?
En allant faire les courses, la veille du confinement, j’ai senti qu’il se passait quelque chose d’inhabituel, que les gens avaient des gestes inhabituels, qu’ils se cachaient derrière leur pull en remplissant leur caddie. Assez spontanément, j’ai voulu coucher ça sur papier. En rentrant chez moi, j’ai écrit un premier texte. Puis, il en a appelé un autre... C’est parti comme ça.

Tu n'avais jamais pensé à écrire avant ça ?
Si, il m’était déjà arrivé d’écrire ponctuellement, mais des petits textes par-ci par-là, des choses pas suffisamment abouties. Là, ce qui a vraiment permis la réalisation du livre, c’est justement le confinement. Comme pour beaucoup, mon métier s’est arrêté, donc plus d'entraînements et de matchs. J’ai retrouvé du temps pour faire autre chose et c’est passé par l’écriture. En temps normal, je n’en aurais pas eu l’occasion.

Ton père, Laurent, qui a beaucoup écrit, a-t-il eu une influence dans cette envie d’écrire ?
Je n’y trouve pas forcément de parallèle. Pendant très longtemps, j’avais carte blanche à la bibliothèque ou chez le libraire, mais je n’étais pas du tout lecteur. Tout cela est venu beaucoup plus tard, même si mon père m’avait évidemment incité à lire. Il y a peut-être des biais génétiques là-dedans, quelque chose d’inconscient, mais ce n’était pas écrit dès le début. C'est le cas de le dire.

« Pour moi, le vrai plaisir de l’écriture, c’est l’action d’écrire. Ça fait partie d’une esthétique : il y a le bureau, le cahier, le stylo, le rapport à l’objet. »

Tu consacres des textes au processus d’écriture. On y apprend par exemple que tu écris à la main. Pourquoi ?
Je trouve que le vrai plaisir de l’écriture, c’est l’action d’écrire. Ça fait partie d’une esthétique : il y a le bureau, le cahier, le stylo, le rapport à l’objet. Je retrouve ça que quand j’écris à la main. L’inspiration vient plus facilement. J’ai la main qui se promène sur le cahier et c’est comme ça que sortent les premiers jets. C'est ensuite, le soir, que je reprenais sur ordinateur pour mettre en forme et corriger ce que j’avais fait. Pour moi, c’est d’abord l’action d’écrire qui comptait.

Combien de cahiers as-tu usé ?
J’ai acheté un cahier au départ, mais il a fallu en changer quand je suis arrivé au bout. Après coup, je trouve que c’est bien, parce que j’ai les deux cahiers dans un placard, qui sont un peu la genèse du livre : la première source, l’inspiration pure du moment où j’ai écrit, avec les premiers jets, les ratures, toutes les balafres. Je prendrai certainement plaisir dans quelques années à les relire. Après, pour écrire, j’avais un stylo assez classique, un BIC noir, qui a malheureusement rendu l’âme, mais il doit être quelque part. C’était devenu mon stylo fétiche.

À quel moment as-tu eu envie de transformer ces textes en livre ?
J’ai senti assez vite que ça prenait de l’ampleur. À l’origine, c’était une distraction. À partir du moment où vous vous dites que vous allez faire un livre, il y a une chape de sérieux qui arrive et on se dit : « Mince, s’il y a livre, il va y avoir lecteur... » Il y a donc forcément une pression, parce qu’on n’écrit plus seulement pour soi. Mais j’ai essayé de rester fidèle à ce que je voulais faire au début, de ne pas accorder trop d’importance à ce que pourrait penser le lecteur. J’ai d’abord écrit pour moi et je n’ai jamais trop réfléchi au destinataire de ce livre. J’ai essayé de capter des instants très intimes, car ils se sont passés dans ma sphère privée, mais aussi très universels, parce que tout le monde s’est lavé les mains ou a fait la sieste à 16h. Mais je n’ai jamais réfléchi en me disant que ça allait toucher un grand nombre de lecteurs.



Tu dis que l’écriture était devenue une astreinte. Ressemble-t-elle à la discipline du sportif de haut niveau ?
Forcément, il y a un parallèle. Mais l’écriture, c’est encore plus difficile. Pour un footballeur, il y a des horaires à respecter, un entraîneur qui vous attend, des amendes si vous ne venez pas... Là, personne ne m’attendait, il n’y avait pas d’amendes si je n’écrivais pas. Et la difficulté, c’était de garder cette discipline d’écrire, malgré la difficulté quotidienne de réinventer quelque chose, de trouver l’inspiration. Ça a rythmé mes journées : il y avait le sport le matin, et l’après-midi, j’écrivais. C’était nécessaire de garder un tempo pour que ça ne parte pas dans tous les sens à la maison. Mais j’ai aussi écrit par plaisir, pour voir que quelque chose était né de ma journée.

La créativité de l’écrivain est-elle similaire à celle du joueur de foot ?
Là aussi, on peut faire un parallèle. Le joueur de foot réinvente chaque jour son sport. Même si tous les matchs se jouent à onze contre onze sur le même terrain, chaque action est réinventée. Avec l’écriture, c’est pareil. Il y a toujours les mêmes mots qui sont là, mais on peut les associer de mille manières différentes. C’est ça qui me plaisait : comment j’allais jouer avec les mots, comment j’allais les associer... Certains mots comme ça, d’apparence, n’étaient pas censés aller ensemble et je m’amusais à tordre l’idée préconçue. Pour moi, le foot et l’écriture sont deux formes d’art.

« Là, personne ne m’attendait, il n’y avait pas d’amendes si je n’écrivais pas. Et la difficulté, c’était de garder cette discipline d’écrire, malgré la difficulté quotidienne de réinventer quelque chose, de trouver l’inspiration. »

Globalement, l’écriture te permet-elle de devenir un meilleur footballeur et le football de devenir un meilleur écrivain ?
Oui, je pense que cette parenthèse d’écriture m’a permis de prendre un peu plus de recul. Bon, le contexte a aussi joué, car on se rend compte que tout peut s’arrêter du jour au lendemain. Là encore, avec la situation catastrophique qu’on vit, notamment dans le foot avec le fiasco des droits télé, on ne sait pas trop où on va. En plus, je suis en fin de contrat. Tout cela m’a permis de me dire que chaque entraînement devient un entraînement de gagné, qu’il faut que je prenne chaque match avec plus de tranquillité, parce que les choses sont assez fragiles.

Tu as écrit un texte très intéressant sur la préparation mentale. L’écriture t'aide-t-elle aussi dans ce domaine ?
Oui, l’écriture est une vraie thérapie. Je n’écris pas régulièrement, mais sur cette période où j’ai pu le faire, ça m’a permis d’évacuer certaines choses. Je pense que c’est très efficace. Ça permet de rendre concret ce qu’on a dans la tête, des choses qui peuvent parfois paraître très brumeuses. Le fait de l’écrire, ça rend les choses physiques, ça devient concret sur du papier et on peut le regarder en face.

Justement, conseillerais-tu à tes coéquipiers d’écrire pour devenir de meilleurs footballeurs ?
Je ne sais pas si je leur conseillerais parce que chacun a ses intérêts. Je pense qu’il faut être curieux et explorer des choses pour lesquelles on éprouve de l’émotion. Moi, j’ai 32 ans, j’ai plus de dix ans de carrière derrière moi, j’ai deux enfants, j’arrive à un âge où je peux commencer à ouvrir des portes. J’ai eu cette envie d’écrire, j’ai écrit, c’est devenu un livre et je suis très content de l’avoir fait. J’ai coché ça dans ma petite liste. Mais pour le moment, le football reste la priorité absolue : j’ai déjà décanté cette histoire de bouquin, on verra pour le reste plus tard.




Tu parles justement souvent de musique, de rap ou de Chopin, de peinture, de radio. De quoi imaginer de nouvelles carrières ?
Il y a plein de choses auxquelles j’apporte de l’attention. Je passe effectivement sur RTL tous les vendredis depuis deux ans. C’est un petit truc en parallèle qui ne me prend pas beaucoup de temps et qui permet d’explorer un nouvel univers. Par rapport à la musique, je trouve qu’il y en a beaucoup dans l’écriture : quand je lis un texte, je suis d’abord sensible à la musique des mots, à leur sonorité, plutôt qu’à l’histoire en elle-même.

Tu as d’ailleurs une écriture très imagée, presque poétique, et un vocabulaire impressionnant. D’où te vient ce style ?
C’est venu comme ça, dès les premiers jets. J’ai justement retravaillé de sorte à moins imager mes textes, car ils l’étaient vraiment beaucoup, presque surchargés. Mais le style est venu comme ça, je ne peux pas l’expliquer. J’ai essayé de trouver des mots qui étaient au plus près de ce que je voulais dire et donc je fouillais pour trouver le mot adéquat. Parfois, aussi, c’était pour trouver des synonymes, pour éviter que le même mot ne se répète trop, ce qui m’a permis d’en découvrir de nouveaux. Enfin, il y a des mots qui me plaisaient par leur sonorité, par leur esthétique : quand je les visualisais, je les trouvais jolis, donc je les choisissais pour ce que je ressentais.

As-tu des inspirations ? Tu cites par exemple Chateaubriand.

Alors, Chateaubriand, pour moi, ce n’était pas une inspiration, parce que je ne l’ai pas lu. Mais je l’ai cité dans le texte sur Saint-Malo parce qu’il y a vécu et y est enterré. Mais je pense que la lecture, inconsciemment, m’a donné quelque chose pour écrire. J’ai commencé à lire vers 25 ans, principalement le soir, avant de dormir. Lire Jean Giono, par exemple, ça m’a inspiré. Après, je n’ai pas essayé de copier, il fallait que ça vienne de moi et que ça sonne authentique. Je n’ai pas essayé de tricher en faisant l’écrivain, justement parce que je ne me considère pas comme un écrivain : je suis un joueur de foot qui a écrit, c’est un peu différent.

« Je n’ai pas essayé de tricher en faisant l’écrivain, justement parce que je ne me considère pas comme un écrivain : je suis un joueur de foot qui a écrit, c’est un peu différent. »

Tu sembles assez critique du gouvernement par moment. Le football a-t-il quelque chose à dire sur la politique, sur la gestion de la crise sanitaire ?
Je pense qu’il y a une part critique dans le livre, avec le texte Horizon et le texte Écologie, dans lequel je mets en lumière qu’avec le confinement, la nature a un peu repris ses droits. C’est du vécu : le chevreuil, je l’ai vraiment vu en lisière de lotissement. Pour ce qui est de la politique, on a été le seul championnat parmi les cinq grands à être définitivement arrêté. Il est légitime de se poser des questions sur la manière dont le gouvernement a géré cette crise, car ça aura forcément des répercussions qui seront dures à avaler pour les clubs. Après, je ne veux pas dire que le foot a été touché plus que d’autres secteurs : tout le monde a été touché.

Ton image a-t-elle changé dans le vestiaire ? On ne te prend pas trop pour un OVNI ?
Mes coéquipiers sont au courant depuis très peu de temps. J’ai écrit pendant le confinement, donc on n’avait pas trop de rapports, et je ne l’ai pas forcément divulgué. Ensuite, la saison a repris, on s’est relancé dans le foot et je n’en ai pas beaucoup parlé. Mais là, avec la sortie du livre et les articles, certains en entendent parler et posent des questions. J’ai offert quelques exemplaires à ceux qui étaient intéressés et voilà. Pour l’instant, il n’y a pas eu de chambrage. Je n’ai pas l’impression que ça a changé leur manière de me voir. Quant à l’OVNI, je ne vais pas dire que c’est commun : évidemment, un joueur de foot qui écrit un livre, encore plus un bouquin qui parle peu de foot, c’est rare. Mais ça fait vingt ans que je baigne dans le foot et je ne me suis jamais senti en décalage.

Tu as eu des retours de tes coéquipiers ?
Steve Mounié a commencé à lire le livre, mais après, je n’ai pas eu vraiment de retour et je ne suis pas forcément en attente : le livre, une fois qu’il est dans les mains du lecteur, il ne m’appartient plus. Chacun lit dans son intimité et chacun se l’appropriera selon ses sensibilités. Pour l’instant, je n’ai pas eu trop de critiques négatives, tant mieux ! (Rires.) Mais ça va peut-être arriver, ça fait partie du jeu. C’est comme au foot, à partir du moment où on participe au spectacle, on a une image publique et il y a des gens qui sont là pour critiquer. Pour moi, l’aboutissement, c’était de tenir le livre entre les mains. Et si des gens n’apprécient pas, ce n’est pas grave, c’est quelque chose que j’ai pour moi.



Tu n'as pas peur qu’une image te colle à la peau : celle du footballeur intello, du footballeur écrivain ?
Je pense que je l’ai déjà depuis quelque temps : même sans écrire de livre, j’ai eu cette image-là. Il y avait déjà eu quelques articles comme ça. C’est une image qu’on peut me coller sur le dos, ce n'est pas très grave, je sais d’où je viens, qui je suis et les gens que j’ai côtoyés savent comment je fonctionne. L’important, c’est de faire son métier : ça fait dix ans que ça dure, ça dure encore et c’est le plus important pour moi.

Qu'est-ce que tu penses de cette posture qui existe souvent dans les médias, celle de faire mine d’être étonné quand un footballeur ou un sportif sort un livre ?
Ce sont les préjugés sur les footballeurs. C’est un milieu très particulier, donc si les gens ont cet avis-là, ce n’est pas pour rien. Ce que je peux dire, c’est qu’il y a beaucoup de joueurs qui font des choses en dehors du foot, dans leur intimité. Mais forcément, parce que c’est intime, les gens ne sont pas forcément au courant. Rien qu’à Brest, Cristian Battocchio a fait des chansons, Irvin Cardona s’est mis au piano, Steve Mounié a une fondation au Bénin pour fournir du matériel scolaire aux enfants... Je pense que petit à petit, cette image va s’améliorer, à mesure que les gens se rendront compte que les joueurs ont des choses dans la tête.

Tu écris toujours depuis ce livre ? Tu penses au Goncourt ?
Je n’ai pas forcément repris le stylo pour l’instant, je laisse déjà décanter toute cette histoire. Je prends beaucoup de plaisir à parler de ce livre. Je savoure ce moment. Et en ce moment, la saison bat son plein, donc je suis focalisé sur le football, je n’ai plus beaucoup de temps pour écrire. En plus, les enfants à la maison demandent du temps et de l’attention. Mais quand je retrouverai un peu de temps, je reviendrai certainement à l’écriture, certainement sous une autre forme. Et pour le prix Goncourt, on se rappellera dans quelques années pour en discuter ! (Rires.)

Propos recueillis par Valentin Lutz
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