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On était au lancement du Mondial pour les médias

Par Charlie Clervid, à Rio de Janeiro
3' 3 minutes
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On était au lancement du Mondial pour les médias

En conférence de presse, Aldo Rebelo, ministre des Sports du Brésil, a souhaité la bienvenue aux journalistes du monde entier en évitant soigneusement de répondre aux questions pénibles.

Aldo Rebelo est un ancien journaliste. Le ministre des Sports sait donc d’expérience que le plus simple, face à une question dangereuse, reste de ne pas y répondre. Ce qu’il s’est employé à faire lundi après-midi pour l’ouverture officielle du centre des médias de la « Coupe du Monde FIFA » . Il a été aidé pour cela d’une tribune officielle garnie pour l’occasion : la ministre de la culture Marta Suplicy est venue présenter le Brésil « au-delà de la samba et du football » avec une jolie liste de clichés, de Villa-Lobos à Gisele Bündchen en passant par Caetano Veloso et Lula ; le ministre secrétaire à la communication fédérale Thomas Traumann et le gouverneur de l’état de Rio Luis Fernando Pezão ont également pris la parole.

Aldo Rebelo ouvre le bal en désamorçant les critiques internationales qui pleuvent sur l’organisation depuis des mois : « Chers invités du monde entier (…), préparez-vous à nos problèmes, nos faiblesses, nos erreurs, que nous n’avons pas à cacher. Mais préparez-vous aussi à être reçus par un pays qui ne cultive pas la haine raciale, la haine religieuse, la haine nationale… » C’est sûr, ça changera du climat français… Le ton était donné. Toutes les interventions se succèdent dans le même esprit : le Brésil a des défauts – qui n’en a pas ? -, mais il a d’énormes qualités dont il est temps de profiter lors de la Coupe du monde : pacifisme, joie de vivre, sens de l’accueil, paysages fabuleux. Le nouveau plan de comm du gouvernement met ainsi en valeur l’histoire diplomatique non violente du Brésil, opportunément à l’heure où l’Europe se déchire sur la crise ukrainienne et fête le D-Day. Le fameux « métissage brésilien » s’est également souvent invité comme un cheveu sur la soupe dans les réponses sur les retards ( « nous sommes prêts » ) ou les grèves ( « une solution légale est en train d’être trouvée » – ndlr : décréter le caractère illégal de ladite grève) à São Paulo. À un journaliste colombien qui demandait si la rumeur sur la présidente (elle n’assisterait pas aux matchs par peur des sifflets) était fondée, Aldo Rebelo a répondu, non sans humour : « Contrairement à Falcao, je peux vous assurer que Dilma Roussef sera bien présente jeudi à São Paulo. » Aldo 1, Colombie 0.

Finalement, le seul frisson est venu d’un journaliste allemand qui a osé demander comment le gouvernement pouvait justifier des stades surfacturés à plus du double de leur budget initial (notamment à Brasilia et à Rio). Non content de balayer les chiffes d’un revers de main – « ne croyez pas les chiffres que vous lisez » -, le ministre a ensuite tenté de noyer le cachalot avec le petit doigt, en expliquant que les coûts annexes (parkings, ascenseurs, accès au stade, et les nombreux ajustements spécifiquement réalisés pour la Coupe du monde) avaient alourdi les budgets, mais que sans eux, les stades brésiliens auraient coûté moins cher que les allemands en 2006. Après avoir manipulé les chiffres à sa guise et donc sans avoir répondu à la question, il clôt simplement la conférence de presse. Avec l’espoir que les Brésiliens enverront un peu plus de jeu sur la pelouse, hein…

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