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On est allé au stadio Flaminio, en ruine

Par Valentin Pauluzzi
On est allé au stadio Flaminio, en ruine

La vétusté de la majorité des stades italiens n'est plus une nouveauté, mais la ville de Rome a fait très fort en décidant de ne plus entretenir une enceinte pourtant chargée d'histoire. D'ailleurs, les supporters laziali aimeraient bien s'y installer.

Ce dimanche après-midi, le derby de Rome se disputera dans un Stadio Olimpico à moitié vide, conséquence de la grève des ultras protestant contre les mesures du préfet, mais aussi de la désaffection progressive de la part des autres supporters. Une courbe d’affluence qui baisse inlassablement, mais qui n’atteindra heureusement jamais le zéro pointé du Stadio Flaminio. Située à quelques centaines de mètres de là, cette enceinte est reliée à l’élégante Piazza del Popolo par l’interminable Via Flaminia. Il s’agissait du premier stade d’envergure construit dans la capitale italienne et il est totalement laissé à l’abandon aujourd’hui.

Le stade hanté

Affublé de son gilet jaune fluo, un « posteggiatore » contrôle les voitures garées contre quelques euros par jour. Un peu plus loin, une caravane s’est également installée sur la place « Ankara » , loin d’être accueillante au premier abord. Elle se situe devant la Curva Sud si on se base sur la géographie de ce stade entourée de barrières vertes hautes de deux mètres. Une protection voulue par la mairie afin d’empêcher les squats, les cadenas de dix centimètres d’épaisseur étant également un excellent dissuasif. Structure blindée donc, mais nous sommes en Italie : ainsi, après en avoir fait quasiment le tour, on tombe sur un trou béant à travers le grillage et qui permet de tranquillement s’infiltrer. Il se situe pile devant la billetterie encore décorée aux couleurs du tournoi des Six nations. Les portes pour accéder aux bureaux sont bien scellées, et de grandes plaques en bois ont été fixées devant les baies vitrées. À travers quelques fenêtres, on peut tout de même voir l’intérieur des pièces visitées et retournées depuis un moment.

En revanche, l’accès aux tribunes est totalement libre. Ici et là, on trouve des tables amochées, de vieilles chaises éventrées. La rouille s’est installée partout où elle peut, bien aidée par les infiltrations d’eau. Le stade craquelle. De temps en temps, un bruit sourd, le béton qui s’effrite, un morceau de ferraille qui se décroche. Angoissant, anxiogène, un décor parfait pour tourner un bon petit film d’horreur. Seul le vert du lierre égaye un peu cette triste vision. Un petit couloir mène aux abords du terrain. Le spectacle est désolant. On fait attention où on met les pieds, de peur d’escalader une marche prête à céder ou de brusquer une tribune fragile. Et heureusement que la tonte est faite une fois par an, il n’y a pas si longtemps, la pelouse, ou du moins ce qu’il en reste, arrivait à hauteur de taille. Sur les gradins, quelques buissons et pissenlits ont défié la grisaille du béton. Tout en haut, le tableau d’affichage donne l’impression de pouvoir céder d’une seconde à l’autre. Comme tout le stade en fait.

Comment en est-on arrivé-là ?

Il y a tout juste cinq ans, la Nazionale de rugby battait la France 22-21 dans une rencontre épique, depuis rien. Le Flaminio était devenu le foyer du rugby après y avoir accueilli le football et aussi une partie des Jeux olympiques de 1960. Inauguré un an plus tôt, il avait été construit sur les fondations du Stadio Nazionale tout juste démoli. Une enceinte qui avait également porté le nom du Parti Nazionale fasciste. C’est ici que l’Italie battit la Tchécoslovaquie pour enfiler sa première couronne mondiale en 1934. Le Comité olympique italien était chargé de sa gestion, on retrouve d’ailleurs des panneaux indiquant un peu partout ses bureaux dans l’enceinte. Après que les rugbymen ont déménagé à l’Olimpico et que l’Atletico Roma (troisième club de Rome) a fait faillite, le Coni rend les clés au maire à Noël 2014. Déjà délaissé, le stade poursuit sa décrépitude. Un récent rapport commandé par la commune fait état de « tuyauterie obsolète » , « altération du câblage électrique » , « situation avancée de dégradation du béton et corrosion des armatures métalliques ayant atteint un niveau critique » , tandis que les locaux de la piscine interne sont décrits comme « prêts à s’écrouler. »

L’entretien coûtait 800 000 € par an à la ville de Rome, laquelle essaye de refourguer le bébé à quelques entrepreneurs. Ancien joueur de la Lazio et actuel sélectionneur de la Nazionale de Serie B, Massimo Piscedda garde espoir : « Je passe devant de temps en temps parce que je vis dans le coin, tout tombe en morceaux… C’est pourtant un bijou au sein de la ville de Rome. Je comprends que les investisseurs doivent avoir un retour sur investissement, il n’y a pas de doutes là-dessus, mais j’espère que quelqu’un avec la main sur le cœur, un romantique quoi, s’engagera à résoudre cette situation. » Mais qui sera prêt à débourser au moins 8 millions d’euros pour le remettre à neuf ? Pas Claudio Lotito, président de la Lazio réputé pour son avarice, et pourtant : « Le désir de revenir ici est énorme, ce serait tellement symbolique. Seulement, c’est une zone très bourgoise de Rome, nous sommes juste en dessous desparioli. Donc acheter un stade, le transformer également dans un centre commercial dans le cœur de ce quartier est un peu difficile, je ne pense pas que ses habitants seraient d’accord. »

La maison de la Lazio

« Revenir » c’est bien le terme exact, puisque la Lazio et même la Roma ont fréquenté cette enceinte en leur temps. Lorsqu’elle était encore dédiée au parti unique, puis plus sporadiquement dans les décennies suivantes avant une entière saison en 1989-90. « L’Olimpico était en travaux en vue de la Coupe du monde, donc on a déménagé ici. C’était un petit chaudron de 30 000 spectateurs, l’ambiance était vraiment chaude, une vraie arène, on sentait le souffle des spectateurs. C’était même cent fois plus beau de jouer ici qu’à l’Olimpico où la piste d’athlétisme sépare le terrain du public. C’était un stade fait et né pour le football avec les tribunes verticales, on se sentait comme au fond d’une tasse » , relate Piscedda qui se souvient d’un exploit en particulier de sa Lazio : « On avait battu le Napoli de Maradona durant la période des fêtes. Ils étaient encore invaincus et on leur avait infligé un cuisant revers, 3-0 ! » Les deux derbys voient en revanche une victoire de la Roma signée Völler et match nul 1-1, mais si les Giallorossi ont partagé le loyer, on est bien chez les Laziali : « On peut dire que c’est la maison de la Lazio, on est dans le nord de la ville, le club a été fondé juste à côté à Piazza della libertà dans le quartier Prati. C’est une zone où il y a beaucoup detifosi biancelesti. » 15 000 d’entre eux ont même signé une pétition afin de ramener l’équipe chez elle. Un projet romantique, mais surtout utopique. Reste une chance pour le Flaminio, que Rome soit désignée ville hôte des J.O de 2024, si le stade ne s’est pas désintégré d’ici là.

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