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L'altinha, pour une partie de ballon en l'air

Par Evan Margerin
7' 7 minutes
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L'altinha, pour une partie de ballon en l'air

Isadora et Clarisse sont deux Franco-Brésiliennes qui partagent leur passion pour l’altinha, une discipline venue tout droit du Brésil. Samedi dernier à Paris, elles ont réuni plus d’une centaine de personnes au parc de la Villette, à Paris, pour partager leur passion dans le cadre d'une initiation gratuite. Reportage à la découverte de ce sport qui sent bon les vacances.

Le parc de la Villette offre ce dont Paris manque le plus : de l’espace. Ce n’est donc pas un hasard s’il est le lieu idoine pour déplier une serviette de bain pour y faire bronzette, distribuer des assiettes en carton pour se partager un gâteau, taper le carton entre amis ou se lancer dans un bon footing. Mais samedi dernier, en plus de tout ça, c’est un petit air d’Amérique latine qui flottait sur les bords du canal de l’Ourcq. Outre ce petit groupe de Mexicains qui tapait joyeusement sur une piñata pour souffler les quatorze bougies de l’un des leurs, la prairie du cercle sud était parée du jaune et vert caractéristiques du Brésil.

Vers 17h, des dizaines de rondes se forment un peu partout sur le gazon, les ballons s’envolent et plus d’une centaine de pieds nus s’activent avec l’objectif d’empêcher le cuir de toucher terre. Ajoutez à ça de la funk carioca crachée par les enceintes, quelques maillots auriverde floqués Neymar Jr. ou Ronaldinho, et une ambiance qui sent bon Copacabana à 9 200 bornes du sable brésilien : la partie d’altinha peut officiellement démarrer.

100% joga bonito

La pratique est plutôt connue en France, même si on la désigne grossièrement comme « une brésilienne ». À ne pas dire devant Isadora Liron et Clarisse Lagore, deux Franco-Brésiliennes de 21 ans, arrivées dans l’Hexagone il y a trois piges pour leurs études. Spritz à la main rempli de glaçons sous les 27 degrés du parc, elles corrigent le tir : « La brésilienne, c’est juste mettre le ballon en l’air sans le faire tomber. Dans l’altinha, il y a des règles et c’est plus une danse qu’un jeu. »

Alors l’altinha, c’est quoi exactement ? Ce sport de ballon, qui se pratique généralement à quatre et pieds nus dans le sable, repose sur une logique bien précise : on « attaque » son vis-à-vis, qui envoie ensuite le ballon à droite ou à gauche, et ainsi de suite. Une seule règle qu’il faut respecter au maximum : c’est une touche de balle ! Autre marque de fabrique de ce sport : personne ne compte les points, puisqu’il n’y en a pas. « Il n’y a pas de gagnants ou de perdants. On joue tous ensemble », résument les deux copines qui se connaissent depuis l’âge de huit ans et enchaînaient déjà les sessions d’altinha sur la plage à 7 du mat’ avant de filer en cours lorsqu’elles vivaient encore au Brésil.

Pour être un bon joueur d’altinha, il faut effectuer des mouvements très souples et vers le haut. Ce ne sont pas forcément des gestes effectués dans le football classique, donc au début, ils ont peu de mal.

Isadora

De quoi remettre à leur place tous les habitués du foot à onze ou du five, persuadés que leur pedigree suffira. Que nenni : « Pour être un bon joueur d’altinha, il faut effectuer des mouvements très souples et vers le haut. Ce ne sont pas forcément des gestes effectués dans le football classique, donc au début, ils ont peu de mal », confie Isadora, qui en profite pour nous apprendre qu’elle est la petite-fille de Ginès Liron, vainqueur de la Coupe de France avec Saint-Étienne en 1962. Il faut dire qu’il y a aussi un nouveau cuir à apprivoiser. « Le ballon est différent d’un ballon de foot classique. Il rebondit moins quand tu le lâches par terre, il tombe directement, parce que ce sont des ballons utilisés à la base pour le foot-volley, précise Clarisse. Et ça favorise le jeu, parce qu’il est plus lourd et tombe donc plus vite. Si je joue avec une balle classique, je fais une petite touche et elle monte sur la Lune. »

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Un partage de culture… et ça marche

Ce samedi, les deux copines ont réuni plus d’une grosse centaine de fans du joga bonito grâce à leurs réseaux sociaux. Pourtant, à la base, rien de tout ça n’était prémédité : les deux jeunes femmes voulaient simplement ouvrir un compte pour poster leurs vidéos. « On n’avait pas le but de faire une communauté. On voulait juste montrer ce qu’était notre sport. La preuve, on a eu 200 followers pendant deux ans », contre presque 6 000 aujourd’hui. Isadora et Clarisse proposent désormais des cours pour s’initier à la discipline. Et comme tout bon Brésilien qui se respecte, le pays leur manquait terriblement. « Le sport, la plage, les amis, la vibe. Toutes ces petites choses nous manquaient énormément et l’altinha nous ramène à ça. Et puis, on aime la France, alors on avait envie de mélanger nos cultures », raconte Clarisse, verre toujours en main, mais avec les glaçons fondus cette fois-ci. Il faut dire que le soleil cognait à la Villette.

Au Brésil, on voit trois personnes en train de jouer, on demande poliment de rentrer dans le cercle et on joue avec eux. C’est une vraie culture.

Clarisse

Après quelques minutes en leur compagnie, le constat tombe vite : l’altinha, c’est une religion à deux pas du Corcovado. « Au Brésil, on voit trois personnes en train de jouer, on demande poliment de rentrer dans le cercle et on joue avec eux. C’est une vraie culture. Et puis tout le monde y joue, et ça nous permet de faire de belles rencontres. La preuve, j’ai rencontré mon copain en jouant à l’altinha sur la plage. »

Et visiblement, la vibe brésilienne prend aussi très bien du côté du canal de l’Ourcq. Paco, 25 balais, y voit un côté beaucoup plus accessible que sur un terrain de foot classique. « J’ai des potes ici qui ne sont pas du tout footeux, et après quelques mois, on se retrouve tous à avoir un bon niveau, à pouvoir faire des échanges et surtout à prendre du plaisir. » Lunettes de soleil sur le nez, il confie avoir eu un vrai coup de cœur pour ce ballon un peu mou depuis son voyage au Brésil et pour ces gestes techniques dignes des meilleurs dessins animés du ballon rond.

On joue avec l’entièreté du corps, on peut utiliser les jambes, les épaules, le cou…

Inès, pratiquante

Même enthousiasme chez Inès, venue pour la toute première fois après avoir été cueillie par sa bande de potes brésiliens, direction le soleil du parc et les pieds nus dans l’herbe alors qu’elle se décrit elle-même comme « nulle, nulle, nulle au foot », mais avec grand sourire et petit rictus à l’appui pour celle qui part au Brésil en décembre. Ce qui l’a conquise ? La créativité du jeu. « On joue avec l’entièreté du corps, on peut utiliser les jambes, les épaules, le cou… Par exemple, jouer avec les épaules, c’est le premier sport que je connaisse qui me permet de jouer avec. C’est un sport très libre et ça me plaît. »

Et puis, ce qui séduit dans ce sport, c’est qu’il a un petit goût d’été et de plage. Dans le parc de la Villette, on s’affiche torses nus ou en brassières. En arrière-plan, le son « Menina de Vermelho » de MC Menor JP rythme les échanges des altinheiros en herbe : tous s’accordent à dire que sous un tel cagnard, mieux vaut faire une partie d’altinha que s’infliger un five ou un foot à onze. « L’altinha, c’est beaucoup plus fun, il n’y a pas de compétition », avoue Marico entre deux, trois échanges. Paco partage le même avis : « C’est beaucoup plus pratique et puis ça rime avec le soleil. » Alors à la question bête, « C’est mieux de jouer dans un parc à Paris ou sur les plages brésiliennes ? », Isadora et Clarisse, remplies « de nostalgie » selon leurs dires et petits sourires moqueurs, répondent sans hésiter : « Tu nous poses vraiment la question ? C’est sur le sable. On a plus de liberté à se jeter, à essayer de nouveaux trucs. T’arrives, tu te poses, tu joues à l’altinha, tu fais un saut dans l’eau et tu rejoues. C’est le Brésil. » Après quelques secondes de réflexion (une ou deux grand maximum), difficile de leur donner tort.

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Par Evan Margerin

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