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Thomas Ramos aurait-il été un bon joueur de foot ?

Par Ulysse Llamas
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Thomas Ramos aurait-il été un bon joueur de foot ?

L’équipe de France de rugby devra compter sur un excellent Thomas Ramos pour remporter le Tournoi des Six Nations contre l’Angleterre ce samedi (21h10). Le meilleur buteur de l’histoire des Bleus est un adepte du jeu au pied, devenu déterminant dans le rugby pour débloquer des rencontres. Des rugbymen racontent.

Impeccables avec les mains contre l’Irlande, l’Italie et le Pays de Galles, les Bleus sont tombés de haut contre l’Écosse samedi dernier (40-50). Ils pourraient perdre le Tournoi des Six nations en cas de défaite contre l’Angleterre. Il faudrait qu’ils se foirent en mêlée, loupent leurs plaquages ou soient pénalisés dans les rucks. Mais aussi que, comme en Écosse, ils jouent moins bien au pied.

À Murrayfield, le ballon ovale était plus capricieux que la cornemuse. Il a rebondi dans les mains de l’adversaire, a filé en touche quand Thomas Ramos voulait le mettre dans l’axe et partait trop loin quand les Bleus voulaient récupérer leurs chandelles. Pourtant, d’ordinaire, l’arme est bien utilisée par les Français. Contre l’Irlande, lors du premier match du tournoi des Six Nations, Ramos s’est autorisé un extérieur du pied à faire pâlir Luka Modrić. L’arrière, meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France, n’en était pas à son coup d’essai. Régulier au pied, il trouve des passes en profondeur parfaites pour ses coéquipiers aux coupes mulets et tape des transformations depuis toute la largeur du terrain. « C’est de la chance, je ne vais pas expliquer que j’ai fait exprès », a-t-il nuancé après la rencontre. De la chance ? Pas vraiment, car tous ces gestes bien bossés sont devenus la nouvelle base du rugby moderne.

Comme ses pieds

Dans un sport assigné au jeu vers l’arrière, le jeu au pied sert à occuper le terrain, à épuiser les « gros » d’en face pour trouver des espaces, à se libérer de la pression, mais aussi à déplacer rapidement le jeu par les airs, pour placer le ballon dans des espaces libres. C’est là que Thomas Ramos excelle. « Le premier réflexe est de se dire qu’il a souvent de la chance, mais son geste est tellement rodé qu’il finit parfaitement dans les bras des coéquipiers. Le corps est en arrière, le pied d’appui est proche du ballon, il n’y a rien à corriger », décrit Gabin Lorre, arrière lyonnais en Top 14. Pierre Bernard, ancien joueur devenu entraîneur des arrières du club de Saint-Jean-de-Luz, abonde : « Il existe un vrai talent derrière ses frappes au pied : de l’instinct pour jouer sous la pression, une maîtrise technique, une maîtrise des rebonds et une maîtrise du temps. Quand Zidane marque la reprise de volée en finale de Ligue des champions, c’est pareil. J’ai joué avec Johnny Wilkinson à Toulon, c’est pareil. Leur jeu au pied est purement mécanique : le ballon est touché au bon endroit, ils ont le bon équilibre, leurs épaules sont parfaitement alignées. »

Un footballeur, s’il rate ses deux premiers corners, est-ce qu’il va laisser un coéquipier les tirer ?

Gabin Lorre, arrière du LOU

Lorre pose : « Des joueurs comme Thomas Ramos travaillent tellement leurs ballons que ses coéquipiers savent où le ballon va après chaque jeu au pied. Nous, on essaye déjà de donner une directive avec les rebonds et de chercher une zone, comme un footeux quand il fait un intérieur du pied ou un enroulé. Au rugby, ça dépend de l’inclinaison du ballon sur un côté ou un autre. Ensuite, ça dépend du vent ou d’une motte de terre. » Et d’un peu de confiance. « Un footballeur, s’il rate ses deux premiers corners, est-ce qu’il va laisser un coéquipier les tirer ? Thomas Ramos a mis tous les curseurs de performance tellement haut qu’il peut tout tenter. »

« On parle d’un athlète tellement fan de tous les sports qu’il sait tout faire, ajoute le footeux Élie Baup, qui a beaucoup entraîné des rugbymen, à une époque où l’Ovalie consistait plus en une opposition physique qu’en un sport d’espaces. Le jeu au pied a pris plus d’importance parce que les défenses sont mieux organisées. Les joueurs doivent de plus en plus aller chercher des zones derrière les lignes adverses. » Le jeu au pied est devenu une réponse privilégiée pour créer des espaces. En quelques années, ce geste, qui serait arrivé au mitan des années 1960 par l’intermédiaire d’un certain Jean-Claude Roques, ancien de Brive, est passé de défensif, pour se dégager, à offensif, devenant un atout stratégique majeur. Élie Baup, qui a entraîné Fabien Barthez à tirer avec un ballon de rugby, se souvient lui de joueurs peu à l’aise avec le bas du corps : « Je devais dire aux rugbymen que ce n’était pas la peine de compter leurs pas avant de tirer. Ils devaient aussi travailler leur souplesse, leur orientation du corps et leur regard. » 

« Au niveau international, on le voit encore plus. Avec la vidéo, il devient plus rare de surprendre l’adversaire, recense Pierre Bernard, qui loue le travail du staff de Fabien Galthié, et notamment de Laurent Labit. Il faut comprendre que pour déstabiliser les adversaires, enchaîner du jeu court et une stratégie au pied est important. L’équipe de France a mis un peu plus de temps à la comprendre. On peut être des super relanceurs à la main, mais la dépossession est aussi importante. » Comme si ceux qui gagnaient étaient ceux qui savaient laisser la balle.

Pied, main, ballon

Si sa réussite a été moindre contre l’Écosse, Thomas Ramos raconte donc une période où le rugby est de plus en plus dépendant du pied. Outre l’athlétisation des profils, des règles ont favorisé cette évolution, comme la fin des réceptions protégées de chandelles, dites escortes, ou la possibilité de trouver des touches en sa faveur dans le jeu courant, et depuis son propre camp, à la condition que le ballon rebondisse avant de sortir du terrain. C’est la règle du 50-22. En Top 14, la majorité des équipes comme le Toulouse de Thomas Ramos se servent du jeu au pied pour exceller. De là à affirmer qu’il serait un bon footballeur ? Pas forcément, pour Pierre Bernard : « Je ne sais pas s’il ferait un bon footballeur. Il n’a pas du tout la frappe d’un joueur de champ, donc je ne doute pas qu’il soit un très bon joueur, parce qu’il est passionné de sport, mais le type de frappe est totalement différent. Tu donnes dix pénalités à 22 mètres en face des perches à Mbappé, avec un tee, je ne sais pas s’il fait 100 %. »

Les rugbymen, eux, ont compris cette évolution. S’entraîner au pied est indispensable. « Je tape contre un mur avec un demi-ballon, pour qu’il rebondisse droit et me revienne dessus », explique par exemple Gabin Lorre. « On se dit entre nous qu’on a des frappes de footeux, raconte Théo Giral, adepte du drop dans son club de Colomiers, en Pro D2. Un entraînement sans jeu au pied, ce n’est plus possible. Et puis le foot fait aussi beaucoup partie de nos enfances, donc on s’en fiche un peu de la forme du ballon. » Les Anglais aussi.

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