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Youri Tielemans, le capitaine a pris son temps

Par Timothé Crépin
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Youri Tielemans, le capitaine a pris son temps

Dix ans après ses débuts avec la Belgique, Youri Tielemans semble enfin atteindre le niveau que tout un pays imaginait pour lui. Avec des aptitudes de patron qui compteront pour l'avenir.

Et si le penalty, exécuté à la perfection, dans le temps additionnel de la prolongation face au Sénégal, pour qualifier son équipe en huitièmes de finale de la Coupe du monde, alors qu’elle avait été menée jusqu’à la 89e minute, avait changé à jamais la destinée de Youri Tielemans dans son propre pays ? À 29 ans, avec ses 89 sélections au compteur (15 buts), le milieu de terrain est encore – normalement – loin de la retraite internationale. Mais c’est certainement un nouveau chapitre qui a débuté mercredi dernier, à Seattle, face aux Lions de la Teranga. « Romelu Lukaku était désigné, mais il ne le sentait pas, rembobine Guillaume Raedts, journaliste belge qui couvre les Diables rouges pour Le Soir et Sudinfo. Mais j’ai rarement vu un penalty tiré de la sorte, il est incroyable ! Youri Tielemans a toujours été un mec très, très calme. »

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Sans parler de surprise, Tielemans a parcouru du chemin avec sa sélection. Il y a les performances avec le ballon, purement tactiques et techniques, mais aussi ce côté patron, leader, guide. Capacités qu’on n’aurait pas forcément soupçonné. « Il y a une petite surprise parce que maintenant, il a l’air vraiment d’être un des patrons, confirme Guillaume Raedts. Il s’est élevé au même rang que Romelu Lukaku, Thibaut Courtois, Kevin De Bruyne… »

Il faut admettre que le « petit » Youri a bien grandi. Tielemans, comme le dit Thomas Foket, ancien latéral droit du Stade de Reims et de la sélection, aujourd’hui à Anderlecht, « c’était le plus grand talent de Belgique depuis qu’il était jeune ». Et de poursuivre : « Un pur talent technique : vista, frappe, technique… Je l’ai découvert vraiment au tout début, et je me souviens déjà de cette facilité des deux pieds, qu’il soit au-dessus par sa qualité technique par rapport aux autres. »

En France, Tielemans n’avait pas laissé un immense souvenir. Loin de là. Lui qui avait été recruté par l’AS Monaco, à 20 ans, en 2017, contre 25 millions d’euros. « Nous, on s’attendait à mieux dans sa carrière en club, pose Guillaume Raedts. À Monaco, on se dit que c’est un bon step, qu’il va apprendre, s’imposer, puis aller dans un top club directement. On attend toujours le top club, et je ne suis pas sur qu’il viendra. Il a atteint son plafond un peu plus vite que ce qu’on avait prévu. »

« Il aurait dû pousser un vieux plus vite hors de l’équipe »

Très, très bien revendu (45 millions d’euros) à Leicester deux ans plus tard. On ne parlait pas de gâchis, mais d’un léger sentiment d’un Tielemans qui aurait pu faire bien mieux sur le Rocher. On pourrait établir un constat quasi similaire en sélection. Convoqué pour la première fois, en 2015, avec un France-Belgique spectaculaire (3-4), Tielemans vit sa première cape contre les Pays-Bas un an plus tard. Si Roberto Martinez l’emmène en Russie pour la Coupe du monde 2018, c’est avant tout pour préparer l’avenir, Tielemans est encore jeune, n’a pas encore le cuir épais et n’est pas incontournable. Mais il apprend, à l’image du fameux France-Belgique en demi-finales : « Je me suis échauffé pendant la majeure partie de la seconde période, contait-il dans une interview pour la FIFA. Je me souviens juste de l’intensité, de la pression. On pouvait vraiment sentir la pression à l’intérieur du stade. Personne ne voulait commettre d’erreur, et je n’ai pas eu l’impression qu’on en avait commises. Ce but (de Samuel Umtiti), c’était juste un détail. Et je ne pense pas qu’on aurait pu ou dû faire quoi que ce soit de différent ce jour-là… »

Il s’installe titulaire pour l’Euro en 2021, avec notamment un « match signature » contre le Danemark en phase de groupes. Mais il se manque en quart de finale, avec l’élimination contre l’Italie (1-2). Et il n’est pas au mieux, à l’image de toute sa sélection, lors du fiasco de la Coupe du monde 2022 (élimination au premier tour, Tielemans sorti dès la pause du premier match et remplaçant ensuite). Enfin, en 2024, à l’Euro, il est tout simplement mis sur le banc, sans entrer en jeu, en huitièmes de finale face à la France (0-1), malgré un but en poules devant la Roumanie.

Pour moi, ce n’est pas du tout une surprise. C’était un vrai leader depuis le début. Il parlait déjà sur le terrain, il n’était pas timide.

Thomas Foket

« Il arrive au moment où la Belgique est à son apogée, analyse Guillaume Raedts. De Bruyne, Hazard, Witsel, Lukaku… C’est impossible de prendre leur place, à part par petite touche. Il avait toujours été considéré comme le grand relais entre deux générations. Un mec qui s’est un peu accroché à la génération dorée (Lukaku, De Bruyne, etc.), qui est arrivé très, très jeune, au moment où la génération dorée avait acquis un statut de grande équipe. » Entre les deux, donc, sans jamais réellement trouver sa place, et ne pas vraiment répondre aux attentes importantes en Belgique. « Il ne performait jamais comme on l’attendait, continue-t-il. Même si les cadres disparaissent les uns après les autres, il n’est jamais parvenu à s’installer dans l’équipe. Il aurait dû pousser un vieux plus vite hors de l’équipe. »

Rudi Garcia, un choix tournant pour Tielemans

Il n’y a donc jamais eu cette flamme entre Tielemans et sa sélection. Jusqu’à donc l’arrivée de Rudi Garcia. À sa prise de fonction, l’ancien coach de l’OM, du LOSC ou de l’OL décide d’un capitanat tournant, pour ensuite faire son choix. Il annonce son nouveau capitaine en septembre dernier, à la veille d’une rencontre face au Liechtenstein. Thibaut Courtois ? Kevin De Bruyne ? Romelu Lukaku ? C’est Youri Tielemans qui est choisi. « Honnêtement, j’étais un peu étonné, avoue Guillaume Raedts. Mettre quelqu’un capitaine alors qu’il n’a pas la position d’indéboulonnable dans le onze… Ça peut te créer des problèmes. C’était un peu surprenant, mais Garcia avait sans doute une haute opinion de Tielemans, et on a vu que, contre le Sénégal, sur les changements, il n’y a que Tielemans qui a survécu. »

Le joueur d’Aston Villa, en Premier League, a donc franchi un voire deux étages question légitimité. « Maintenant, il est vraiment vu comme un patron », admet Raedts. « La maturité est venue de plus en plus, applaudit Thomas Foket. Le voir en tant que capitaine, c’est qu’il a vraiment travaillé pour. Mais, pour moi, ce n’est pas du tout une surprise. C’était un vrai leader depuis le début. Il parlait déjà sur le terrain, il n’était pas timide. » Foket a surtout pu être interpellé par la capacité de Tielemans d’être rapidement dans la réaction : « Même dans un moment où on se dit qu’il est un peu moins bien, il parvient à se rattraper d’un but fantastique ou autres. Mentalement, il est très, très fort. »

À croire que cette Coupe du monde 2026, peu importe l’issue pour la Belgique, sera un vrai tournant sportivement et en termes d’image pour Tielemans chez lui : « Il a un statut que la Belgique ne lui donnait pas encore, termine Guillaume Raedts. Ce n’est pas une star comme Lukaku, De Bruyne, Courtois, ou même Doku, qui est arrivé beaucoup plus tard. Il a souvent été perçu un peu comme un bon soldat, sur qui on pouvait compter, mais pas de la à être une star. Aujourd’hui, il prend la parole plus souvent, il est plus exposé, il reste un peu plus dans le coeur des gens désormais, et ce doublé contre le Sénégal va sans doute lui faire prendre une autre dimension. »

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Par Timothé Crépin

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