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France 2026 et Brésil 2002 : une ère de ressemblance

Par Chérif Ghemmour
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France 2026 et Brésil 2002 : une ère de ressemblance

Les Bleus de DD se dirigent-ils vers un triplé de finales identique à celui des Brazileiros 1994-2002, avec une victoire, une défaite et une autre victoire ? S’ils l’emportent le 19 juillet à New York, oui. Avec toutefois quelques nuances de bleu...

Avant toute chose, clarifions : avant de parler de finale, il faudra déjà sortir la Roja en demies, bien entendu ! Dès lors, la France rejoindrait la Mannschaft et ses trois finales 1982-1990 au déroulement différent (deux défaites puis un succès) mais c’est bien la ressemblance avec le Brésil des années 1994 à 2002 (deux titres entrecoupés d’une finale perdue) qui attire l’œil et la mémoire. Effet de dynastie oblige.

Les 3 R de 2002 et la tierce bleue de 2026

Une première similitude en cours rapproche les Auriverdes de 2002 et les Bleus de 2026 : leur série de victoires à tous les matchs, exception faite pour 2026 d’un tour en plus (16e de finale) lors d’une Coupe du monde à 48 équipes alors que l’édition 2002 n’en comptait que 32. La France reste ainsi invaincue, comme l’a été le Brésil en Asie.

Tactiquement, la ressemblance qui saute aux yeux, c’est le trident offensif quasi irrésistible qu’on retrouve dans les deux sélections. En 2002, le Brésil fait régner la loi des trois R (Rivaldo, Ronaldo Lima, Ronaldinho) sur la compétition, à l’image de notre trio dévastateur actuel composé d’Ousmane Dembélé, Kylian Mbappé et Michael Olise. Aux trois R, le sélectionneur Felipe Scolari adjoignait Denilson comme quatrième as offensif très souvent entré en jeu lors du tournoi. La paire alternative Doué-Barcola complète, lui, le trio d’attaque de Deschamps.

Le décompte des buts inscrits, même si provisoire, est aussi parlant : avant d’aborder sa demie contre la Turquie, la Seleção avait inscrit 15 buts, un total sensiblement identique pour les Bleus de DD, auteurs de 16 buts avant leur match contre l’Espagne. Dans le détail, tous comptes bloqués, on a dénombré 8 buts pour O Fenomeno et 5 buts et une passe décisive pour Rivaldo, 2 buts et 3 passes pour Ronnie au total en 2002. Concernant les buts, le duo Mbappé-Dembélé fait donc aussi bien que les deux premiers brésiliens cités (8 et 5 pions), mais si on y ajoute les 3 passes décisives du Kyks, les 2 de Dembélé et les 6 de Michael, ça donne un trio encore plus généreux.

Ronaldo et Kylian, porte-drapeaux

Autre similitude de taille : le rôle moteur joué par Ronaldo il y a 24 ans et celui de Mbappé en Amérique du Nord. En 2002, R9 arrive en Asie escorté de doutes légitimes après trois saisons massacrées par des graves blessures : avec l’Inter, il n’a pas joué en 2001-2002 et en cette saison 2001-2002, il n’a que 16 matchs dans les jambes, dont 10 seulement en Serie A. Mais ses 4 buts en poule le lanceront très tôt dans une chevauchée victorieuse achevée par un doublé en finale contre l’Allemagne (2-0). Une renaissance miraculeuse, inouïe…

Son style de jeu me fait penser à moi à mon apogée.

R9 au sujet de KM10

Kylian a aussi débarqué aux USA porté par des vents contraires. Il y a d’abord sa saison blanche avec le Real alors que le PSG, son ex-club, a gagné sa deuxième C1. « Sans lui » insistent les mauvaises langues. À tel point qu’une partie de la France du foot s’est interrogée : l’équipe nationale doit-elle jouer sans Mbappé ? On spéculait aussi sur son leadership, soi-disant remis en cause par les deux forces montantes, Dembélé et Olise, autour desquels le jeu devait désormais s’ancrer… Et puis, Kylian a fait parler la foudre. Comme Ronaldo, autrefois. Ce n’est pas pour rien que le Ballon d’or 1997 parlera de son cadet en ces termes : « Son style de jeu me fait penser à moi à mon apogée. Il est l’un des plus grands du football actuel et un héritier naturel des légendes du jeu. » 

La prudence de Scolari

Mais il existe évidemment des différences entre Brésil 2002 et France 2026, dont l’une, fondamentale, réside dans l’organisation tactique. En 2002, Felipe Scolari aligne un 3-4-1-2 très prudent basé sur une défense à trois, avec toutefois deux latéraux portés vers l’avant (Cafu à droite et Roberto Carlos à gauche). Devant, Ronaldinho en 10 alimente la paire Ronaldo-Rivaldo. En fait, cette Seleção pas toujours flamboyante avec un jeu parfois restrictif avait connu les affres d’éliminatoires périlleuses en zone Amsud qui ont provoqué l’arrivée du « sauveur » Scolari au poste de sélectionneur en juin 2001.

Qualifié dans la douleur, son Brésil s’est d’abord assuré une assise défensive forte à trois centraux et avait confié aux trois R le soin de faire la diff, devant. Au Mondial asiatique, le Brésil n’était pas du tout favori, largement distancé chez les bookmakers par la France championne du monde en titre et par l’Argentine. Et c’est ainsi que la Canarinha a galéré contre la Belgique en huitièmes (un 2-0 entaché d’un but de Wilmots parfaitement valable), contre l’Angleterre en quarts (un 2-1 étouffant) et contre la Turquie en demie (un petit pointu de R9, 1-0). Paradoxalement, la finale bien maîtrisée contre l’Allemagne a nimbé le parcours de la penta (5e étoile) d’un parfum d’inexorabilité, comme un aboutissement logique pour le plus grand pays de futebol

Les Bleus de 2026 alignés en 4-2-3-1 plus conquérant dégagent eux une impression de facilité unanimement reconnue qui a renforcé leur statut de favori initial du tournoi avec l’Espagne. Une Roja qu’ils retrouveront mardi en demies, jour de 14 juillet. Malgré l’entame poussive de sa première mi-temps contre le Sénégal (3-1) et un huitième pourri par le non-jeu agressif des Paraguayens (1-0), la France et son bloc haut penche méchamment vers l’avant. Cette France « américaine » n’est plus très loin en fait d’un autre Brésil, irrésistible : celui de 1982-1986, porté par les vagues jaunes de Zico, Socratès, Alemão, Falcão, Careca. Sauf que cette Seleção n’a, hélas !, jamais été championne du monde…

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