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Coyoacan : une autre fiesta est possible

Plongée dans le populaire Fan Festival de Coyoacan, le seul de la ville de Mexico qui ne soit pas estampillé FIFA. Et c’est tant mieux comme ça.
C’est bien dommage : sur les 104 matchs de la Coupe du monde, seuls 5 sont programmés dans la ville de Mexico. Quand les journées ne battent pas au rythme du mythique Azteca, le Fan Festival de la FIFA – situé au Zocalo, la principale place de la capitale – constitue la solution de repli la plus facile et la plus évidente pour expérimenter un semblant d’ambiance « mondialiste »… Si vous aimez les contrôles de police, la musique de fête foraine qui vous lobotomise le cerveau, la sensation d’oppression (plus de 100 000 personnes étaient face à l’écran géant pour le match d’inauguration), vous faire matraquer par la publicité offerte par les sponsors officiels du tournoi, et vous faire arnaquer de 150 pesos (environ 8 euros) pour un soda sans glaçons et plus du double pour une bière tiède, la pompe à fric de l’organisme dirigé par Gianni Infantino est faite pour vous. Si vous avez encore un peu de respect pour votre personne, pour votre porte-monnaie et pour le football, sachez qu’un autre Fan Festival est possible.
Cortés, contrefaçons et cholestérol
La fiesta en question se situe dans le sud de la capitale, à Coyoacan, un district où le conquistador espagnol Hernán Cortés choisit notamment d’établir son gouvernement après avoir fait chuter l’empire aztèque. Chargée d’histoire et bourrée d’édifices coloniaux préservés reliés par des rues pavées, l’endroit abrite aussi la dernière demeure de Léon Trotski (il y fut assassiné en 1940), et surtout celle de l’icône mexicaine et féministe Frida Khalo.
Comme tout le monde ici, je me sens plus proche des Guaranis que des Yankees.
Pour rejoindre ce fameux Fan Fest alternatif, il faut traverser le marché artisanal rempli de céramiques, de masques de catcheur et de cadres décoratifs fait à partir de plaques d’immatriculation, avant d’atterrir sur des squelettes inspirés du Dia de Los Muertos à l’effigie de Cruyff, Di Stéfano, Pelé ou encore Puskás.

L’écran géant à la définition toute relative diffuse d’autres cadavres : ceux des pauvres Paraguayens, en train de se faire massacrer par les US. Pas de quoi ravir Norberto, dont la cinquantaine est enfoncée dans un imperméable rose pour se protéger de la pluie : « Comme tout le monde ici, je me sens plus proche des Guaranis que des Yankees », sourit-il avant de s’évanouir dans une cour des miracles de la contrefaçon.

Ici, pas de licence FIFA, tout est faux ou fait main. Rayon gastronomie, tout est trop gras, trop sucré, trop salé, voire trop coloré, à l’image de ce nougat rose fluo que tout le monde s’arrache, mais l’idée de se péter le bide pour la moitié du prix d’une barquette de frites vendue au Zocalo, ferait presque oublier ce satané taux de cholestérol. Pour le public, essentiellement mexicain, le foot n’est en réalité qu’une excuse pour profiter de la soirée, de la street food, des mariachis, du karaoké proposé lors de l’avant-match et à la mi-temps, mais aussi de la kiss-cam délicieusement ringarde proposée par le maître de cérémonie lors du cooling-break californien. « Regardez-moi ces amoureux ! La soirée ne va pas se finir sur ce baiser, croyez-moi ! »

Une question d’énergie
À une trentaine de mètres de là, une vingtaine de personnes suent en pratiquant la danza guerrera Mexica au son de deux tambours accompagnés par des maracas notamment remués par un ancien, amputé des jambes. À Coyoacan, cette danse rituelle aztèque est pratiquée toute l’année, du lundi au vendredi, sur l’esplanade ou se trouve actuellement l’écran géant. La Coupe du monde n’a évidemment pas bousculé l’habitude du petit groupe.

Rentrer dans leur danse nécessite au préalable une autorisation doublée d’une purification à l’encens opérée par une femme habillée avec des habits traditionnels. « C’est ouvert à tout le monde, mais tu dois d’abord passer parce qu’on appelle “la porte”, explique Zeus, un danseur habitué. Cette porte, c’est un rite de purification. Tu donnes ton corps et ton esprit pour que les énergies soient le plus fluide possible. » Après ça, il faut suer pendant une heure et demie, avec un hochet traditionnel à la main, en sautillant pieds nus sans s’arrêter. « C’est très physique, mais ça fait un bien fou, sourit Zeus, professeur à l’université d’UNAM. Quand je pratique cette danse, j’ai un sentiment de liberté, de fierté, et puis ça me permet de renouer avec mes racines et ma communauté. » Un moment d’authenticité qui ferait presque oublier que les diffuseurs du match n’ont rien trouvé de mieux que de s’attarder sur le flocage à paillette de Paris Hilton.
Quand la Coupe du monde voit triplement rougePar Javier Prieto Santos, à Coyoacan (Mexico)
Tous propos recueillis par JPS.
Photos : JPS pour So Foot.


















































