Blanc et Deschamps, héritiers de Jacquet…

Ce n'était qu'un match particulier : un sommet qui tombe tôt dans la saison. L'OM était encore privé de son stratège argentin Lucho Gonzalez, forçant Didier Deschamps à « bricoler » un milieu de terrain provisoire. Donc, pas évident de tirer des conclusions hâtives. Et pourtant... Difficile de ne pas voir dans le jeu de Bordeaux et de Marseille certains fondamentaux typiques de l'ère Aimé Jacquet. Analyse très générale après le match d'hier soir Marseille-Bordeaux (0-0)...
Laurent Blanc et Didier Deschamps sont des entraîneurs modernes. Ils ont parfaitement intégré l’importance de la technique et du mouvement. Tous les deux plébiscitent le jeu offensif du Barça et de Manchester United. Un fonds de jeu qui repose sur la technicité individuelle et collective mais qui s’appuie d’abord sur une condition physique optimum nécessaire pour maintenir l’intensité écrasante bien connue de MU et des blaugranas. La Dèche et le Président ont d’ailleurs privilégié la présence d’un meneur de jeu technique et offensif de haut niveau, respectivement Lucho Gonzalez et Gourcuff. Reste que l’impression laissée par le match au sommet d’hier soir a rappelé l’exigence première de l’engagement physique de tous les instants, si chère à Aimé Jacquet. Comme leur mentor, Blanc et Deschamps bâtissent « un socle de certitudes » indispensable pour bien figurer en Ligue des Champions, une compétition qu’ils prennent vraiment très, très au sérieux. Une différence : Lolo Blanc a un peu d’avance sur son ex-pote des Bleus, nommé très récemment à la tête de l’OM.
Aujourd’hui, Marseille et Bordeaux c’est des kilos et des centimètres, du poids et de la hauteur. Le recrutement de Deschamps est éloquent : Mbia, Diawara, Morientès, Lucho Gonzalez et Cissé, entre autres… Du 1m 85 minimum très costaud plus une pointe de grinta avec Cheyrou, Heinze ou Rool. Tout ça pour gagner des duels au sol et surtout dans le jeu aérien, secteur de jeu trop délaissé dans le foot français notamment offensivement, d’où la confiance en Brandao et l’arrivée de Morientès. En face, c’est pareil. Outre l’arrivée du monstre Ciani, Lolo Blanc aligne des joueurs qu’il voulait conserver à tout prix : Diarra, Gourcuff, Chamakh. Ajoutons le warrior Fernando, annoncé partant mais toujours bien là : ça peut servir, comme hier soir. La grinta bordelaise, c’est aussi des Chalmé, Planus, voire Jurietti. Résultat : un rare degré d’intensité physique, quasi permanent pendant 90 minutes, des duels très disputés, parfois un peu limites, et surtout un jeu aérien de qualité avec des chocs impressionnants à la retombée du ballon : Diarra, Diawara, Heinze, Planus, Chamakh y allaient comme en Premier League. C’est plutôt bon signe pour la C1. Et puis une multiplication de « fautes intelligentes » , à 30-40 mètres de ses buts, histoire de casser un peu le jeu adverse…Bref, un match d’hommes au cours duquel le petit Trémoulinas et le valeureux Bonnard ont mesuré toute la différence d’engagement, nettement supérieure à celle de la saison dernière…
Blanc et Deschamps ont joué avec un milieu renforcé, pas très éloigné du système Jacquet avec trois récupérateurs. En l’absence de Lucho, E. Cissé, Mbia et Cheyrou garnissaient le midfield, à charge pour ce dernier d’organiser l’offensive. Devant, gros pressing des trois attaquants Brandao, Niang et Valbuena pour maintenir la pression sur la relance bordelaise. Objectif globalement atteint vu que les Girondins n’ont pas pu dérouler leur jeu habituel en construisant de bas. Il n’y avait qu’à voir les nombreuses passes en retrait à Carrasso (toujours gêné dans sa relance au pied par Brandao !), signe de la difficulté des Bordelais à se projeter en partant de leurs bases. On retrouve là aussi un des fondamentaux propres à Aimé Jacquet : en cas de déficit technique (cf. absence de Lucho), exercer une pression sans relâche dans la moitié adverse pour faire commettre la faute aux défenseurs. C’est par cette pression étouffante que l’OM a pesé sur Bordeaux, plutôt que par un jeu plus construit. Hormis, évidemment quelques contres menés par Brandao, Niang, ou Ben Arfa, vers la fin. Côté bordelais, Blanc a renforcé aussi son milieu (Diarra, Fernando et Gouffran cantonné dans un registre plus défensif) et en ôtant un attaquant (Cavenaghi, en l’occurrence). On retrouvait là un autre fondamental des Bleus de Jacquet : trois joueurs à vocation offensive (Chamakh en pointe, Gourcuff derrière et Wendel à gauche), ce qui rappelait un peu le trio Guivarc’h, Zidane et Djorkaeff.
L’exigence tactique de tous les instants (positionnement basique puis replacements à la perte très éprouvants des deux côtés) et l’engagement physique ont primé sur le côté spectaculaire. Reste qu’il y a eu quelques beaux mouvements et des vraies occasions de but. Une fois de plus, c’est la maîtrise collective de Bordeaux qui lui donne un petit avantage pour la suite. Avec le temps et avec l’enchaînement des matches, les automatismes vont se mettre en place et le jeu gagnera sûrement en vitesse et en fluidité. En attendant, comme pour Puel à Lyon, Blanc et Deschamps bétonnent un collectif écrasant en vue de la Ligue des Champions. L’OM et les Girondins ne se transformeront pas en Barça ou en MU du jour au lendemain. Mais au vu du match d’hier soir, on peut raisonnablement penser qu’ils seront nettement mieux armés cette saison en C1 et qu’une qualif en 8èmes est a priori jouable. Le tout, en suivant la méthode Jacquet : on bâtit d’abord un collectif solide (1996-1998), ensuite on se focalise sur la finition et la manière, chantier accompli par Lemerre (1998-2001) qui, lui, disposait de plus d’attaquants de qualité (Henry, Trézeguet, Anelka) et d’un collectif encore plus perfectionné où tous les éléments jouaient ensemble les yeux fermés. Si Blanc et Deschamps, voire Puel, disposaient de la durée (3 ou 4 saisons en conservant un même groupe), une victoire française en C1 redeviendrait possible. On n’en est pas là…
Marseille retrouve le podiumPar






















































