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Arménie-Turquie : une nouvelle diplomatie du football ?

Par Kévin Veyssière
Arménie-Turquie : une nouvelle diplomatie du football ?

Les équipes d’Arménie et de Turquie s’affrontent ce samedi à Erevan (18h) dans le cadre des éliminatoires de l’Euro 2024. Un match géopolitique et tendu sur le papier, bien que le football ait permis aux deux pays d’espérer une normalisation de leurs relations diplomatiques en 2008. Qu’en est-il aujourd’hui ?

« Si nous créons une bonne atmosphère et un bon climat pour ce processus, ce sera une grande réussite et ça bénéficiera également à la stabilité et à la coopération dans le Caucase. » C’est ainsi que s’exprime le président turc Abdullah Gül, le 6 septembre 2008, aux côtés de son homologue arménien Serge Sarkissian à l’issue du tout premier match de football entre l’Arménie et la Turquie. Difficile pourtant de revoir pareille scène ce samedi soir dans le stade Vazgen-Sargsian d’Erevan, entre deux pays à l’histoire contrariée.

Les deux pays n’ont en effet pas de relations diplomatiques. Une situation qui s’explique déjà par un différend territorial qui trouve son origine au début du XXe siècle. En 1920, la guerre arméno-turque éclate, et la Turquie la remporte, ce qui a pour conséquence que l’Arménie doit céder 60% de son territoire. Les nouvelles frontières sont confirmées par le traité de Kars en 1921, mais, après avoir été intégrée à l’URSS, l’Arménie nouvellement indépendante en 1991 conteste ce traité.

Malheureusement, à la chute du bloc soviétique, bien que la Turquie reconnaisse le nouvel État arménien, les deux pays ne pourront pas se mettre à la table des négociations. Un autre événement survient et sera au cœur de leurs relations diplomatiques pour de nombreuses années : la guerre du Haut-Karabagh. Les nouveaux États arménien et azerbaïdjanais revendiquent chacun la souveraineté de ce territoire. La Turquie prend parti dans ce conflit, puisqu’en 1993, elle ferme notamment ses frontières avec l’Arménie par soutien à l’Azerbaïdjan. Bien qu’un cessez-le-feu soit signé en 1994, ce conflit n’est pas résolu.

La Turquie et l’Arménie n’ont depuis pas développé de relations diplomatiques, notamment parce que le pouvoir turc est un soutien de l’Azerbaïdjan et que la Turquie nie l’existence d’un génocide arménien durant la Première Guerre mondiale. L’Arménie défend en effet que durant cette guerre, l’Empire ottoman a mis en place le meurtre de masse d’environ 1 million d’Arméniens. La Turquie, même si elle admet que de nombreux Arméniens ont été tués, rejette ce chiffre et nie ce génocide, durant une période où l’État turc s’est construit.

Les questions territoriales et la reconnaissance internationale du génocide arménien sont donc au centre des différends entre l’Arménie et la Turquie. Ce qui aurait pu laisser craindre le pire lorsque le hasard du tirage au sort des éliminatoires pour la Coupe du monde 2010 a placé dans le même groupe les sélections nationales arménienne et turque.

Erevan, terrain de la « diplomatie du football »

Pourtant, le président de l’Arménie de l’époque, Serge Sarkissian, profite de cette occasion pour enclencher une reprise diplomatique avec la Turquie. Il invite son homologue turc Abdullah Gül à assister au match entre les deux équipes, le 6 septembre 2008, en terres arméniennes. Ce dernier accepte et devient ainsi le premier chef d’État turc à se rendre en Arménie. Une première étape dans le dégel des relations arméno-turques. Le contexte fait néanmoins que le match se déroule dans une ambiance électrique. Au stade Hrazdan d’Erevan, c’est près de 5000 policiers qui sont déployés. Les supporters arméniens vont quant à eux huer le président turc lorsqu’il prend place derrière une zone spéciale à l’épreuve des balles.

Cette « diplomatie du football » est néanmoins saluée par la communauté internationale et permet de préparer le terrain pour la suite. Elle se matérialise en 2009 avec la signature des protocoles de Zurich qui lancent le processus de normalisation des relations entre les deux pays. Malheureusement, ces accords n’auront pas la suite espérée du fait des différends historiques entre l’Arménie et la Turquie, la reprise des conflits dans la zone du Haut-Karabagh et la pression de l’Azerbaïdjan vis-à-vis du pouvoir turc pour que la normalisation des relations passe par une reconnaissance de la souveraineté azerbaïdjanaise sur la zone contestée.

2023 : le ballon rond comme outil diplomatique ?

En 2023, le football s’invite une nouvelle fois à la table des négociations et place l’Arménie et la Turquie dans le même groupe de qualifications. Quid dès lors du match de ce soir au stade Vazgen-Sargsian d’Erevan ? Si l’UEFA n’a pas interdit de rencontre entre les deux équipes nationales, comme c’est le cas pour raison politique pour des matchs comme Kosovo-Serbie ou Gibraltar-Espagne, ce match reste tout de même à haut risque. Pour preuve, même si l’ensemble des 12 850 billets ont été vendus, les supporters extérieurs, donc turcs, ont été interdits pour éviter d’éventuels débordements. L’ambiance n’en demeure pas moins chaude dans la mesure où une victoire de l’une ou l’autre sélection représentera bien plus qu’un simple résultat de football.

Sur le terrain diplomatique, difficile de revoir la même scène qu’en 2008, aucun officiel turc n’ayant fait aux dernières nouvelles le déplacement. Même si un nouveau processus de normalisation tente de se mettre en place depuis 2021, et que le président turc Recep Tayyip Erdoğan et son homologue arménien Nikol Pashinyan se sont rencontrés pour la première fois le 6 octobre 2022, les élections présidentielles en Turquie de mai approchent.

Erdoğan s’appuyant sur un électorat ultranationaliste, l’homme fort de la Turquie ne va pas rouvrir ce complexe dossier diplomatique à l’approche d’enjeux électoraux importants, et se mettre à dos un précieux allié économique et énergétique comme l’Azerbaïdjan. Même si l’Arménie se dit prête à nouer des relations avec la Turquie pour sortir de son isolement, Bakou demeure le verrou du développement des relations arméno-turques.

Seuls pour l’instant les tragiques séismes qui ont touché la Turquie et la Syrie ont permis un tournant dans les relations entre Ankara et Erevan. Un point de passage a en effet été ouvert en février dernier sur la frontière arméno-turque, fermée depuis 30 ans, afin que l’Arménie vienne en aide aux sinistrés. La « diplomatie humanitaire » a ainsi laissé place à la « diplomatie du football ».

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Par Kévin Veyssière

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