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Alexander Djiku : « Les maths m’ont appris à être rigoureux »

Propos recueillis par Adrien Hémard

Si Strasbourg a la deuxième meilleure attaque de Ligue 1 avant de recevoir l'OM ce dimanche à la Meinau, c'est aussi parce que les Alsaciens s'appuient sur une arrière-garde solide et joueuse, à l'image d'Alexander Djiku. Capitaine de la bande à Julien Stéphan, l'international ghanéen raconte la métamorphose du RC Strasbourg, mais évoque aussi ses ambitions pour la CAN 2022, sa découverte du kop et son amour du Perudo. Entretien avec un homme qui aime les dés, mais qui ne laisse rien au hasard.

Dans cet article :

Avant de recevoir l’OM, Strasbourg reste sur 7 matchs sans défaite. C’est quoi le secret de ce RCSA 2021 ?Le travail, l’état d’esprit et surtout, le coach Stéphan qui nous a inculqué une nouvelle manière de jouer. On ne regarde plus derrière, on va de l’avant maintenant. Il a changé de système avec une défense à 3 qui nous met dans de bonnes dispositions. À l’entraînement, on fait beaucoup de tactique, et on met énormément d’intensité, ça se ressent sur le terrain. Pendant les matchs, on a parfois l’impression de ne pas être fatigués tellement on travaille la semaine. Le coach nous a aussi apporté une grande sérénité avec le ballon.

Effectivement, vos attaquants se régalent, vous êtes la deuxième meilleure attaque du championnat. Comment on le vit en tant que défenseur ? Tant qu’on marque des buts, qu’on gagne… Perso, je préfère gagner 4-2 que 1-0. Autant l’année dernière, quand on menait 1-0, on essayait de tenir le score, autant cette année le coach nous pousse à aller chercher le deuxième, le troisième, le quatrième, quitte à se faire égaliser. Des fois, on va être trop gourmands et se faire punir derrière, mais c’est la philosophie du coach. Il veut qu’on donne du plaisir à notre public qui nous pousse énormément.

Le coach Stéphan nous a inculqué une nouvelle manière de jouer. On ne regarde plus derrière, on va de l’avant maintenant.

Ça doit être sympa à l’entraînement pour toi. C’est comment de défendre sur Kevin Gameiro ?Kevin est très intelligent, il a joué dans des grands clubs, il sait où se placer, il a de la malice. Je n’aime pas trop défendre face à des petits attaquants comme lui, fin techniquement, pas très costauds. Il me fait progresser. Après, on a tous les profils avec Ludovic Ajorque et Habib Diallo qui sont plus costauds, Majeed Waris qui est plus tonique. Ça nous fait bien bosser.

Jusqu’ici, on parlait surtout de maintien à Strasbourg. Est-ce que vous allez voir vos ambitions à la hausse ?L’Europe, c’est loin, on n’est même pas à la moitié du championnat. Il faudra me reposer la question en mars. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne veut pas revivre la saison dernière où l’on se maintient à la dernière journée, on veut se sauver le plus tôt possible.

En dehors d’une expulsion, tu n’es sorti qu’une fois en cours de match cette saison. Tout le monde loue ton professionnalisme, mais tu fais quoi concrètement pour tenir la cadence comme ça ?Je n’ai pas 40 ans non plus, je peux enchaîner les matchs. (Rires.) Mais c’est vrai que j’ai mis en place des choses pour bien récupérer. On se sent mieux sur le terrain et dans la tête quand on sait qu’on a tout mis en place dans la semaine. J’ai découvert la cryothérapie, l’oxygènothérapie, les lits massants… Souvent, le lendemain des matchs, je vais passer 2h dans un centre pour les soins. Pour la nutrition, j’ai un partenariat avec une agence qui fait des bons petits plats sains, et on mange au club tous les midis. Les quelques folies, c’est pendant les vacances.

Rien que le bizutage : j’ai dû danser pendant une minute, c’est archi long, c’est abusé.

Tu pousses même le professionnalisme jusqu’à t’infliger tes propres séances vidéo sur Wyscout…Déjà à Bastia, je demandais toujours à l’analyste de me faire des vidéos sur les attaquants que j’allais affronter. Ensuite, à Caen, j’ai découvert cette application, et c’est encore mieux parce que tu peux regarder les derniers matchs des joueurs en question. Tu te bases vraiment sur la forme du moment de l’adversaire. Et sur la pelouse, ça m’aide énormément, je retrouve beaucoup de choses que j’observe. C’est un travail individuel que je fais en plus des séances vidéo organisées par le club. L’analyste vidéo du RCSA sait que je fonctionne comme ça. J’en parle avec lui, il me fait des compléments. J’en parle peu avec mes coéquipiers, chacun ses habitudes. Certains n’aiment pas trop ça, parce qu’après, ils se mettent des contraintes sur le terrain.

Depuis septembre 2020, tu es international ghanéen. Une sélection qui te faisait déjà de l’œil à tes débuts à Bastia.Je commençais ma carrière, je ne voulais pas m’éparpiller. Je voulais d’abord m’installer en club avant de penser à la sélection. Je savais qu’un jour, ça se ferait, je n’ai pas douté, même si ça a pris quelques années. Il y a eu beaucoup de changements d’entraîneur entre-temps en sélection. Et finalement, on m’a rappelé en septembre 2020. J’y suis allé pour deux matchs amicaux. C’était la folie. Rien que le bizutage : j’ai dû danser pendant une minute, c’est archi long, c’est abusé. Là, ils se mettent devant toi avec les chaises, ils mettent tous ça en direct sur leur Instagram, donc tu n’as pas intérêt à te louper. (Rires.) Il y a une super ambiance, avec toujours de la musique. Même dans le bus, ça chante, ça danse. C’est un super mood, c’est toujours joyeux, festif.

Quel est ton rapport au Ghana ?C’est le pays de mon père. J’y étais déjà allé une fois avec lui et mon frère pour rencontrer la famille au village, quand je jouais à Caen. C’était pour découvrir mes racines. C’était très fort, un grand moment de vie. Là-bas, tout le monde est heureux, j’ai échangé avec les cousins, les tontons. Là, j’y construis une maison pour pouvoir y aller plus souvent. C’est une grande fierté pour mon papa, lui faire plaisir il n’y a rien de plus beau. Porter ce maillot, c’est une fierté. Ça touche beaucoup mon père aussi, même si à la base, ma famille ghanéenne n’était pas au courant que j’étais en sélection, ils l’ont découvert le jour du match à la TV. (Rires.)

Ma famille ghanéenne n’était pas au courant que j’étais en sélection, ils l’ont découvert le jour du match à la TV.

Vous pouvez aller chercher une cinquième CAN en janvier ?On a une bonne équipe, offensivement on est chargés, il y a moyen de faire quelque chose de bien. Bon, on a le groupe le plus dur avec le Gabon de Lemina, Bouanga et Aubameyang, le Maroc et les Comores qui joueront leur première CAN. Mais quand on vient dans un tournoi, c’est pour la gagne. On verra déjà ce qu’il se passe en poules, puis la suite. J’entends parler d’annulation, de report, de la jouer ailleurs : tant que ça se joue, moi, ça me va. Parce qu’on a joué aux quatre coins de l’Afrique pour se qualifier, donc on a envie de la faire, cette CAN.

Loin du Ghana, tu as grandi à quelques mètres de la Mosson, dans le quartier de la Paillade. Ton cœur bat pour le MHSC ?Comme je n’ai pas joué au club, ce n’est pas pareil. Je suis content d’y rentrer parce que je retrouve des proches, de la famille, mais je n’ai pas d’attache particulière au club, même si j’allais au stade à l’époque du titre. Mais après, je suis parti à Bastia et j’ai commencé à supporter le club où je jouais. C’est Ghislain Printant qui m’a repéré. Je suis entré au centre de formation, et la bagarre a commencé. Le premier entraînement avait été dur, l’écart de niveau entre les autres et moi… Et en plus, après, on vient te dire que sur le groupe, il n’y en aura que deux qui signeront pro… Putain, bonne chance. Mais petit à petit, j’ai hissé mon niveau. J’arrive toujours à m’adapter, comme quand Thierry Laurey m’a aligné au milieu de terrain.

Après un bac S et 51 matchs pros, tu as dû quitter Bastia qui avait besoin de fonds pour éviter la relégation administrative. Tu serais bien resté en Corse ?J’aime les maths oui, ça m’a appris à être rigoureux, à faire les choses avec méthodologie sur le terrain et dans la vie, de ne pas être foufou. Mais si je n’avais pas été footballeur, je serais devenu prof de sport ou kiné. La Corse, j’en garde de bons souvenirs, la vie était très agréable, je me sentais bien. On ne m’a pas laissé le choix parce que je devais partir pour aider le club. Je les suis toujours. J’espère qu’ils vont se maintenir en Ligue 2 déjà, mais ça va mal pour Bastia et Caen là, j’espère que ça va aller.

Si je n’avais pas été footballeur, je serais devenu prof de sport ou kiné.

En parlant de Caen, à l’époque, on t’a annoncé à l’OM, l’OL ou Séville. Finalement, tu as opté pour le RCSA à l’été 2019. Ça peut surprendre.Je voulais surtout avoir du temps de jeu. Après c’est un tout, le président, le directeur sportif et le coach de Strasbourg m’ont vraiment montré leur intérêt, ils ont fait des efforts financiers aussi parce qu’à l’époque, j’étais le plus gros transfert du club. Quand on te montre comme ça qu’on te veut vraiment, ça ne peut qu’être un bon choix. Et Strasbourg jouait la Coupe d’Europe cette année-là en plus.

Depuis, on te surnomme « Van Djiku » . Ça met la pression, non ?Ouais. (Rires.) Ça a commencé sur les réseaux sociaux, et maintenant, j’ai même des coéquipiers qui m’appellent comme ça. Au départ, c’était un simple jeu de mots, mais maintenant, je me dis que c’est peut-être surtout grâce à mes prestations, non ? (Rires.) Plus sérieusement, ça fait plaisir d’être comparé à une référence comme ça.

Tu trouves que tu lui ressembles ?J’ai une bonne lecture du jeu. Chaque année, je suis bien placé dans les interceptions, j’aime bien anticiper les choses. Niveau relance, ça va. Et défensivement, je suis rugueux et dur sur l’homme. Mais je ne marque pas, c’est mon point faible. Franchement, ça m’embête, parce qu’on en a parlé en début de saison avec le coach. On sait que pour être un défenseur complet, il faut savoir marquer aussi maintenant. À la fin des entraînements, j’y travaille, je vais me mettre avec les attaquants. Après, les situations de match, c’est différent.

Le 17 octobre dernier, suspendu, tu as passé le match contre Saint-Étienne dans le kop. Pourquoi ?J’étais suspendu, donc j’en ai profité pour aller dans le kop et voir l’ambiance. J’en avais déjà parlé à mon frère, qui est souvent en tribune et me dit que l’ambiance est abusée, que c’est fou. Et moi, sur le terrain, je suis concentré, je ne m’en rends pas toujours compte, alors que la Meinau, c’est ouf. C’est le club qui m’a mis en contact avec le kop. Ça s’est super bien passé, c’était une super expérience. Franchement, ils ont une belle vue hein, c’est mieux d’être sur leur estrade qu’en tribune latérale. C’était impressionnant, mais ils m’ont mis à l’aise, ils m’ont fait lancer deux chants. (Il fredonne.) Leur remix de « Vive le vent » , et « Un seul amour et pour toujours » . Pourquoi pas y retourner si je suis de nouveau suspendu, et emmener quelques coéquipiers. Les joueurs devraient le faire, parce que ça fait plaisir aux supporters, et toi, tu réalises ce qu’ils donnent pour toi.

Tu es aussi devenu le parrain de l’association Pour l’amour 2 Nathan. Pourquoi ? C’était pendant le confinement, mon pisciniste est venu et il connaissait la famille de ce petit qui a le syndrome d’Angelman. Comme on est parents, ça nous a forcément touchés avec mon épouse. On a rencontré la famille et on a décidé de l’aider dans la durée, on est devenu parrains de l’association, on a organisé une tombola. Le but est de les aider à financer les hospitalisations du petit à Barcelone, dans un centre spécialisé. Être père, ça change beaucoup de choses : on a des devoirs, on relativise beaucoup plus. Après les matchs, tu rentres parfois énervé, déçu, mais tes enfants qui te sautent dessus, il n’y a rien de mieux pour relativiser.

Des fois, on invente des jeux avec Mehdi Chahiri : tu nous donnes des cartes, des billes et on va te trouver un jeu.

C’est encore mieux qu’une partie de cartes pour toi, le mordu de jeux de société ?Je suis un fan de jeu, j’aime trop la compétition. À la base, ce sont des jeux normaux, genre poker, cartes… En ce moment, on joue beaucoup au Perudo avec les coéquipiers, c’est un jeu de dés avec de la stratégie, du mensonge et un peu de chance. Des fois, on invente des jeux avec Mehdi Chahiri : tu nous donnes des cartes, des billes et on va te trouver un jeu. Mais la valeur sûre, c’est le Perudo. Sinon, j’ai récemment découvert le Monopoly deal, c’est pas mal aussi. Mais celui que je mettrais sous le sapin, c’est le Perudo.

Dans cet article :

Propos recueillis par Adrien Hémard

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