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Jean-Paul, légende de la frite à Bollaert

Sans lui, un passage à Bollaert a un goût d’inachevé. Fils de mineur et mangeur de frites quotidien, Jean-Paul Dambrine est à Lens un indéboulonnable. Gervais Martel en avait fait son point de rendez-vous des présidents de Ligue 1, Paganelli y a sa carte de fidélité... Dans les années 1990, Jean-Paul allait même faire des barbecues avec les joueurs du Racing. Et dire qu’il n’a jamais vu, en 45 ans de présence sur le parking de Bollaert, un match du Racing à domicile... Portrait.

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Amplifier la légende bonifie souvent le récit. Mais celle de Jean-Paul Dambrine « est vraie » , jure l’un de ses employés, surnommé Claudio Capéo par le patron en raison de vagues traits communs avec le chanteur. En 45 années de présence sur le parking de Bollaert, Paulo pour les intimes ou Momo depuis l’inébranlable succès de Bienvenue chez les Ch’tis en 2008 n’aurait jamais vu le Racing jouer à domicile. « Le match, ça se vit à l’oreille, insiste le septuagénaire, 73 ans en septembre prochain. De toute façon, avec les frites, je n’ai pas le temps d’aller en tribunes. » Jean-Paul Dambrine aurait donc vécu la fessée infligée à la Lazio en 1977, le record d’affluence dans un soir bouillant contre l’OM en 1992 ou encore l’exploit face au Milan de Chevtchenko en Ligue des champions en 2002 depuis le parking ?



« Eh oui, se marre Jean-Paul. À une époque, j’avais dix-huit friteries autour et dans Bollaert (il en a quatre désormais, une derrière chaque tribune, NDLR). Quand le match se met en route, j’ai à peine fini le premier service. Je fais le tour du stade pour réapprovisionner les friteries. Un coup, il manque des saucisses là-bas, à l’autre bout, ce sont des merguez et du pain. Ça me prend facilement toute la première mi-temps. Ça paraît fou, mais c’est une habitude à prendre. Si les supporters crient, je sais que Lens a marqué, je comprends aussi s’il y a un rouge ou si ça ne va pas. J’ai envie de rentrer dans le stade, mais je ne peux pas. À Lille (où ses friteries sont aussi présentes, NDLR), c’est pareil. Les seules fois où j’ai vu jouer Lens, c’était à l’extérieur. »

Une arrivée en l’an -12 avant Gervais Martel


Maître dans l’art de dégainer un américain saucisse – la légende, toujours, raconte qu’il peut en envoyer six à la minute –, Jean-Paul Dambrine est devenu au fil des générations la figure paternaliste du bon vivant que l’on tutoie sans réfléchir et à qui l’on confierait sa vie au détour d’un godet. « C’est une institution de Lens, balance Gervais Martel, l’ex-boss du Racing. Quand quelqu’un fait des frites depuis 45 ans devant le même stade, c’est forcément une figure emblématique. Si on pense à Lens, on a de suite en tête Bollaert et les frites de chez Sensas (le nom de l’entreprise, NDLR). Faut imaginer, quand j’arrive en tant que président en 1988, il était déjà là. Il n’y a pas beaucoup de gens arrivés avant moi qui sont encore là aujourd’hui. » À Lens comme à Lille, « et partout dans la France où on a vendu des frites, comme à Guingamp ou Lyon » , déroule Jean-Paul, c’est le point de ralliement.



Enfin, sauf quand Lens ou Lille perd : « Les supporters ont la tête basse et ne veulent pas refaire le match autour d’une frite et d’une bière. Maintenant, il y a les bars à pâte ou les trucs de nouilles, mais la frite reste une coutume bien ancrée au stade. C’est un bon américain, le supporter a le ventre bien chargé, il n’a pas froid, il peut crier. Plus Lens gagne, mieux c’est pour l’entreprise. Et après des années de galère en Ligue 2, c’est bien dommage de ne pas avoir vécu cette saison incroyable du retour en Ligue 1... » Business is business. Tonton Gervais, qui l’appelait dans les années 1990 pour « détendre les joueurs autour d’un bon barbecue quand ça n’allait pas » , y a emmené quasiment tous les présidents de Ligue 1. « Enfin, ceux qui voulaient manger une frite, pose Martel. J’envoyais un salarié du club, avant la mi-temps ou avant le match, chercher une barquette. » Plonger ses doigts dans les frites et la sauce en tribune présidentielle, vraiment ? « C’est un produit noble, considère l’ancien président. Pendant de longues années, des grands restaurants ont mis la frite de côté, mais elle revient. Je n’oublierai pas Laurent Paganelli, qui venait exprès à Bollaert pour commenter au bord de la pelouse et manger sa frite avant le match. Jean-Paul est entré dans les mœurs des supporters, mais pas que. »

Ça se fritte à la ducasse


Momo est l’archétype de la réussite à la force du poignet. Pour décor d’une enfance heureuse, mais rude, le bassin minier, engoncé entre chevalets et corons à briques rouges. Autour de lui, cinq frères et sœurs, une mère qui se tuera à la tâche dans les fermes pour s’éteindre à 52 ans et un père, Henri, stakhanoviste de la fosse 7 d’Avion, à une dizaine de kilomètres de Lens. « 36 années passées au fond de la mine, ça laisse des séquelles. Quand il était à plusieurs centaines de mètres sous terre dans une petite taille pour un bout de charbon, c’était épuisant. Je voyais mon père rentrer à la maison totalement épuisé, se souvient-il, à propos de son paternel consumé par la silicose. Il a fini sa vie en passant 22 heures sur 24 sous oxygène, avant de mourir étouffé. Mon beau-père aussi. C’est pour ça que mon père n’a jamais voulu que je mette un pied à la mine, même pour visiter. »



Sacré mangeur de frites déjà, dont on disait qu'il avait « des boyaux comme des manches de chemise » , Jean-Paul joue la tête dure sur les bancs de l’école : « Je n’aimais pas ça, et mon père n’en revenait pas quand j’ai eu le certificat d’études. Je préférais tondre la pelouse du directeur, allumer le feu pour réchauffer les salles de classe. » Il rêve d’embrasser une carrière de boucher, Henri l’enverra dans la mécanique de précision à Arras. Avant le déclic avec l’univers des frites peu de temps après son mariage, à seulement dix-neuf ans : « J’étais à une ducasse (fête de village, NDLR) avec ma femme quand on a décidé de manger une frite. Mais le gars qui servait était un vrai plat de nouilles, pas nerveux du tout. C’était bon, mais qu’est-ce que c’était long pour avoir nos frites. J’ai dit à ma femme que ça irait beaucoup plus vite si c’était moi. Elle m’a mise au défi, et ça fait 52 ans que je le relève désormais. » Sa première vente de cornet ? À 20 balais, « le 30 avril 1969 à Ablain-Saint-Nazaire, au bal du Muguet » .

Bienvenue chez les VIP


De bals en ducasses, Jean-Paul se fait un nom, Bollaert lui donnera une renommée. « C’était en 1976, rejoue le patron sur le parking d’une zone d’activité de Saint-Laurent-Blangy, près d’Arras. Je faisais la foire de Lens, et l’un des responsables du stade vient me voir. Il me demande si je suis capable d’assurer à Bollaert. Je n’ai pas hésité une seconde, l’aventure est lancée. » Quatre décennies plus tard, l’idylle perdure, et Jean-Paul s’en va toujours passer ses vacances sur des airs de Renaud, tout in haut de ch’terril : « Combien de fois ma femme m’a demandé des vacances de huit jours, mais je ne peux pas, il y a des frites à faire, il y a Lens ou Lille qui joue... Je ne peux pas me passer des supporters. » Nostalgique de l’ère Frédéric Meyrieu ou Jean-Guy Wallemme, « avec des gars populaires qui venaient manger leur frite tranquillement après le match » , le routard du Nord-Pas-de-Calais se farcit deux tours du monde par an avec ses 90 000 bornes avalées en baraque à frites (il en compte une vingtaine, pour environ une dizaine d’employés permanents et 80 extras).




S’il considère que « le foot a été un tremplin » , il sait aussi ô combien Dany Boon et ses vingt millions de spectateurs pour Bienvenue chez les Ch’tis l’ont fait entrer au panthéon de la frite et du football régional. La scène se déroule en deux temps. Le premier à Bollaert, comme une évidence : « C’était peu avant le tournage, en 2007. Dany Boon était venu au stade et on avait déjà parlé quelques fois. Il avait besoin d’une baraque à frites pour tourner une bricole, comme il m’a dit. » L’acteur et réalisateur entend louer le camion, Jean-Paul Dambrine lui rétorque qu’il le prête. Puis vient le passage chez le carrossier à Hazebrouck, dans le Nord : « Dany Boon ne voulait pas d’une baraque toute neuve. J’ai retapé une ancienne pendant quinze jours avec ce qu’il me restait de savoir en mécanique. » La Friterie Momo est née, elle écume les films (Les Tuches 3, Camping 3, Mine de rien) et a toujours sa place à côté de la boutique de l’antre Sang et Or.

Patate de forain


Jamais à court de frites, Jean-Paul est surtout orphelin de Bollaert et de Pierre-Mauroy depuis un peu plus d’un an : « Je me sens largement affaibli, depuis que je ne vais plus au stade. En 52 ans, je n’ai jamais connu ça. Je n’ai jamais raté un seul derby à Lens et là, vendredi, je devrai le regarder dans mon canapé. Je ne sais pas combien de kilos de patates on aurait pu écouler, mais ça aurait été énorme. » Et la recette parfaite d’une bonne frite à dévorer dans les gradins ? « La bintje d’abord (l’une des variétés de pomme de terre, NDLR), pas trop petite, sinon les frites sont ridicules et on se met plein de sauce sur les doigts, répond-il. Ensuite, c’est la couleur, l’odeur, et le gras de bœuf indispensable pour les cuire. » Et c’est peu dire que l’américain saucisse ou le sandwich jambon-moutarde avec frites sont dans certains rêves de Gervais Martel en ces temps de pandémie.



« Dès que ça rouvrira au stade, j’irai voir Jean-Paul, remet l'ex-boss du club. Quand j’ai fait venir Johnny pour un concert en 2009, il y avait 35 000 personnes. Je ne pouvais pas faire cet événement sans les friteries Sensas. Je lui ai demandé un forfait, parce que je savais qu’il allait cartonner. Il m’a répondu "Tu es fou, Gervais." Finalement, il m’a donné plus que ce qui était prévu. C'est Jean-Paul, un vrai gars, simple, qui travaille et rend service. » Et pas la peine de parler de retraite, au risque de faire friser sa moustache grisonnante : « Je ne suis pas lassé, au contraire. Je me suis abruti dans mon métier, et je suis bien dans ma baraque à frites. Quand il s’agira de la quitter, ce sera une grande tristesse. Seule la santé me stoppera. Mais qui dit bonsoir n’est pas couché. » C’est ce qu’on appelle avoir la frite.

Par Florent Caffery, à Saint-Laurent-Blangy
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