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Rio Mavuba : « Être entraîneur, c’est vraiment un objectif »

Propos recueillis par Adrien Hémard et Alexis Souhard
Rio Mavuba : «<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>Être entraîneur, c’est vraiment un objectif<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>»

Indésirable à Prague, Rio Mavuba a annoncée sa retraite anticipée fin août et, dans la foulée, a endossé un costume de consultant pour RMC Sport. Sauf que ce nouveau rôle n'est qu'un passe-temps en attendant sa vraie reconversion, sur le banc. Entretien avec un Rio qui répond toujours.

Bonjour Rio, ça fait maintenant quelques semaines que tu as pris ta retraite. Tu ne t’ennuies pas trop ?Il n’y a pas le temps pour ça ! J’ai enchaîné direct avec mon nouveau rôle de consultant pour RMC Sport. Je retrouve un petit boulot pour m’occuper qui demande un peu d’investissement, c’est du travail intellectuel, en vrai ! Ça me permet de découvrir des joueurs que je n’ai jamais vus, faire connaître des centres et des produits de la formation, d’apprendre à appréhender les environnements des clubs qu’on doit aborder. La dernière fois, j’ai maté Barcelone-Eindhoven, c’était extraordinaire. Bien évidemment, le jeu de Barcelone ne m’est pas inconnu. Les autres clubs, c’est autre chose. Je n’étais pas un spécialiste des Young Boys qui recevaient Manchester United. Il suffit de bosser ses fiches. (Rires.)

Tu as toujours été une grande gueule sur le terrain et un bon client au micro : ta reconversion sur RMC Sport, c’était évident ? C’est juste pour deux ans normalement pendant lesquels je reprends ma formation d’entraîneur. Je ne le prends pas comme un loisir, mais comme une profession qui me sert d’expérience pour mon futur métier en réalité.

Qu’est-ce qui a motivé cette retraite ?

J’ai essayé de voir ce qui pouvait me plaire. J’ai eu des contacts avec Ulrich Ramé, pour ne pas dire Bordeaux, mais ils n’étaient pas intéressés. Patrick Vieira aussi, mais il ne m’a pas donné de nouvelles.

Physiquement, j’étais très bien et prêt à renouveler pour un nouveau challenge. Au mois de mars, l’entraîneur Andrea Strammacioni, qui m’a fait venir, s’est fait virer. Le nouveau ne me faisait plus jouer. Je pensais qu’ils allaient me libérer début juin, car il me restait un an de contrat. Et les négociations ont patiné jusqu’à fin août. Et entre-temps, j’ai essayé de voir ce qui pouvait me plaire. J’ai eu des contacts avec Ulrich Ramé, pour ne pas dire Bordeaux, mais ils n’étaient pas intéressés. Patrick Vieira aussi, mais il ne m’a pas donné de nouvelles. Seul Galtier m’a au moins répondu, il m’a dit clairement que je n’étais pas dans ses plans. Même à Reims, on m’avait contacté, mais dès que j’ai vu qu’un autre joueur à mon poste avait été recruté entre-temps, j’ai décliné tout simplement.

Trente-quatre ans, c’est un âge de départ en retraite raisonnable. Mais est-ce que tu as des regrets concernant ta dernière saison, entre ton départ forcé du LOSC et ton année compliquée à Prague ?Dans tous les cas, je n’avais pas envie d’aller n’importe où. J’ai bien vu qu’en France, on est un peu réticent pour récupérer un joueur de plus de 30 ans. Dans l’idée, Bordeaux me séduisait parce que c’est mon club formateur et je me voyais bien pourquoi pas aider le coach (Gustavo Poyet à ce moment-là). Même à Reims, je connaissais Marvin là-bas, et ça m’aurait fait plaisir. Ce n’était plus pareil à Prague, à cause du directeur sportif qui a débarqué en janvier, qui est d’ailleurs un ancien coach (Zdeněk Ščasný, N.D.L.R.), et a commencé à prendre de la place au point de débarquer Stramaccioni. Ce sont des méthodes qui font que tu ne regrettes rien. Donc résilier mon contrat, ça ne m’a posé aucun problème dans ce cadre-là.

Tu ne regrettes pas d’avoir arrêté ta carrière deux ans plus tôt que prévu ?

Je dépose mes gosses à l’école à 7h15. Et après, j’ai mes séances de sport. Bref, une vie de papa. C’est cool.

Au vu de mes projets, ça n’est pas une mauvaise idée. Je peux me consacrer un peu à une réflexion sur ce que je veux faire, passer un peu de temps avec ma famille. Dès que je suis à Bordeaux, je m’éclate. Je n’ai pas à me plaindre. J’ai une licence dans le club de mon meilleur pote, Antoine Verges. Maintenant, je dépose mes gosses à l’école à 7h15. Et après, j’ai mes séances de sport. Bref, une vie de papa. C’est cool. En semaine de Coupe d’Europe, j’ai tranquillement pu suivre les matchs avec RMC aussi. Franchement, que demande le peuple ?

Qu’est-ce que tu gardes de ton année tchèque ?Une belle découverte. Il y a une culture foot dans ce pays qu’on ne perçoit pas en France. C’est un championnat plutôt particulier avec quatre équipes qui se battent pour le titre avec un très haut niveau, les deux clubs de Prague qui se font bouger par Plzeň et Jablonek qu’on vient de voir en C3. Ce n’est pas de la tarte. Question famille, c’est un très bon plan. De base, je ne connaissais rien du tout des pays de l’Est. David Rozenhal m’avait donné des conseils de sortie. Il y a tout un tas de choses à faire avec l’architecture, les visites à organiser, les musées ou les châteaux où se promener. Je n’étais pas dans l’optique de sortir la nuit comme en France. Là, j’étais dans l’esprit de la découverte. En revanche pour la bouffe, j’ai testé une fois, très peu pour moi. Autant aller en pizzeria, là-bas vu qu’il y en a pas mal. Tu n’es pas trop déçu au moins.

Tu aspires à devenir entraîneur, mais quel est celui qui t’a le plus marqué ? Sans réfléchir : Rudi Garcia, parce qu’on a réalisé le doublé. De là à n’en ressortir qu’un, je n’irais pas jusque-là. Il y a bien sûr Michel Pavon, qui est venu me chercher dans les équipes de jeunes girondines.

Tous les entraîneurs de ma carrière m’ont apporté psychologiquement et j’en ressors du bon.

J’étais tout jeune, il est venu me chercher sans savoir ce que je valais. Il venait tout juste de terminer sa carrière sportive. Et je me rappelle une opposition, il m’a d’ailleurs cassé la tête en jouant contre lui. Mais je l’avais bluffé. Il m’envoie juste après dans le grand bain, donc je lui dois énormément. J’avais 20 ans et je jouais avec les pros de Bordeaux. C’est un souvenir impérissable. Il y aussi Claude Puel qui me rapatrie en France, au LOSC, quand j’étais en désuétude à Villarreal. Six mois seulement avec lui, et j’ai été marqué par la rigueur, le sang-froid du mec. Je n’ai pas été insensible à René Girard, la présence auprès de son groupe est incroyable et la force de caractère. Rudi, ses discours et ses schémas tactiques m’ont inspiré. Tous les entraîneurs de ma carrière m’ont apporté psychologiquement, et j’en ressors du bon.

Maintenant que les crampons sont raccrochés, qu’est-ce que tu retiens de ta carrière ? Sportivement, le doublé est mémorable dans un club et une ville sevrée depuis plus de cinquante ans. Mais humainement, ce barrage face à l’Ukraine et ce tour autour du stade de France… Même si tout ça ne vaut pas la Coupe du monde 2014 au Brésil, quarante ans après mon père avec le Zaïre ! C’est juste sensationnel. Je fais mon entrée face au Honduras, le jour de la fête des pères. C’était une journée pleine d’émotions.

À l’inverse, ton plus grand regret ?De ne pas avoir chopé le wagon pour un top club européen. Les deux petites aventures que j’ai vécues ne sont clairement pas suffisantes. À Villarreal, c’était étonnant de me retrouver à 22 ans, moi qui jouais souvent, sur un banc de touche, à essuyer mes pieds. Pellegrini m’a bien fait comprendre que je n’étais pas le profil adéquat dans son milieu de terrain, ni celui qu’il avait choisi pour venir l’été d’avant. Certes, je ne manquais pas d’argent, mais dans ce milieu, ça ne te sert pas. Je cherchais à m’épanouir sur le terrain.

Et le souvenir de vestiaire le plus fou ?Ce n’était pas vraiment de vestiaire, mais Eden Hazard lors de son dernier match avec le LOSC. Il m’avait marqué, le gamin. On est sûr de finir troisièmes. Le coach nous laisse tranquilles. On n’a pas de mise au vert. Donc, je crois, c’est l’une des rares fois où on décide d’aller boire un verre. On dit qu’on ne doit pas rentrer tard, mais finalement on enquille 3 ou 4 verres. Le lendemain, moi, crevé, j’étais bien content d’être sur le banc. Lui ? On lui avait filé le brassard en plus. Il débarque et au bout de trente minutes, sans forcer, il met un triplé (LOSC 4-1 AS Nancy, N.D.L.R.). Un extraterrestre.

Une petite dernière : quel est le coéquipier qui t’a marqué en dehors du terrain ?Marko Baša, je le connaissais un peu. Il était certes très réservé, mais il avait une classe, une élégance telles que j’aurais aimé le connaître un peu plus. Il n’était pas du naturel chambreur comme moi, il ne sortait pas beaucoup et je n’ai pas eu l’occasion de trop le voir. C’est un regret.

Tu te projettes dans quel rôle en 2020, 2025 ?

Pour l’instant, j’en suis juste à rêver d’un jour où je bosserai pour le LOSC.

Loin de là, je ne suis pas dans la vision du futur. Être entraîneur, c’est vraiment un objectif. M’occuper des jeunes et rester sur un terrain, ça me tiendrait à cœur. C’est tellement ma passion de rester sur une pelouse à prodiguer des conseils. Pour l’instant, j’en suis juste à rêver d’un jour où je bosserai pour le LOSC.

Patrick Vieira, Antoine Kombouaré… Est-ce que tu penses que la France et le foot en général ont encore un problème avec les entraîneurs noirs ?Je ne sais pas dans quel sens ça doit aller. Il y a énormément de joueurs noirs dans le foot qui ne passent pas forcément leurs diplômes d’entraîneur. Il y a un certain problème. Tant mieux s’il y a une nouvelle vague. J’espère juste ne pas être confronté à un refus de poste de par ma couleur de peau. S’ils choisissent en fonction du professionnalisme et des compétences, plutôt que la couleur de peau, moi ça me va, je veux bien me faire congédier.

Et ton bac pro comptabilité, il devient quoi ?Pas grand-chose pour l’instant. Qui sait s’ils ont besoin de personnels dans les bureaux ? (Rires.)

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