Revoilà la Juventus !

Tous aux abris, revoilà la Juve ! Bilieux, la bave aux lèvres, le sourire en coin et sûr de son fait, le club turinois met tranquillement en place son équipe de l'année prochaine. On la prédit méchante.
On avait promis aux Turinois l’enfer des divisions inférieures, l’humiliation du purgatoire et de longues, très longues années de convalescence – ils sont déjà là, champions de Série B avec un nombre incalculable de points d’avance, et une saison passée à faire coucou à leurs fans partout en Italie.
On leur avait demandé de jouer autrement, de dire bonjour au monsieur, de serrer la main des adversaires et de répondre à la presse – ils ont donné le change, un peu, pas trop, en mettant un jeune entraîneur français aux commandes de l’équipe et en faisant jouer quelques espoirs par ci par là.
Et puis rideau : le printemps est arrivé, et la vieille garde a repris le pouvoir. La Juve sera toujours la Juve.
Qui d’autre que les candides pouvaient raisonnablement penser que le club turinois se mettrait subitement à défendre des valeurs humanistes et à promouvoir la jeunesse ? Des clous.
La Juventus, c’est comme le Parti Communiste au temps des purges : celui qui croit son ego plus fort que le club est mis à pied. Deschamps et Trezeguet, qui souhaitaient profiter de leur statut pour demander des augmentations, l’ont appris à leurs dépens.
Le premier s’est fait lourder sans ménagement, et le second est en passe d’aller voir ailleurs si les Trophées sont plus propres. Comme dans tout régime douteux, ce qui importe, ce sont les symboles, les vrais.
Maquillé en Stakhanov, Gianluigi Buffon a prolongé son contrat jusqu’au 30 juin 2012 : il aura alors 34 ans, et deviendra sans doute entraîneur des gardiens. « C’est un jour important pour moi. J’ai écrit une nouvelle page de ma carrière et de ma vie. C’est un choix conforme avec l’engagement pris l’an passé et qui confirme mon attachement à cette équipe, au club et aux supporters qui n’ont jamais cessé de me faire ressentir leur affection », a-t-il récité à la sortie de la réunion centrale.
Alessandro Del Piero devrait faire la même prière bientôt. Nedved aussi, sans doute. Pour diriger ces grognards, il fallait un homme de la restauration. Ce sera ce vieux briscard de Claudio Ranieri, 55 ans, qui a passé l’âge de vouloir faire jouer ses équipes comme la Hongrie 54.
De fait, la Juve devrait plutôt évoluer à l’ancienne. C’est en tout cas le message envoyé par les premières nouvelles émanant du mercato. Derrière, Robert Kovac a été rapatrié en Croatie, et Boumsong a du souci à se faire : on annonce une charnière centrale constituée des tueurs Gabriel Milito (mangeur d’enfants argentin) et Cris (pompier brésilien spécialiste du caillassage de genoux).
Au milieu, c’est également du 100 % roublard : Paro, Gianiccheda, Zanetti savent exactement ce qu’il faut faire pour récupérer un ballon presque licitement dans les pieds de l’adversaire, et si par malheur ils l’oublient, l’arrivée imminente de Tiago devrait suffire à leur faire réviser leurs bases.
Devant, ça aura sans nul doute un goût d’équipe nationale : Bojinov est parti, Iaquinta a signé, Miccoli pourrait revenir, Gilardino se pointer. Gilardino/Iaquinta d’un côté et Miccoli/Del Piero de l’autre, on voit très bien où Ranieri veut en venir : ce bon vieux tandem du grand méchant bomber accompagné du petit fantasista.
C’est comme ça que la Juve et l’Italie ont remporté l’essentiel de leurs victoires. Alors, pourquoi se fatiguer à changer ? Hein, pourquoi ?
Par Stéphane Régy
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