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Franco Baresi, libéro comme l'air

Libéro légendaire de l'Italie et du Milan entre 1977 et 1997, Franco Baresi est décédé ce vendredi à l'âge de 66 ans, mais ses ouvertures, ses percées balle au pied et sa manière de défendre resteront encore longtemps dans les mémoires du ballon rond.
Au FC Paradis, Franco rejoint Franz, Baresi rejoint Beckenbauer. Le défenseur italien est décédé à 66 ans ce vendredi. Une bien triste nouvelle, précipitée par la divulgation de la rumeur de son décès, il y a deux jours. Même si on connaissait ses soucis de santé et son lourd traitement sur l’immunothérapie, le revoir porter la torche olympique à Cortina cet hiver avait ravivé la flamme du joueur qu’il était, de la classe et du charisme qu’il dégageait. L’Italie et le football pleurent.
Libéro, libre héros
Franco Baresi était un joli défenseur. Un esthète du poste, l’homme d’un seul club, le Milan. L’enfant lombard de Travagliato y avait débarqué à 14 ans. Il y est resté les 52 suivantes (moins une parenthèse de trois mois à la direction sportive de Fulham), après 716 matchs, six Scudetti et trois Ligue des champions comme joueur, entre autres, puis une longue activité de dirigeant. Pendant que son frère, Giuseppe, verrouillait le milieu de l’Inter (ils se croisèrent 21 fois), Baresi régalait en tacles, transversales et percées balle au pied. Pendant vingt ans, entre 1977 et 1997, il a cultivé cette prestance, ce mot que les ados utilisent pour mesurer le charisme en ligne : de l’aura. À ce jeu-là, Il Capitano en avait. + 100, + 1 000, + 10 000 même. « Je n’avais pas besoin de dire que j’étais le capitaine », racontait-il à So Foot dans un chouette entretien, en 2022, deux après être devenu vice-président honoraire du club où il a tout connu, de la Serie B aux années Berlusconi. Le dixième de l’histoire du club, celui della Stella.

Le petit Franceschino a gagné cette prestance sur le terrain, sous son short très serré et sa tignasse mi-dégarnie mi-mal coiffée. Du haut de son mètre 76, il avait tout : l’élégance, la science du placement, du déplacement et de l’anticipation, et qualité balle au pied. Il a formé, avec Paolo Maldini, celui qui le dépassera au palmarès des joueurs le plus capé du Milan, mais aussi Mauro Tassotti et Alessandro Costacurta, une défense solide, vraiment solide. « C’est l’un des meilleurs défenseurs de l’histoire », dira simplement Diego Maradona un soir de 1989, après s’être cassé les dents et avant de rentrer avec son iconique numéro 6 sur le dos. Milan a ensuite retiré ce flocage, car personne ne remplace une légende.
Lorsque tu grandis en étant libre, tu gardes ça à vie.
La carrière de Franco Baresi raconte l’évolution du poste de défenseur. Si l’Interiste Armando Picchi puis Franz Beckenbauer avaient inventé puis ré-inventé son rôle, Baresi le modernisa. Le lointain sosie de Harrison Ford insistait sur sa nécessité de se libérer de la défense individuelle. Grâce à l’apport d’Arrigo Sacchi, Baresi et les Milanais se retrouvaient avec une zone à couvrir plutôt qu’avec un adversaire à suivre. Le libero, un nom né de la plume du journaliste Gianni Brera, directeur de la Gazzetta dello Sport et ancien militant antifasciste, se liait ainsi à ses coéquipiers. « Lorsque tu grandis en étant libre, tu gardes ça à vie. Derrière, quand tu dois affronter le changement, que ce soit dans la vie ou dans le foot, tu y parviens plus facilement, car ton cerveau est prêt pour cela », philosophait-il, avant de poursuivre : « J’avais la chance de comprendre le jeu. Ça me permettait d’anticiper ce qu’allaient faire mes adversaires, ça me faisait quasiment devenir plus rapide, car j’avais toujours une seconde d’avance. »
Baresi est le phare de ce Milan, une des plus grandes équipes de l’histoire du foot. Il était le leader de la ligne défensive du 4-4-2 sacchesque, pour qui l’alignement défensif, autour de la ligne médiane, était une donnée clef. Il représentait aussi l’âge d’or du football italien, magnifié par sa Serie A très serrée et rugueuse, tellement hermétique qu’un Maradona ou Marco Van Basten galéraient à planter vingt buts lors de chaque saison. Il est le défenseur italien ultime, que Fabio Cannavaro, Alessandro Nesta et d’autres prolongèrent pour continuer de broder l’identité italienne. « Je pense qu’on ne peut pas se représenter aujourd’hui à quel niveau il a emmené l’art de la défense, » résumait parfaitement Marcel Desailly, milanais lui aussi.

La finale de la Coupe du monde 1994 en est le parangon ultime. Douze ans après avoir été du voyage en 1982, remportant une Coupe du monde sans la jouer, vingt jours seulement après avoir été blessé lors du deuxième match des siens, l’Italien propose une des prestations les plus abouties d’un footballeur. Par ses anticipations, ses mouvements, ses projections et ses gestes de classes, il met dans sa poche Romario. « Apparemment, dans les vestiaires, Romário s’est plaint à Bebeto que je ne le lâchais pas d’une semelle, remettra-t-il. « Mais comment c’est possible, il était blessé, il ne devrait même pas jouer. » » Baresi rate le premier penalty des siens, mais dira ceci : « Je livre probablement la meilleure prestation de toute ma carrière ». C’est ça, l’aura.
Thierry Henry avoue que Paolo Maldini lui faisait peurPar Ulysse Llamas






















































