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Arsenal : une frousse à en perdre la tête

Par Ethan Ameloot
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Arsenal : une frousse à en perdre la tête

Un mot résonne dans les rues du nord de Londres : « choke ». Ça fait maintenant plusieurs années qu’Arsenal court derrière un titre de champion qu’il touche du bout des doigts mais qui finit entre les mains de Liverpool ou de Manchester City sur la ligne d’arrivée. À qui la faute ? Si l’enfer, c’est les autres, cette fois, ce sont bien les Gunners qui sont leurs propres ennemis. Trop gentils, ou pas assez méchants, les hommes d’Arteta n’osent pas gagner quand tout un stade n’attend que ça.

Hiver, printemps, été, automne, puis hiver, printemps, été, automne. Les saisons s’enchainent et se répètent. Victoires, rêves, défaites, déceptions, puis victoires, rêves, défaites, déceptions. À Arsenal aussi, les saisons s’enchaînent et se répètent. Ces dernières années, les hommes d’Arteta ont à plusieurs reprises entamé la fin du calendrier en pole position, rêvant de redevenir ce qu’ils ne sont plus depuis 2004 : champions d’Angleterre. Mais, finalement, l’armoire ne s’agrandit pas. En 2022-2023, les Gunners passent 27 journées en tête du classement avant de s’effondrer dans le money time, voyant Manchester City les doubler. La saison suivante, rebelote : dans ces fameux matchs qui comptent, quand il pleut un peu moins sur l’île, Arsenal remet son costume d’Arsenul et laisse filer sa chance.

Puisqu’on ne casse pas le cycle, cette année : same fucking habit. Les Londoniens semblaient enfin larguer leur némésis mancunien. Mais progressivement, Arsenal s’est assoupi, laissant les Skyblues se rapprocher. Les hommes de Guardiola, qui ont disputé un match de moins que ceux d’Arteta, ne sont plus qu’à 6 points des Gunners et les affrontent à l’Etihad ce dimanche. Une victoire ajouterait encore plus de pression sur Arsenal qui a déjà du mal à gérer sa nervosité. Mais que se passe-t-il dans les têtes d’Arteta et de ses hommes ? Ont-ils peur de gagner ?

Le paradis inconnu

« Peur de gagner ? Ça n’existe pas, c’est une formule toute faite de journaliste, ça ! », se marre Édouard Cissé qui a échangé des passes avec Mikel Arteta lorsque les deux étaient encore joueurs, au PSG, entre 2000 et 2002, avant d’être traversé d’un doute : « T’as quel âge ? 23 ans ? T’es trop jeune, t’as jamais vraiment vu Arsenal gagner. » De fait. Cissé ironise, mais la jeune génération a vu des Londoniens soulever le trophée de champion d’Angleterre. Néanmoins, ceux-ci étaient des Blues du sud-ouest, pas des Reds and Whites du nord. C’est pareil pour les joueurs actuels des Gunners : ils étaient trop jeunes pour voir la bande d’Henry, Pirès et Vieira être invincible et remporter la Premier League.

Ce qu’il se passe après une victoire, ça, c’est inconnu. Et le cerveau, souvent, il n’aime pas cet inconnu. Il va préférer un enfer connu qu’un paradis inconnu.

Matthias Watine, psychologue du sport

Ramener la coupe à la maison, c’est difficile, d’autant plus dans un club qui ne connaît plus la victoire. « La peur de gagner est souvent associée à la peur de l’inconnu », pose le psychologue du sport Matthias Watine. Pas qu’une formule journalistique donc ! « On sait ce qu’il se passe quand on perd, même si ça renvoie à des notions négatives de déception, de colère… Même si on aime pas, on connaît, on sait ce qu’il va se passer. En revanche, sur de grandes échéances, ce qu’il se passe après une victoire, ça, c’est inconnu. Et le cerveau, souvent, il n’aime pas cet inconnu. Il va préférer un enfer connu qu’un paradis inconnu ». Cet inconnu, c’est pourtant ce que demande tout un stade.

Pour ne rien changer, le ciel est gris à Londres. Étonnamment, Arsenal s’est endormi face à Bournemouth le week-end passé. À la 18e, une passe tranchante de Ryan Christie les réveille, mais la défense se lève trop tard et un centre atterrit sur la tête d’Éli Junior Kroupi, c’est 0-1 à l’Emirates Stadium. Plus tard, Martín Zubimendi, pourtant impérial dans l’entrejeu en début de saison, s’emmêle les pinceaux et offre une occasion aux Cherrys. Viktor Gyökeres vient réduire l’écart sur penalty mais, en fin de match, Gabriel Magalhães loupe sa relance et Bournemouth en profite pour marquer un deuxième but. Arsenal enchaîne alors les passes devant la surface, cherchant désespérément un libérateur, mais échoue et voit désormais Manchester City arriver à toute berzingue dans le rétroviseur. « Il peut y avoir plein de manifestations d’un signe de stress qui ont des répercussions, explique le psychologue. On ne va pas avoir le relâchement nécessaire. À certains moments, on a l’impression que le ballon brûle, on ne sait plus quoi en faire. Inconsciemment, les jambes sont influencées parce qu’il se passe dans la tête ».

« Au pire, tu perds, il n’y a pas mort d’homme »

Dompter cette nervosité, c’est possible. Le psychologue explique tout d’abord qu’il faut « prendre conscience qu’elle existe ». Ensuite, il faudrait cette fois selon Édouard Cissé « un supplément d’âme, une capacité à être clutch dans le money time ». Ce qu’Arteta et son maigre palmarès en tant que joueur (un championnat, une coupe et une Coupe de la Ligue en Écosse, une FA Cup et deux Community Shield en Angleterre) n’auraient pas. « À un moment donné, tu dois enlever un peu de pression, dédramatiser les choses. Tu peux aller chercher tes gars avec le cœur toute la saison, mais à partir d’avril, il faut se détendre un peu, commence Cissé. Tu ne peux pas utiliser, selon moi, les mêmes ingrédients que tu as utilisés toute la saison. Sinon, à un moment donné, t’es usé. Il faut s’ôter la pression. Un coach qui est top pour ça, c’est Didier Deschamps. Lui, il sait, parce qu’il a beaucoup gagné en tant que joueur, qu’il faut lâcher prise pour gagner. Je me souviens, une fois, en finale de la Coupe de la Ligue, il nous a dit : « Ben maintenant, les gars, on est là, à vous de jouer, quoi ». Il avait conscience que la défaite fait partie d’une finale. Tu peux perdre et comme il le disait : « Au pire, tu perds, il n’y a pas mort d’homme » ». Et sur ses hommes, justement, Arteta devrait se reposer. Enfin, pour ça, il faudrait des sales types…

Arteta recrute des joueurs dociles, des bons mecs pas bien méchants. Mais aucun n’a une forte personnalité.

Édouard Cissé

Quand Arsenal gagnait, l’équipe était remplie d’égos, de grandes gueules à la Patrick Vieira ou Sol Campbell : des têtes de vainqueurs, une expression qui prend désormais tout son sens. « Arteta recrute des joueurs dociles, des bons mecs pas bien méchants, dénonce Cissé. Mais aucun n’a une forte personnalité. À un moment, t’as besoin d’un mec qui dise : « Coach, y a un souci ». Des joueurs qui vont dire : « On est là, détends-toi, on va prendre les choses en main ». Là, à Arsenal, j’ai pas l’impression qu’il y ait de leader. Declan Rice, c’est un mec exemplaire, mais c’est pas celui qui va gueuler sur son coach… ».

Les nice guys devront se transformer, ou redevenir des bad boys pour vaincre Manchester City ce dimanche. En Ligue des champions, Arsenal affrontera l’Atlético, dont l’effectif est aux antipodes de celui d’Arteta. En face, il y aura Diego Simeone, El Cholo, un surnom qui viendrait d’une insulte signifiant « chien » ou « voyou ». Tout est dit. Si cette saison n’est, une nouvelle fois, pas la bonne pour Arsenal, faudra-t-il tourner la page Arteta ? Pour Cissé, peut-être : « C’est comme en couple. Si ça fait deux ans que ça ne va pas, tu continues ? ».

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