- Mondial 2026
- Quarts
- Espagne-Belgique (2-1)
Courtois, le vrai joueur en or d'une génération

Sorti en larmes peu après l'heure de jeu face à l'Espagne, Thibaut Courtois a sans doute vécu ses derniers instants sous la tunique des Diables Rouges. Son remplacement a changé beaucoup de choses et a rappelé qu'il était, sans doute, le vrai symbole d'une génération dorée jamais récompensée.
Il y a des changements qui nous serrent le coeur plus que d’autres, ou, du moins, qui provoquent un léger pincement sans qu’on ne sache trop pourquoi. Il n’est ici pas question de philosopher sur les célèbres propos de Blaise Pascal, mais bien de la sortie déchirante de Thibaut Courtois qui, ce vendredi face à l’Espagne (2-1), a dû céder sa place à Senne Lammens après une gêne à la cuisse gauche sans doute provoquée par un arrêt quelques minutes plus tôt. Le coeur lourd, le portier du Real Madrid a quitté la pelouse en larmes, conscient de ce que tout cela signifie pour lui et pour ses copains belges. Si ce fait de jeu a profondément changé le cours du match avec la boulette de la doublure de Manchester United, il a sans doute aussi précipité la fin de l’aventure du Belge que les Français ont trop longtemps aimé moquer, oubliant qu’il était une sommité et un type attachant.
Golden Thibaut
Le type aux sourcils aussi imposants que ses gants avait annoncé la couleur avant le début de la Coupe du monde : « Ma famille est ici parce que cela pourrait être mon dernier tournoi. […] J’envisage de passer le relais. Il y a beaucoup de talent qui arrive avec Senne Lammens et Mike Penders. » Conscient d’être plus exposé aux pépins physiques qu’auparavant, il a clamé haut et fort vouloir favoriser un départ en douceur après l’élimination : « Je voudrais bien faire un an tranquille, ne pas jouer la Ligue des nations, et rester à Madrid pour me soigner. Laisser les jeunes jouer et revenir après. Il faudra voir si ils acceptent, sinon ce sera terminé. » Revenir, une idée saugrenue ? Le natif de Brée reste pourtant indéboulonnable, et ce malgré l’épisode houleux avec Domenico Tedesco. Il avait même encore faim malgré la douleur, affirmant après l’élimination face à la Roja qu’il aurait très bien pu continuer sans être à 100%, un risque que n’a pas voulu prendre Rudi Garcia.
Thibaut Courtois, c’est une dalle omniprésente, quitte à prendre un air de mauvais perdant comme on se le rappelle bien après l’élimination face aux Bleus en demies du Mondial de 2018 (1-0). Justement, ne serait-ce pas ce caractère qui a fait de lui le plus diabolique des membres de la « génération dorée » dont faisaient partie Eden Hazard, Axel Witsel, Kevin De Bruyne et compagnie ? À 34 balais, l’ancien gardien de Chelsea a claqué de nombreux arrêts qui ont sauvé les miches des Belges tout au long du tournoi, permettant d’éviter un fiasco beaucoup trop tôt dans la compétition.
Seul avec du monde autour
Après avoir évolué avec les valeurs sûres Toby Alderweireld, Vincent Kompany ou encore Jan Vertonghen, le Thib’ a dû réapprendre à organiser sa défense avec les nouveaux venus. Contre l’Espagne, il a montré l’exemple, inspirant son quatuor défensif pour tenir la baraque face aux vagues menées par l’impétueux Lamine Yamal. Imperturbable, le géant ganté est resté concentré jusqu’au bout, quitte à sacrifier sa cuisse pour maintenir l’espoir de retrouver la France en demi-finales mardi prochain. Avec 11 passes longues réussies sur 18, le lauréat du trophée Yachine 2022 a notamment montré qu’il savait parfaitement gérer l’évolution du ballon rond, comme il l’expliquait déjà dans les colonnes de L’Equipe : « Aujourd’hui, le gardien ne se contente pas de tirer, il commence le jeu. Parfois, tu peux faire un grand match, sans avoir fait aucun arrêt. Mais peut-être qu’avec toutes les passes que tu as reçues et toutes les bonnes décisions que tu as prises, ton équipe a pu bien attaquer. »

Presque intemporel, Thibaut Courtois représente peut-être la plus belle victoire du football belge sans même avoir remporté de compétition internationale pour son pays. Pendant plus d’une décennie, le Madrilène aura incarné mieux que quiconque cette génération dorée. Le dernier rempart, le râleur de service, le boss capable de sortir l’arrêt impossible quand tout le pays retient son souffle, c’est bien lui. Il est le symbole d’une décennie et de toute une sélection. Celui qui a inspiré un titre de Shay aura fini par devenir bien plus qu’un gardien : une habitude, comme un bruit de fond qui devient assourdissant lorsqu’il disparaît. Les Diables Rouges lui trouveront un successeur, comme toutes les équipes finissent par le faire, mais dénicher une autre montagne de deux mètres avec autant d’envie et de caractère, c’est une autre histoire.
Les notes d’Espagne-BelgiquePar Suzanne Wanègue











































