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L’Espagne enfin adulte ?

Par Thibaud Leplat, à Madrid
4' 4 minutes
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L’Espagne enfin adulte ?

La Roja affronte l’équipe qui l’a délivrée de ses démons. Comme pour la France en 98, l’Italie a fait de l’Espagne ce qu’elle est maintenant : une machine à jouer.

« L’Espagne a changé de mentalité grâce à ce match. Avant on jouait à ne pas perdre. Maintenant on joue à gagner. » Gérard Piqué n’y était pas. Mais, comme tous les espagnols, il a un secret. C’est l’Italie qui l’a dépucelé. Il s’en souvient très bien, c’était en juin 2008. Mais pas sur la banquette d’une vieille Seat ou le capot d’une Fiat Uno. La Botte l’a fait à sa façon et à son rythme. Apprendre à aimer, c’est apprendre à se retenir. En 120 minutes, la Roja n’y arrive pas et butte sur les dernières défenses de la Squadra. Pourtant, elle n’explose pas comme le nez de Luis Enrique contre le coude de Mauro Tassotti en 1994. Elle découvre la patience. C’est à 11 mètres et les yeux dans les yeux que les choses doivent se conclurent. Fàbregas, à peine 21 ans, glisse enfin son péno dans le petit filet de Buffon et sort de l’âge bête. La Roja passe enfin le cap maudit des quarts de finale. Depuis cet été de 2008, l’Espagne a conquis le foot et l’Italie pleure ses amours mortes. Ce soir, les deux amants se retrouvent pour une nouvelle rencontre décisive et l’Espagne croit en ses charmes.

Mais le foot a beau être devenu espagnol, la victoire, elle, reste italienne. C’est Sacchi qui disserte sur le paradoxe italien dans El País, cette semaine : « L’Italie a toujours été un pays d’esthètes en poésie, peinture et dans les autres arts. Mais, dans le football, elle a répudié cette idée. Tu joues mal, tu marques un but à la 90e minute et tout le monde est content. » La réalité de la calculette est la plus cruelle, mais c’est aussi la seule qui vaille au paradis des champions. En 10 rencontres officielles entre les deux cousins méditerranéens, la seule fois où les Ibères ont fait flancher leurs adversaires durant le temps réglementaire, c’était en 1920, aux JO d’Anvers. Il y aura bientôt un siècle. Pire, le dernier match (amical) entre les deux zouaves, c’était à Bari l’été dernier. L’Italie attend, la Roja pelote. Mais à la 86e, une frappe contrée d’Aquilani renvoie les tripoteurs à leurs classiques : victoire 2-1 des Bleus. Demetrio Albertini d’enfoncer le clou : « Vous croyez franchement qu’on a gagné 4 Coupes du monde avec de la chance ? En Espagne, vous pensez tous que le football vous appartient. » Pas faux.

« Ça dépend »

Les Espagnols ont appris. Perdre ou gagner son premier match n’est plus un problème. Certes, la campagne d’Autriche en 2008 a commencé par une belle victoire contre la Russie (4-1) et a permis à tout le monde de se détendre. Mais en Afrique du Sud, c’est la Suisse qui fait trébucher les champions pour leur première bataille (1-0). Alors, Del Bosque répète l’adage : « Nous ne voulons pas répéter cette mauvaise expérience. J’espère que nous débuterons mieux. Le commencement d’une compétition est toujours important, c’est fondamental, surtout dans un tournoi comme celui-là. » Mais les Espagnols sont devenus un peu italiens. Pour être champion, gagner le premier ne sert à rien. Ce qui compte, c’est de gagner tous les autres matchs. Iniesta est beau tellement il est confiant pour cet Euro : « Chaque pression est différente. Cette fois-ci n’a rien à voir avec le précédent Euro, où la pression était de savoir si nous allions encore échouer sur le même obstacle. » Pour la première fois, le petit Andrés débute une grande compétition à 100%. C’est tout le royaume qui respire.

Qui s’installera aux premières places ? Del Bosque connaît son 11 de départ depuis deux mois, murmure-t-on par ici. Iniesta, Xavi, Silva, Alonso et Busquets en seront, c’est une évidence. Mais la Moustache tient son petit secret. La place de 9 n’a pas encore de sociétaire clair. Il y a deux idées de jeu. Et comme dit le sage Toni Grande, la main droite de Vincent du Bois : « Ça dépend. » Certes, mais de quoi ? Soit l’Espagne parie sur un petit attaquant mobile (genre Cesc ou Silva) qui arrive de derrière pour conclure, en s’appuyant sur un 9 bien campé entre les défenseurs centraux adverses, façon Negredo ou Llorente. Contre une Italie à l’ancienne et bien regroupée, cette hypothèse est assez sexy. Soit elle cherche les espaces dans le dos de De Rossi ou sur les côtés, face à une Squadra un peu plus entreprenante. Torres a, dans ce cas, la tête de l’emploi. Or, il se murmure que c’est la première option qui fait vibrer le coach espagnol, convaincu que les Italiens reviendront au catenaccio de leur jeunesse, le truc qui marche à tous les coups. Negredo, pour son pied gauche et sa capacité à s’associer, pourrait donc être le premier pari du patron, ce soir. Savoir surprendre : Del Bosque aussi connaît ses classiques.

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