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Législatives : Thuram récupéré

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Législatives : Thuram récupéré

Le footballeur international, dont l'engagement anti-Sarkozy aura rythmé la campagne présidentielle, se retrouve sur un tract UMP à Reims, dans le cadre des législatives. Une supercherie de la part de l'ancien ministre Renaud Dutreil...

Il y a des week-ends comme ça, où tout roule comme sur des roulettes, sauf la voiture de Robert Kubica. Clermont-Ferrand a perdu sa huitième finale de championnat de France de rugby –sur huit, évidemment–, Rafael Nadal et Justine Henin ont remporté leur troisième Roland Garros d’affilée et, surtout, Renaud Dutreil a assuré un 39% confortable dans la 1ere circonscription de la Marne et ça, c’est pas rien. Renaud Dutreil ?

Oui Renaud Dutreil, aucun lien avec Yves, le petit pont de bois et l’enfant par la main, non, Renaud Dutreil, l’ancien ministre des PME, vassal de Nicolas Sarkozy, inféodé à l’UMP, qui brigua un temps la mairie de Lyon avant de se faire recadrer par Perben et de se dire que finalement, député-maire de Reims, c’était bien aussi…

Renaud Dutreil a pris depuis vendredi et les révélations du site Rue89 une dimension nouvelle : il s’est en effet servi de l’image de Lilian Thuram dans le cadre de sa campagne législative.

Comment ? En distribuant des tracts sur lesquels il pose aux côtés du footballeur anti-Sarko Lilian Thuram sous titré d’une légende sans équivoque : « Renaud Dutreil et Lilian Thuram agissent pour la réussite économique des quartiers populaires ».

Autant dire qu’à première vue et si l’on s’en tient au texte, l’ancien ministre semble avoir réussi un beau tour de force : Lilian Thuram engagé dans les législatives aux côtés de Renaud Dutreil, c’est un peu comme si un type qui se dit de gauche entrait au gouvernement Fillon…

Sauf que ce brave Renaud Dutreil a oublié un détail : demander l’autorisation à Lilian Thuram pour exploiter ainsi une photo prise il y a un an lors d’un gala de la Drim, qui n’est pas un concert tout en nappe synthétique de Robert Miles, mais une association Diversité républicaine initiatives en mouvement, soutenue, c’est vrai, par Thuram à l’époque et initiée par Dutreil, sans que les deux personnes ne se connaissent, d’ailleurs…

Question : Lilian Thuram savait-il en acceptant de dîner à gauche d’un ministre de droite qu’il deviendrait quelques mois plus tard son principal supporter sur un tract ciblé puisque distribué dans le quartier populaire de Croix Rouge à Reims ? Evidemment non.

Joint par téléphone, Lilian Thuram se dit « choqué » par de telles manipulations de la part d’un élu potentiel « qui doit être fatigué » , ajoute le joueur, ironique. Scandalisé par cette récupération de son image, le footballeur du FC Barcelone se demande « si c’est donc ça, faire de la politique… »

Force est de constater que oui, c’est un peu ça faire de la politique, selon Renaud Dutreil, également joint au téléphone : « Moi je ne suis pas un associatif, je suis un homme politique ». En gros, Dutreil n’est pas là pour faire du sentiment : certes il reconnaît avoir « fait une connerie », mais bon, après tout, « lui aussi, ça lui arrive souvent qu’on utilise son image dans des canards d’entreprise et il n’en fait pas un fromage parce que, comme il dit, on est dans un monde où les gens prennent des photos ».

Un sacré champion ce Dutreil. Qui va jusqu’à soutenir qu’il n’était pas clairement écrit « Lilian Thuram soutient Renaud Dutreil » sur son flyer et qu’en plus, même s’il « assume », c’est pas vraiment sa faute parce que c’est son attaché de presse qui l’a conçu ce fameux tract, un certain Philippe Malpezzi, qui s’est depuis retiré de la campagne parce que, comme il dit, Philippe, « on peut faire des conneries et ne pas les assumer, mais ce n’est pas mon genre… On ne peut pas tout foutre en l’air »

Malpezzi prend sur lui, donc, la conception « sur une initiative personnelle » (sic) de ce tract, qu’il légitime par le fait que « le ministre et Lilian Thuram se connaissent bien, car on voyait souvent Lilian Thuram au ministère ! » Ah ? Dutreil infirme et reconnaît n’avoir comme lien concret avec Thuram que « le dîner de la Drim » et le fait « d’être supporter de l’équipe de France parce que c’est quand même chouette, non cette équipe ? Vive la France, hein ! »… Alors ?

Alors, la petite histoire est un peu plus complexe. En janvier dernier, Renaud Dutreil, alors ministre, organise une petite sauterie pour les voeux, comme il est souvent coutume de le faire. Sont invités de nombreuses personnalités – Charles Villeneuve, Daniel Bilalian, Alexandre Bompard, David Douillet, Elie Chouraqui, etc. – qu’il entend bien motiver dans le cadre d’un de ses projets : la création d’un festival international de l’image du sport.

Philippe Malpezzi contacte alors Robert Pirès « que je connais bien, c’est un ami, il vient de Reims et ne se cache pas d’être à droite » pour lui proposer de venir et d’inviter quelques joueurs de France 98 pour que la petite fête soit encore plus folle ! « Robert m’a proposé Emmanuel Petit et Lilian Thuram », explique Malpezzi…

Dutreil est emballé : « Thuram, c’est un beau symbole, et quelqu’un de bien, il y avait des choses très sympas à faire avec lui sur l’intégration, même si je pense qu’il caricature Sarkozy… »

Thuram prendra l’avion jusqu’à Paris mais ne viendra pas, finalement, à la petite sauterie. De peur d’être piégé et récupéré, déjà. « Alors qu’il n’y avait aucun journaliste, ni photographe, soutient Malpezzi. Tout ça, c’est la faute de son attachée de presse qui n’était pas contente qu’on ne soit pas passés par elle… ».

La conclusion de cette triste histoire c’est que Philippe Malpezzi cherche du boulot, que Renaud Dutreil va être élu dans un fauteuil malgré sa malhonnêteté intellectuelle, et que finalement, Lilian Thuram aura encore misé sur le mauvais cheval aux législatives.

En effet, après avoir fait campagne contre Sarkozy pour les présidentielles, il s’était rapproché de Jeannette Bougrab candidate… UMP dans le XVIIIe arrondissement, distancée de 8 points par le socialiste Christophe Caresche. Comme quoi on peut être contre Sarkozy et rester footballeur dans l’âme – donc un peu de droite quand même…

Par Giovanni Seri

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