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La poisse de Bielsa en Copa América

Par Thomas Goubin et Marcelo Assaf
La poisse de Bielsa en Copa América

Marcelo Bielsa a participé a deux Copa América. Deux fois sur le banc de l'Argentine, en 1999 et 2004. Deux expériences dont il est ressorti un peu plus dingue qu'avant.

« Ce n’est pas possible, ce n’est pas possible… » Dans l’aéroport d’Asunción, Marcelo Bielsa fulmine. La veille, son Argentine s’est fait sortir par le Brésil en demi-finale de la Copa América. Rivaldo et Ronaldo ont répondu à Sorín qui avait ouvert le score dès la dixième minute. Mais ce n’est pas ce résultat négatif enregistré face au pire ennemi de l’Albiceleste qui rend fou El Loco. L’ennemi se trouve à l’intérieur de son camp : un jeune lâche qui a osé s’épancher dans les médias, après n’avoir pas joué une minute en cinq matchs. Le sélectionneur vient de se faire rapporter le contenu de l’interview donnée à une radio. Dans le hall de l’aéroport, il convoque alors ses joueurs. Le dialogue à suivre a été rapporté par le quotidien Clarín. Bielsa : « Calderón ne mérite pas d’appartenir à l’équipe, c’est une merde. » Réponse du buteur d’Independiente : « Et vous un fils de pute ! Pourquoi m’avoir amené ? Pour me promener ? » José Luis Calderón claque sa première reprise de volée de la Copa América, avant de s’avancer vers El Loco. Front contre front, les deux hommes ne sont alors pas loin d’en venir aux mains, avant de garder raison. Épilogue fracassant du premier tournoi de l’ère Bielsa en Argentine, qui durera six ans.

Pour l’Albiceleste, la Copa América 1999 avait pourtant plutôt bien débuté. Une victoire aisée face à l’Équateur (3-1) qui permettait à Marcelo Bielsa de pouvoir travailler sereinement, alors qu’il était attendu au tournant pour son premier match en compétition officielle à la tête de l’Argentine. Mais la polémique s’est rapidement invitée à la table ciel et blanc. La faute à ce cancre de Martin Palermo. Ce 4 juillet à Luque (banlieue d’Asunción), un exploit inédit se produit lors d’Argentine-Colombie. Auteur d’un doublé face à l’Équateur, un Palermo en confiance va se présenter trois fois devant le point de penalty, pour autant d’échecs. Un comique de répétition que défendra Marcelo Bielsa en conférence de presse. « Ce joueur a un grand passé de goleador, toute une trajectoire, il a en plus toujours été optimiste, il a cru en lui et je l’ai accompagné. »

Vidéo

Sur le banc, El Loco avait pourtant explosé quelques instants auparavant, au point d’être expulsé après le deuxième penalty manqué par l’avant-centre de Boca Juniors. Roberto Ayala devait le tirer, mais Palermo s’était imposé pour ce qu’il pensait être sa revanche. De quoi alimenter un violent débat sur l’autorité du sélectionneur, au terme d’une lourde défaite face à la Colombie (0-3). Droit dans ses bottes, Bielsa ne cillera cependant pas devant les critiques, et titularisera Palermo au match suivant. Pour le plus grand plaisir de José Luis Calderón… En demi-finale, Diego Simeone et consorts bénéficieront d’un penalty dans les derniers instants de la rencontre. La balle d’égalisation. Cette fois, c’est bien Roberto Ayala qui s’avance devant la craie, mais sa tentative est arrêtée par le gardien brésilien. Au moment d’analyser ce revers, la presse argentine reprochera à Bielsa son entêtement à ne jamais jouer avec deux attaquants, même mené au score. Privée de plusieurs joueurs évoluant en Europe, comme Gabriel Batistuta et Claudio López, l’Albiceleste a toutefois réalisé une compétition décente, mais a manqué de réussite. Pour ne pas parler de poisse…

En 2004, Marcelo Bielsa vit une nouvelle Copa América sur le banc de l’Argentine. Suite au terrible échec du Mondial 2002, El Loco s’est incliné pour un renouvellement générationnel. Une bonne partie de la sélection qu’il va amener au Pérou est d’ailleurs issue des rangs des U23 qui viennent de remporter les Jeux olympiques, les premiers de l’histoire du pays. Pour assurer une rupture dans la continuité, Bielsa a tout de même conservé quelques cadres, les fidèles Roberto Ayala, Javier Zanetti, Kily Gonzalez, et Juan Pablo Sorín. Ils encadrent la meute de jeunes loups : Javier Mascherano, Carlos Tévez, Lucho González, Javier Saviola, Andrés D’Alessandro, César Delgado… El Loco a décidé de miser sur cette classe biberon qui imprime un style tout en toque, moins vertical, pour donner un nouveau souffle à son Argentine. Formateur dans l’âme, il avait sélectionné Mascherano avant même qu’il ne joue un match de première division avec River.

Au Pérou, l’Albiceleste va séduire et convaincre : seize buts en six contre. Pour leur premier match du tournoi, Tévez et consorts en collent six à l’Équateur. Malgré une défaite face au Mexique en match de poule (0-1), l’Argentine va se hisser sans peine en finale. Elle croit même ramener la Copa América à la maison quand l’ex-joueur de l’OL, César Delgado, inscrit le but du 2-1 à la 87e minute, avant qu’Adriano ne lui réponde dans les arrêts de jeu (93e). Le Brésil l’emporte aux tirs au but. Un revers que Marcelo Bielsa a longtemps ruminé. Deux ans plus tard, il va ainsi écrire un courrier à Roberto Abbondanzieri, le gardien qui a encaissé le premier but, inscrit par Luisão, pour lui demander des explications. « Il m’a écrit en premier lieu pour me soutenir alors que j’avais été critiqué pour avoir été sorti avant la séance de penaltys face à l’Allemagne lors du Mondial (2006, ndlr), un très beau geste de sa part, se souvient l’ex-portier. Mais ensuite, il revenait sur la finale de la Copa América face au Brésil pour me demander pourquoi je n’avais mis que trois joueurs dans mon mur et pas quatre. » Malgré la défaite en finale, l’appréciation générale du tournoi était positive. Après le drame du Mondial 2002, El Loco avait su remettre l’Albiceleste sur de bons rails. À la surprise générale, il démissionnera pourtant moins de deux mois plus tard. Il se dit alors « épuisé » . Peut-être de trop penser. Comme à propos de ce but du Brésil inscrit à la 93e minute : « J’ai revu cinquante fois l’égalisation d’Adriano, confiera-t-il. Et j’en conclus qu’il y a des choses dans le football qui relèvent de Dieu. » Mystique …

Par Thomas Goubin et Marcelo Assaf

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