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« Christian Eriksen vient probablement de signer la fin de sa carrière »

Opéré en 2021 après son arrêt cardiaque à l’Euro, Christian Eriksen a retrouvé les terrains depuis plusieurs années maintenant. Ce dimanche, à l’occasion d’un match amical contre l’Ukraine, le Danois s’est assis par terre, visiblement touché par un nouveau problème cardiaque. Il n’en fallait pas moins pour relancer les questions sur la pratique du football professionnel avec un défibrillateur.
Chevilles, ventre, épaules, tête contre le sol. Allongé au milieu du terrain. C’est un bruit sourd qui parvient aux oreilles de Christian Eriksen. Une scène qu’il a déjà vécue, des coéquipiers qui, pour certains, connaissent la chanson, et un cortège médical qui s’installe autour de lui. Une chose est différente cette fois, le Danois n’est pas allongé en sortant du terrain, il marche, doucement mais sûrement vers le bord de la pelouse à l’occasion du match amical entre le Danemark et l’Ukraine qui ne sera pas allé à son terme après cette grosse frayeur. Pour comprendre la différence entre le 12 juin 2021 et le 7 juin 2026, il faut se replonger dans le passé.
La crainte permanente d’une récidive
Tout le monde se souvient des scènes d’angoisse de la 42e minute de la rencontre entre le Danemark et la Finlande lors de l’Euro 2021. De longues minutes de massage cardiaque, des pleurs, une évacuation vers l’hôpital mais surtout la peur de vivre la même chose qu’avec Marc-Vivien Foé, décédé sur le terrain le 26 juin 2003. Le 17 juin, c’est un long combat vers le retour sur les terrains qui démarre pour Christian Eriksen. Il est opéré, et un défibrillateur lui est implanté dans la poitrine. Un détail qui n’échappe pas à Steve Savidan lorsque lui évoque un retour à la compétition après un tel événement. « En 2010, je n’avais pas d’opération possible, se rappelle l’ancien Valenciennois, qui a mis fin à sa carrière après une visite médicale à l’AS Monaco qui lui découvrait un problème cardiaque. Même avec une opération, je n’aurais pas continué ma carrière, parce qu’il y a un acte chirurgical supplémentaire. »

Depuis 2021, Eriksen n’est pas équipé d’un pacemaker, comme on le lit souvent, mais d’un défibrillateur. « C’est l’équivalent d’un camion du SAMU dans une toute petite boîte, image le Docteur Pierre Jorrot, cardiologue rythmologue à l’institut Montsouris. C’est une analyse électrique instantanée du rythme cardiaque, avec des algorithmes de précision qui déclenchent ou non un traitement électrique. Le vrai risque, c’est la récidive. Ce qu’on cherche à comprendre, c’est y a-t-il de manière sous-jacente une cardiopathie, un facteur favorisant le patient à un risque de récidive. »
Avec ce que j’avais moi en 2010, il se peut qu’à l’heure d’aujourd’hui je puisse signer mon contrat. Les mecs m’auraient dit oui.
Si les sportifs sont soumis à des batteries de tests assez impressionnantes après un tel évènement, pour s’assurer que le corps est apte à reprendre le sport de haut niveau, rien n’exclut une récidive, notamment chez des patients « déjà diagnostiqués » et à risque. Un bis repetita qui a donc eu lieu, et qui ne surprend pas le cardiologue : « Tout le monde redoutait le moment où il allait faire à nouveau sa mort subite. Il était très à risque et jouait avec le feu. »
Trop d’enjeux, plus de prévention
Après la rencontre de ce dimanche, les médecins danois ont indiqué « que le défibrillateur avait fonctionné comme il fallait, qu’il avait brièvement perdu connaissance, mais qu’il avait repris connaissance assez rapidement ». Une situation qui confirme la thèse de la récidive vécue par l’ancien de Tottenham selon Pierre Jorrot : « Il a fait une nouvelle mort subite, diagnostiquée et prise en charge par son défibrillateur. Il a vu que le rythme cardiaque était trop rapide pour que ce soit normal, et donc il a envoyé un choc électrique qui lui a, à nouveau, sauvé la vie. »
Les joueurs mettent toute leur vie à construire leur carrière. Tu peux être sûr qu’ils vont penser à minimiser la chose, quitte à prendre un petit risque puisque les enjeux financiers sont tellement importants.
Un choc de 40 joules qui a sonné Christian Eriksen et qui, pour figurer la chose, « ressemble à un grand coup de poing dans le sternum » du capitaine danois. Pas agréable. Mais qu’en est-il de la suite de la carrière d’Eriksen ? Le rythmologue ne pense pas qu’il y aura un troisième épisode Eriksen : « Il vient probablement de signer la fin de sa carrière. » La première chose est de comprendre ce qu’il s’est passé, même si les doutes sont très faibles : « On cherche toujours les causes. À 30 ans, la probabilité d’avoir deux causes de mort subite différentes est quand même faible. »
Christian Eriksen released a statement saying this situation was different from what happened in 2021. For now, his focus is on recovering, spending time with his family, going on vacation and playing football with his children ❤️🙏 pic.twitter.com/Z5rM6EPl1k
— ESPN FC (@ESPNFC) June 8, 2026
Pour Steve Savidan et Pierre Jorrot, ce nouvel épisode ne devrait pour autant pas bousculer la reprise des compétitions pour les joueurs porteurs d’un défibrillateur. « Toutes les structures professionnelles sont super surveillées, avec des enjeux énormes, qui font que plus personne ne prendrait de risques inconsidérés », indique l’ancien attaquant, désormais préparateur mental. Steve Savidan n’a aucun doute sur « la création d’un collège médical au niveau cardiaque » qui a bien évolué depuis son cas : « Avec ce que j’avais moi en 2010, il se peut qu’à l’heure d’aujourd’hui je puisse signer (son contrat). Les mecs m’auraient dit oui. » L’ancien international français dit quand même espérer que les structures professionnelles « ont fait les stages de sensibilisation aux massages cardiaques ».
Pour le Docteur Jorrot, d’autres considérations viennent également influencer la décision des joueurs de reprendre la compétition : « Les joueurs mettent toute leur vie à construire leur carrière. Tu peux être sûr qu’ils vont penser à minimiser la chose, quitte à prendre un petit risque puisque les enjeux financiers sont tellement importants. » Il conclut : « La vraie difficulté c’est la prévention primaire, comment identifier ceux qui sont sous les radars. » De son côté, Eriksen a tenu à rassurer tout le monde sur ses réseaux sociaux : « Je vais bien. » Une bonne nouvelle, pour celui qui a peut-être vécu les derniers moments de sa carrière professionnelle sur une pelouse.
Des nouvelles rassurantes pour Christian EriksenPar Tristan Claeyssen
Propos recueillis par TC























































