Henry à Barcelone… Pour quoi faire ?

Après deux années de rêve, le FC Barcelone est peut-être en train de vivre une fin de cycle. Ca tombe bien, Thierry Henry est annoncé du côté du Camp Nou. L'heure pour Rijkaard d'oeuvrer à une refondation de ses préceptes tactiques ? Mise en perspective des conséquences que pourraient avoir un tel transfert pour les Blaugranas ...
Le dernier numéro de France Football est formel : Thierry Henry a signé au Barça. Les copains de L’Equipe – même groupe de presse que FF pour ceux qui l’ignorent – ont publié, le jour de la sortie dudit FF une interview de Thierry Henry qui dit, en substance : « C’est carrément pas vrai putain ». Alors ?
Alors, l’important n’est pas tant de savoir si Henry va se pointer au Camp Nou ou s’il va rester à Londres avec son avion de chasse, mais bel et bien de savoir si Henry et le Barça d’aujourd’hui sont footballistiquement compatibles sachant que la rumeur revient tous les étés et que si d’aventure ça ne se faisait pas en 2007, gageons qu’on y aurait droit pour 2008.
Dans le dernier SF (le n°45, un opus formidable, achetez le), Sergi Bruguera, connu pour son coup droit en fond de cours et pour son affect particulier envers un Barça dont il a failli devenir vice-président, ne mâche pas ses mots à ce sujet : « C’est mieux pour le club qu’il ne vienne pas ».
Raisons invoquées ? Une association d’ego périlleuse, notamment si Eto’o et Ronaldinho devaient rester au club – ce qui n’est pas à écarter loin de là. Faut-il se fier au sentiment de Bruguera ou aux nombreuses interventions des sus-nommés dans la presse depuis deux-trois ans qui à chaque fois que l’arrivée d’Henry à Barcelone est invoquée n’ont de cesse de répéter que quand même, Henry il est gentil, c’est leur ami, et il est super bienvenu. Tu parles… Eto’o récemment interrogé sur le sujet a d’ailleurs commencé à fendre l’armure : « Avec Henry on aura une superbe attaque, mais je préfère qu’on se renforce en défense ».
Cette année déjà, les résultats allant moins bien, les blessures se multipliant et les entraînements séchés se comptant sur les doigts de sept paires de pieds, Ronaldinho et Eto’o se sont un peu taquinés par presse interposée sur le thème « C’est moi la vedette et il serait de bon ton que tu te bouges un peu, coco ». On imagine l’ambiance avec un Thierry Henry qui a toujours eu des soucis avec la concurrence – en équipe de France avec Zidane, chez Nike avec Ronaldinho (qu’il a fini par quitter pour Reebok qui lui promettait la place de n°1 quoi qu’il arrive et un statut « à la Jordan » , en gros).
Et puis, surtout, il y a le pré. Là, deux cas de figure possibles. Dans un premier temps, Eto’o reste. Que se passe-t-il ? L’un des deux peut-il cirer le banc ? Non. Le Barça passe à deux pointes au lieu d’une seule ? Reynald Denoueix, interrogé sur le sujet lors d’un numéro mémorable de So Foot sur Barcelone (voir anciens numéros), livrait le diagnostic suivant : « Je lisais l’autre jour une interview de Thierry Henry qui disait : « le plus important, c’est l’animation » quand on lui demandait s’il préférait jouer à un ou à deux attaquants. Alors que jouer à un ou à deux devant, c’est très différent, et ce qui est important, c’est l’organisation. Bien sûr que c’est important l’animation, on ne va pas rester plantés comme des piquets. Mais l’animation ne se fait qu’en fonction de l’organisation. »
Et pour l’instant, le Barça joue avec un seul attaquant de pointe, la venue d’un deuxième attaquant chamboulerait automatiquement le système de Rijkaard. Denoueix encore : « S’ils sont deux devant, il faut qu’ils soient décidés à faire l’effort pour l’équipe et l’un pour l’autre. C’est évidemment plus risqué puisqu’il n’y a plus que deux joueurs au milieu, il faut donc que l’équipe soit compacte et qu’elle bouge bien ensemble. Si les distances sont maîtrisées, ça va, sinon, on prend cher… » Rijkaard devra alors trancher entre ses deux pères spirituels : Cruyff et Sacchi. Sachant qu’il a les joueurs pour l’un, et pas forcément pour l’autre…
Reste la deuxième option : Eto’o s’en va. Henry devient alors la seule pointe du Barça. Problème : Thierry Henry court vite. Très vite, même. Logiquement, il aime le jeu en profondeur, les ballons dans le dos de la défense, les départs à la limite du hors-jeu à quarante mètres du but parfois désaxés, par exemple sur le côté gauche pour, à l’angle de la surface de réparation, pouvoir crocheter extérieur pied droit, enrouler du même sabot, et coller la chique dans le petit filet opposé. Ca oui, il sait le faire Henry. Bien mieux que Samuel Eto’o.
Mais si Samuel Eto’o s’est tant éclaté au Barça, c’est justement parce que l’équipe joue très haut sur le terrain, presse sur la perte et donc a besoin d’un attaquant de pointe capable à la fois de décrocher en 9 et demi pour créer le décalage dans l’axe, capable de passer sur les côtés aussi et de devenir passeur décisif au besoin, et enfin, capable de jouer dans des espaces très courts puisque l’un des préceptes du jeu barcelonais actuel, emprunté à Cruyff, veut que « le jeu simple est le plus beau » (Cruyff : « Combien de fois on voit des passes de 40 mètres alors qu’à 20 centimètres il y a une solution ? »). Pas sûr qu’Henry soit parfaitement compatible avec l’axiome.
Conclusion pour action – si d’aventure Henry devait signer à Barcelone – ce qui selon des sources proches du dossier en Espagne est déjà fait, selon Giuly aussi apparemment, mais ce que les Anglais réfutent toujours -, Rijkaard n’aura pas le choix : il devra quoi qu’il arrive changer son système de jeu. Après une saison blanche – ou qui devrait l’être si toutefois le Barça ne remporte pas le titre, ce qui est plutôt bien parti -, c’est peut-être le moment…
Giovanni Seri
En Ligue des champions, une remontada pour le Dinamo ZagrebPar























































