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Gelson Fernandes : « Le renouveau du Chili est en partie dû à Bielsa »

Propos recueillis par Nicolas Jucha
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Gelson Fernandes est un globe-trotter et un polyglotte. Pour sa deuxième saison à Rennes, l'international suisse a accepté de parler de la préparation d'avant-saison et de sa carrière, marquée par de nombreux changements de clubs et quelques belles expériences en Coupe du monde.

Tu entames ta deuxième saison à Rennes, la préparation n’est pas trop difficile ?

Je suis arrivé une semaine après les autres, car j’étais en équipe nationale et on m’a donné sept jours de vacances en plus. C’est la période où on remet les moteurs en route, il faut faire le plein pour tenir toute la saison ensuite. C’est une période très importante. On sait tous que si on est bien physiquement, on pourra voir venir, car il n’y a pas vraiment de trêve hivernale en France – 5 jours, c’est juste une coupure -, donc si on veut avoir du coffre pour la saison, c’est maintenant que cela se travaille. Si on veut se régaler dans la saison…

La saison passée, tu avais débarqué peu de temps avant la reprise du championnat, j’imagine que faire l’intégralité de la préparation, cela change la donne ?

Cela change beaucoup de choses, puis je connais le groupe, cela permet d’intégrer les recrues, de travailler avec eux. C’est capital d’être ensemble et de partager des moments ensemble via l’entraînement. Clairement, on aura plus de cohésion, de fluidité dans le jeu. Arriver en cours de préparation n’est jamais facile. Là, on peut travailler au mieux.

Les dirigeants et le coach ont-ils déjà fixé un objectif sportif pour cette saison ?

Non, pour l’instant, on se prépare, mais l’objectif est clairement de faire mieux que la saison passée où on a fini 9es avec 50 points. On va essayer de monter en puissance, mais il faut d’abord faire les 40 points nécessaires au maintien et ensuite essayer d’aller chercher plus. On peut titiller le haut du tableau, mais il y a de la concurrence avec Bordeaux, Saint-Étienne, Lille, Montpellier ou encore Toulouse, des clubs avec des moyens financiers comparables.

Personnellement, tu attends quoi de la saison à venir ?

J’espère faire une saison aussi remplie que l’an dernier, avoir la santé pour m’amener jusqu’à l’Euro 2016 dans mon pays d’adoption. Je me réjouis d’enchaîner une deuxième saison dans un club où je me sens bien, voilà…

Tu viens d’évoquer l’Euro 2016. Avec la Suisse, tu as déjà connu les Coupes du monde 2010 et 2014, ainsi que l’Euro 2008, tu comptabilises 50 sélections malgré une belle concurrence au milieu…

J’ai 52 sélections, je suis en concurrence directe depuis cinq ans avec le capitaine Gökhan Inler, de Naples, mais j’ai une faculté d’adaptation, donc le coach m’a fait jouer à d’autres postes, je suis aussi pas mal de fois entré en cours de matchs. J’ai été peu blessé – je touche du bois – et si j’avais été titulaire, je comptabiliserais plus de 80 sélections aujourd’hui. Mais il n’y a pas de problème, car j’ai un grand respect pour le joueur à mon poste et les jeunes qui arrivent. Le collectif passe avant tout et le fait de jouer pour son pays c’est beau, donc j’ai de la fierté par rapport à ça. Je vais entamer ma neuvième saison internationale, c’est fou.

En 2010, tu as marqué contre l’Espagne lors du Mondial 2010, la Suisse a gagné, mais n’a pas passé le premier tour. Tu gardes quels souvenirs de cette Coupe du monde ?

On a battu le futur champion du monde et fait match nul contre le Honduras. C’est le match contre le Chili de Marcelo Bielsa qui nous a plombés. On a joué contre un Chili à trois derrière qui nous avait posé pas mal de problèmes, et Bielsa avait gonflé ses troupes à bloc. Ses joueurs n’avaient pas encore explosé au niveau international. On avait joué une grosse partie du match à 10 contre 11 à cause d’une expulsion de Behrami. Quand Bielsa a débarqué à Marseille l’été dernier, je savais à quoi m’attendre parce que j’avais affronté l’une de ses équipes, un Chili agressif et avec beaucoup d’intensité. Une belle équipe, même s’ils avaient ensuite été éliminés en huitièmes de finale. Le bébé de Bielsa est désormais champion d’Amérique du Sud. Le renouveau de la sélection chilienne est en partie dû à Bielsa.
Manchester est resté gravé dans ma mémoire. L’ambiance en Premier League n’a pas beaucoup d’équivalents, ou peut-être l’Allemagne, qui n’est pas mal non plus.

Le Mondial 2014 a été un peu plus heureux avec une présence en huitièmes de finale, et ce n’est pas passé loin contre l’Argentine… Ce jour-là, tu as affronté Lionel Messi. Une impression ?

J’en garde une grande déception, car on est éliminés à la 118e minute sur un but en contre de Di María, et à la 119e, on touche le poteau. C’est fou. On était proches des penalties dans une prolongation où on avait dominé face au futur vice-champion du monde. Là, on a fait preuve de courage, de talent. Mais voilà, on sait que Messi, sur un coup de patte ou une accélération, il est capable de passer en revue toute une défense. Là, il a placé une accélération qui nous a été fatale et il a fait « l’assist » à Di María qui lui ne s’est pas fait prier.

C’est quand même de bon augure pour 2016, la Nati se rapproche de ce qu’il faut pour aller loin dans une grande compétition…

Ouais, mais après, il faut une surprise, il faut faire un exploit, avoir l’état d’esprit qui t’amène en quarts ou en demi-finales. Il faut éliminer un grand adversaire. Aujourd’hui, il nous manque un grand exploit en phase à élimination directe. Là, on a une équipe solide, mais pas encore une grande équipe.

Pour la Suisse et cette génération, c’est l’Euro 2016 ou jamais ?

Il y a encore une grosse génération qui arrive et qui est même là avec Shaqiri, Xhaka, Seferović, Mehmedi, Drmić… ce sont de jeunes joueurs avec l’avenir devant eux.

Tu as été formé au FC Sion, c’est vrai que tu as percé avec un genou blessé ?

J’avais une fragilité au ménisque, cela m’a mis pratiquement une année entière sur le flanc. J’ai eu deux opérations d’affilée, presque trois, car il y en a une où on a essayé de me faire une suture du ménisque et cela n’a pas marché. C’était en 2004. De novembre à septembre suivant, j’ai pas joué, c’était une période blanche. J’ai gardé le cap, car j’étais décidé et prêt à affronter et me battre. J’étais conditionné pour que cela passe et j’avais besoin d’un coup de pouce du destin, d’un entraîneur qui croit en moi et je l’ai eu avec Christophe Moulin. Je savais qu’en travaillant dur, les choses arriveraient. J’ai provoqué les choses.

Tu as connu le Manchester City d’avant l’arrivée des investisseurs d’Abu Dhabi, un bon souvenir même si tu as ensuite perdu ta place ?

Ils sont arrivés sur la seconde saison. C’est un super souvenir, car j’étais jeune et je découvrais la Premier League, j’ai rencontré ma femme là-bas. C’est une belle ville, une expérience magnifique. Globalement, partout où je suis passé, j’ai gardé de bons souvenirs, car footballeur, c’est un métier formidable, pouvoir en vivre… Manchester est resté gravé dans ma mémoire, je suis content d’y avoir joué. L’ambiance en Premier League n’a pas beaucoup d’équivalents, ou peut être l’Allemagne qui n’est pas mal non plus.
Je n’ai pas de talent particulier pour les langues même si j’étais pas trop mal en cours à l’école.

Tu dis t’être plu un peu partout où tu es allé, ce qui n’est pas plus mal vu qu’entre 2009 et 2014, tu as connu sept clubs différents : Saint-Étienne, Vérone, Leicester, Udinese, Sporting Portugal, Fribourg, Sion…

Ce qu’il faut savoir, c’est que j’ai signé à Saint-Étienne en 2009 et qu’ensuite, ils ont eu des problèmes financiers suite à une mesure prise par la DNCG. Donc Saint-Étienne m’a prêté à quatre clubs différents, cela augmente le ratio très vite. Certains me demandent « cela a dû être difficile ? » Ma compagne et moi, on a pris ça avec bonheur et une grande satisfaction de pouvoir découvrir des cultures et des pays différents. Aujourd’hui, on peut partir en vacances dans des villes qu’on connaît bien, je peux faire découvrir à ma fille qui n’a plus forcément de souvenirs, car elle était trop petite. C’est du pur bonheur.

C’est plus facile quand on parle six langues comme toi…

Oui, cela m’a aidé à parler plusieurs langues…

Imaginons que le français c’est ta langue maternelle, comment tu as fait pour arriver à parler couramment six langues ?

En fait ma langue maternelle, c’est le créole, mais ensuite j’ai débarqué en Suisse (à cinq ans, ndlr) dans la partie francophone, donc j’ai appris le français. À l’école, dès 8 ans, j’ai appris l’allemand, et vu que j’étais rapidement en équipe nationale, j’ai pratiqué encore plus. Au collège, j’ai étudié l’italien, puis j’ai joué en Italie, en Angleterre, au Portugal… Cela va vite.

Il faut quand même des capacités pour maîtriser toutes ces langues, tu viens d’ajouter le créole dans la liste. On en est donc à sept langues (créole, français, allemand, italien, anglais, portugais, espagnol, ndlr)…

C’est une question d’implication et de volonté d’apprendre. Je n’ai jamais été à l’école pour apprendre certaines de ces langues, c’est le contact humain qui m’a permis de progresser. J’ai joué dans tous les grands championnats d’Europe, sauf l’Espagne. Cela n’a rien d’extraordinaire, j’ai vécu en Allemagne, en Italie, au Portugal, en Angleterre, aujourd’hui en France. Je n’ai pas de talent particulier, même si j’étais pas trop mal en cours de langues à l’école.

C’est vrai que tu es le cousin de l’international portugais Manuel Fernandes ?

Oui, on est des cousins éloignés, mais on n’a pas le temps de faire des réunions de famille, on a juste quelques branches en commun sur nos arbres généalogiques.

On te souhaite quoi pour la saison à venir ?

Beaucoup de santé.

Quelques buts importants et une place de titulaire en Nati aussi ?

Non non, la santé. C’est ça le plus important.
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Propos recueillis par Nicolas Jucha

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