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France-Espagne : une rivalité en devenir ?

La France et l’Espagne se retrouvent en demi-finales. La troisième d’affilée (après l’Euro 2024 et la Ligue des nations 2025) entre ces deux sélections qui dominent le Vieux Continent. En cas de nouvelle défaite, les Espagnols deviendraient-ils nos meilleurs ennemis ?
Le 14 juillet aura un goût particulier cette année, écrasé en outre par la canicule qui parvient même à annuler les traditionnels bals des pompiers à Paris. La fête nationale sera en effet aussi suspendue à la demi-finale entre les Bleus et les collègues de Lamine Yamal ou Pedri, qui débutera chez nous à 21 heures. Alors que les hommes de Didier Deschamps ont fini, à force de surclasser tout le monde, par acquérir le statut de favoris et d’épouvantails, un léger frisson parcourt néanmoins l’échine des supporters tricolores.
Cette Roja va-t-elle encore nous priver de nos rêves, sa spécialité depuis deux ans ? Le sélectionneur espagnol, Luis de la Fuente, l’a pointé avec malice dès la fin de la douloureuse victoire contre la Belgique : « Je suis sûr que la France est aussi inquiète que nous. N’oubliez pas que nous les avons battus lors de deux matchs consécutifs. » Avant, évidemment, de préciser, au cas où ses joueurs n’auraient pas vu le parcours des comparses de Kylian Mbappé : « Mais ce troisième match sera différent. »
L’ambiance a même été plombée par les déclarations de l’ancien Premier ministre de droite outre-Pyrénées, Mariano Rajoy : « La France dispose d’un effectif de très haut niveau, joue un excellent football (…). Cela dit, il n’y a pas de Français. » De quoi raviver la plaie des insultes racistes de la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla (cela dit des propos qui s’entendent également dans l’Hexagone chez un Éric Zemmour). Signalons malgré tout que l’actuel gouvernement de gauche à Madrid, pire cauchemar de Donald Trump, n’a rien à voir avec le délire ethnique de son prédécesseur.
L’Allemagne et l’Italie, des rivaux plus historiques
Pour en revenir au terrain et au petit monde du ballon rond, il importe de nuancer certaines angoisses légitimes. L’Espagne nous a effectivement supplantés ces derniers temps en compétitions officielles. Mais elle demeure, pour le moment encore, fort loin, dans notre histoire, des grandes rivalités précédentes. L’actuel statut dominateur des Bleus, depuis 1998, s’est construit en brisant une série de malédictions successives contre des antagonistes continentaux qui semblaient nous regarder éternellement de haut.
L’Italie en premier, dans l’ordre chronologique, vaincue d’abord en amical en 1982, puis en match officiel en 1986. Depuis 2010 (et la finale remportée en 2006), la Nazionale a disparu du paysage du football mondial. Ensuite, évidemment, l’Allemagne, une fatalité concrétisée par le traumatisme de Séville en 1982. Il faudra attendre la demi-finale en 2016 pour effacer le mauvais sort, sans que la cicatrice ne soit totalement refermée pour ceux qui ont vécu ce cauchemar. Enfin, aujourd’hui, l’Argentine, plus récemment certes, depuis 2022. L’arrogance de l’Albiceleste après un succès étriqué et les insultes racistes envers notamment le capitaine des Bleus ont nourri une amertume et une rancœur qui appellent consolation. La finale France-Argentine est donc quasiment espéré par tout le pays, presque un dû (à moins que ce ne soit l’affiche du match pour la troisième place…).
De facto, pour le moment, le duel entre la France et l’Espagne n’égale pas dans le football le mano a mano en basket où, après une élimination en quarts de finale aux Jeux olympiques de Londres 2012, un Tony Parker en feu offrit, lors de l’EuroBasket 2013, après prolongation, une place en finale libératrice. On pourrait également citer les années 2000-2010 en handball, avant que le Danemark ne devienne le pire cauchemar du règne des Experts.
La Roja comme nouvelle bête noire ?
Pour le moment, il ne s’agit que du choc entre deux grandes équipes, emmenées par d’immenses talents (Yamal vs Mbappé, ou Olise), qui règnent sur l’Europe, surtout depuis le déclin de l’Allemagne et de l’Italie (et les pannes anglaises récurrentes). Toutefois, l’histoire s’écrit sans cesse. Si l’Espagne nous écarte, et il restera à voir de quelle manière, la rancœur risque de s’installer dans le cœur des Français, à l’instar de celui des Belges après le coup de tête d’Umtiti.
Et cela d’autant plus que ces Bleus ont réussi à enjailler tout le pays, une union joyeuse aussi bien autour de leur style de jeu offensif que de leur résistance quasi gaullienne face au Paraguay. Une sélection qui impose son calendrier dans la léthargie caniculaire de juillet, y compris durant les sessions de l’Assemblée nationale. En cas de défaite, la Roja serait désormais notre meilleur ennemi, dont il faudra briser le sentiment de supériorité. Nous n’y sommes pas encore. Le foot est cependant cruel et la manière dont l’Argentine a surmonté tous les obstacles, aussi humbles soient-ils (Cap-Vert, Suisse), montre qu’il n’est pas toujours juste, voire équitable. Ces générations de Français, si gâtées depuis un soir de triomphe à Moscou, vont-elles connaître leur Séville 82 et apprendre à vivre avec la crainte d’un nouveau croquemitaine ?
Pourquoi l'Espagne est la bête noire de la France ces dernières années ?Par Nicolas Kssis-Martov














































