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Et si on jouait toute la Coupe du monde au Canada ?

Par Cyrus Mohammady--Foëx
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Et si on jouait toute la Coupe du monde au Canada ?

À moins de trois mois de la Coupe du monde 2026 en Amérique, l’heure n’est pas vraiment à la fête. Dans un contexte géopolitique explosif, et alors que les inquiétudes grandissent quant à la sécurité des joueurs et des supporters aux États-Unis comme au Mexique, difficile d’imaginer une grande fête sur le continent américain. Et si, plutôt que de s’entêter dans ce bourbier, la FIFA décidait tout simplement de délocaliser l’ensemble de la compétition au Canada ? Tentative de projection.

« L’équipe nationale d’Iran est la bienvenue à la Coupe du monde, mais je ne pense vraiment pas que la présence des joueurs soit appropriée, pour leur propre vie et leur sécurité » : à peine voilée, la menace est lancée par le président américain Donald Trump sur sa plateforme Truth Social, alors que les États-Unis bombardent l’Iran depuis la fin du mois de février. À quelques mois de la grande fête du football, c’est peu dire que l’Oncle Sam ne sait guère se rendre accueillant : à son attitude de cow-boy à l’étranger s’ajoutent des interdictions de visa de tourisme pour les supporters de quatre nations qualifiées, des coûts de sécurité exorbitants qu’une ville hôte – Foxborough, dans la banlieue de Boston, pour ne pas la nommer – refuse d’assumer, des subventions fédérales bloquées, sans oublier les craintes autour de la présence de l’ICE, la police de l’immigration, coupable du meurtre de deux manifestants à Minneapolis en janvier dernier.

Tout de même bien décidée à participer au Mondial, la fédération iranienne affirme négocier avec la FIFA pour déplacer ses matchs au Mexique. On aurait presque envie de la suivre, sauf que de ce côté-là du continent, la situation n’est pas nécessairement plus tranquille : fin février, le pays a été plongé dans une flambée de violences à la suite de la mort de Nemesio Oseguera Cervantes, dit El Mencho, chef d’un important cartel de drogue. Face à l’inquiétude de la FIFA, les autorités mexicaines ont annoncé déployer 100 000 agents de sécurité pendant la compétition. Sans vraiment dissiper les craintes pour autant.

L’herbe est plus verte au nord

Et pendant ce temps-là, tout va pour le mieux au Canada. C’est vrai, le printemps se fait un peu attendre cette année et les dernières neiges tardent à fondre, mais enfin, rien de dramatique. Alors, quoi de mieux que ce havre de paix, entre immenses lacs et forêts à perte de vue, pour enfin enchanter cette cuvée 2026 du Mondial ? Les Jeux olympiques 1976 ou la Coupe du monde féminine 2015 l’ont prouvé, le Canada sait très bien se débrouiller tout seul pour organiser une grande compétition.

Les infrastructures ? Le pays du sirop d’érable en compte un tas, qui ne demandent qu’à être utilisées. Allons, jetons aux oubliettes ces affreux Mercedes-Benz Stadium et Lincoln Financial Field qui ne s’illustrent que par leur impersonnalité, pour s’émerveiller un instant devant les enceintes canadiennes. Au-delà de la BC Place de Vancouver et du BMO Field de Toronto (déjà bookés par la FIFA), attardez-vous sur le vertigineux stade olympique de Montréal, petit bijou d’architecture moderne conçu par Roger Taillibert, également auteur du Parc des Princes. Avec sa forme futuriste et son immense tour inclinée, la plus haute du monde, l’écrin olympique satisfera largement les rêves de grandeur de Gianni Infantino pour accueillir la finale. Concernant les autres rencontres à élimination directe, le Canada a aussi de sérieux arguments : qu’il s’agisse de l’aérien Princess Auto Stadium de Winnipeg, du sympathique Commonwealth Stadium d’Edmonton ou du Rogers Centre de Toronto, tout en rondeur et offrant une vue imprenable sur la tour CN, ces stades sauront imprimer leur caractère propre au Mondial canadien.

Comme un supporter croate dans l’eau.
Comme un supporter croate dans l’eau.

Et puis, quoi de mieux pour une Coupe du monde à 48 participants et 104 matchs que de varier un poil les échelles ? Plutôt que de prendre le risque de voir d’obscurs matchs de poule sonner creux comme en Russie ou au Qatar, il suffit de les organiser dans des enceintes plus petites. Là encore, le Canada sait y faire. Tenez, à quelques pas du gargantuesque stade olympique, voici le stade Percival-Molson de Montréal. Propriété de l’université McGill, nichée au pied du mont Royal, l’enceinte est constituée de deux grandes tribunes face à face, pouvant accueillir jusqu’à 25 000 spectateurs. Et voici qu’un anonyme Paraguay-Australie de début de soirée devient le cœur d’un magnifique chaudron, sous l’œil bienveillant de la colline québécoise.

Imagine all the people

Pas tout à fait convaincu·e par le tableau ? Fermez les yeux et laissez-vous simplement guider. Calgary, un après-midi de fin juin. C’est l’heure du goûter et de la mi-temps entre la Côte d’Ivoire et Curaçao. Les milliers de supporters ivoiriens, tout heureux du triomphe de leur équipe après ces 45 premières minutes, profitent du soleil de l’Alberta, assis en rang d’oignon dans les travées du McMahon Stadium. Pour eux comme pour tant d’autres, les interdictions de visa de tourisme ne sont plus qu’un lointain souvenir.

Tout près de là, quelques badauds discutent tranquillement avec les agents de sécurité postés devant l’enceinte. Nulle ICE dans les parages, la conversation est chaleureuse et tourne rapidement à la rigolade. Non, ces cinq passants ne sont pas arrivés en retard pour le match, ils cherchent simplement la fan zone locale pour y boire un coup. L’un des hommes en uniforme montre la direction, il suffit de prendre la prochaine à droite, puis marcher cinq minutes, et voici enfin le petit paradis mercantile made in FIFA, que la ville a su installer en un rien de temps grâce aux généreuses subventions accordées par le gouvernement de Mark Carney. Le soir, ils seront sans doute nombreux à se poster devant l’écran géant pour assister à la rencontre entre la Tunisie et les Pays-Bas, décisive pour la qualification.

De l’autre côté de la frontière, Donald Trump est lui aussi d’une humeur rayonnante. Depuis que le Mondial lui a été retiré à la suite d’un éclair de lucidité toujours inexpliqué de Gianni Infantino, le président américain s’est mis en tête d’organiser sa propre compétition. Pour participer à cette « Big One Beautiful Cup », le ticket d’entrée est cher, un milliard de dollars tout rond, mais c’est la condition pour espérer affronter les États-Unis en finale. À vrai dire, les candidats ne se sont pas pressés au portillon, mais à la suite de quelques menaces bien senties sur les droits de douane, l’Indonésie, I’Azerbaïdjan, Israël et quelques émirats du Golfe ont finalement consenti à participer. Et comme en NBA, le vainqueur aura même droit à sa bague toute d’or et de diamants. Accompagnée de la mention « World Champion », évidemment.

Petite rechute pour un cadre du Bayern Munich

Par Cyrus Mohammady--Foëx

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