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Jannik Sinner, le football en fond de court

Par Tristan Pubert

Éliminé en demi-finales de Roland-Garros par le vainqueur Carlos Alcaraz, Jannik Sinner est devenu le nouveau numéro un mondial, une première pour un tennisman italien. Si aujourd’hui, c’est avec une raquette en main qu’il s’illustre, Sinner a aussi fait parler de lui durant sa jeunesse pour ses prouesses balle au pied.

Jannik Sinner, le football en fond de court

Pendant plus de quatre heures, sur le court Philippe-Chatrier, Jannik Sinner est passé par toutes les émotions face à Carlos Alcaraz. Auteur d’un prodigieux premier set, le nouveau numéro un mondial à l’ATP pensait pouvoir remporter cette bataille face à l’Espagnol et ainsi décrocher son premier ticket pour la finale des Internationaux de France. Mais Sinner n’est pas parvenu à sanctionner les failles du futur vainqueur de Roland-Garros, pas aidé non plus par ses quelques pépins physiques. Malgré cette élimination face au Merengue (Alcaraz est un supporter du Real Madrid), le natif de San Candido est désormais le nouveau numéro un mondial, à 22 ans. Une première pour un Italien, dans un pays qui ne jure d’habitude que par le calcio. Ça tombe bien : Jannik a lui aussi une histoire particulière avec le ballon rond.

Numéro 10 dans l’âme

C’est au pied du Monte Elmo et à une vingtaine de kilomètres de la frontière autrichienne, dans la petite bourgade de Sesto, que Jannik Sinner grandit. Dans cette région montagneuse, il est naturel de se passionner pour le ski. Le « Fox » est un fondu de sport et cumule glisse, tennis et football. À six ans, le jeune Jannik prend une licence de football au club de la ville, l’AFC Sexten (Sesto en allemand, NDLR). Et très vite, ses qualités balle au pied ne laissent pas insensibles ses éducateurs. « Il était vraiment talentueux, doué techniquement et au-dessus de la moyenne », rembobine Wolfram Egarter. L’ancien président du club, qui a également tapé dans la balle avec le père Sinner, se souvient d’un joueur en avance sur les autres : « Il était au-dessus de ses coéquipiers, pas seulement grâce à ses qualités techniques, mais grâce aussi à sa maturité. C’était un enfant en avance, ambitieux et qui cherchait toujours à s’améliorer. Je me souviens qu’il écoutait très attentivement les consignes et passait des heures après les entraînements à faire des coups francs. »

Cheveux longs et blond vénitien, chaussettes à mi-hauteur, numéro 10 dans le dos, Jannik Sinner ne laisse personne indifférent. « Il était à l’aise des deux pieds, chose rare, avait une excellente vision de jeu et était capable aussi bien de marquer que de faire marquer », se remémore son ancien président et éducateur, le sourire aux lèvres. Un jeune prometteur, mais qui décide à ses 13 piges de délaisser le football (et le ski) pour se focaliser uniquement sur la balle jaune. Pour la réussite que l’on connaît. Mais alors, aurait-il pu vraiment faire carrière dans le foot ? « Pour ça, il aurait dû quitter Sesto, rejoindre une académie. Finalement, le tennis a eu le dernier mot », avance Wolfram Egarter. « J’ai beaucoup réfléchi sur ce choix, je me souviens qu’il n’était pas simple. J’ai choisi d’arrêter le football, car, même si j’adorais les sports collectifs, c’était difficile pour moi de faire la différence. Je ne pouvais pas montrer ma véritable personnalité », se remémore Sinner.

J’ai tout de suite accroché à sa personnalité, cela m’a plu, car Ibrahimović n’est pas un simple footballeur, il dépasse ce cadre.

Jannik Sinner

Malgré les années, les succès et la célébrité, le ragazzo reste toujours attaché à Sesto, aux alentours duquel ses parents vivent toujours, et naturellement à l’AFC Sexten. « Dès qu’il le peut, il vient nous dire bonjour, soit à l’entraînement, soit lors d’un match. Cela arrive deux à trois fois par an  », précise Wolfram Egarter. Exemple en novembre 2021, lorsque le numéro un mondial avait profité d’un break pour encourager ses anciens coéquipiers et s’était même rendu dans les vestiaires à la fin de la rencontre pour les féliciter. « Je pense qu’il a gardé cette connexion aussi car la majorité de ses anciens coéquipiers en jeunes ont continué le football chez nous et sont toujours proches de lui », argumente l’ancien président de l’AFC Sexten.

L’AC et les aces

La balle jaune donc. Si le jeune Jannik a du potentiel balle au pied, raquette en main, le level est supérieur. Sur les courts, le surdoué à la chevelure soyeuse explose la concurrence et comprend alors que Sesto est désormais trop petit pour son talent. À 13 balais, juste après avoir mis un terme à sa carrière de footballeur, Sinner traverse la Botte d’est en ouest et rallie la ville de Bordighera, en Ligurie. Il intègre alors la prestigieuse académie d’un certain Riccardo Piatti, qui deviendra ensuite son entraîneur (jusqu’en février 2022). Jannik Sinner se lève, mange et rêve tennis, mais continue à entretenir la flamme avec son amour de jeunesse, le football, grâce à l’un de ses compagnons de chambre. Et ce dernier va le convertir à la secte rossonera, comme l’explique Sinner dans une interview au Corriere della Sera : « Je n’avais pas forcément d’équipe favorite à ce moment-là, mais lui était un vrai fan du Milan. Il regardait les matchs et ne faisait que m’en parler. Il m’a transmis son amour pour le club, et je suis alors devenu supporter. » Bien qu’à ce moment-là (2014-2015), les Rossoneri traversent une sombre période sportive, Sinner se prend de passion pour l’histoire de l’AC Milan et notamment pour Zlatan Ibrahimović. « J’ai tout de suite accroché à sa personnalité, cela m’a plu, car Ibrahimović n’est pas un simple footballeur, il dépasse ce cadre », expliquait-il des années plus tard.

Véritable tifoso du Milan, Sinner n’a jamais caché son amour pour le club septuple vainqueur de la Ligue des champions et se rend régulièrement à San Siro pour soutenir la bande de Maignan. Preuve de cet amour, lors de l’ATP de Rome en mai 2022, Sinner s’impose en seizièmes de finale face à Fabio Fognini, supporter de l’Inter et en profite pour signer la caméra d’un « Forza Milan ! » Vendredi dernier, lors de la confrontation face à Carlos Alcaraz, Ruben Loftus-Cheek a même profité de son escapade parisienne pour venir soutenir le plus célèbre des tifosi milanais. Une histoire d’amour qui a néanmoins connu un léger accroc il y a un mois, lorsque Sinner – pour soigner une inflammation – s’est rendu au centre médical de la Juve. Alors, supporters milanais, on pardonne ou pas ?

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Par Tristan Pubert

Propos de Wolfram Egarter recueillis par TP.

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