- Mondial 2026
- Finale
- Espagne-Argentine (1-0, a.p.)
Oui, Paris a vibré pour l’Argentine

Depuis 2022 et la finale de la Coupe du monde, l’amitié entre la France et l’Argentine semblait définitivement impossible. Pourtant, dimanche soir, de nombreux supporters de l’Albiceleste se sont rassemblés au Volver, mythique restaurant argentin de la capitale parisienne. Authentiques aficionados de la Scaloneta ou simples Messix ? Récit d’une soirée à double tranchant...
Ce petit coin d’Argentine en terre hostile est paradoxalement facile à trouver. À vrai dire, la rue Dauphine, où se trouve notre point de rendez-vous, saute très vite aux yeux par ses nuances de ciel et de blanc, qui semblent transformer ce coin huppé du sixième arrondissement parisien en un passage du mythique quartier de San Telmo, à Buenos Aires. D’autant plus que l’Île de la Cité et le boulevard Saint-Germain, qui entourent la rue, sont mêlés de touristes qui s’amusent à compter les vitraux de Notre-Dame et de quelques Parisiens qui profitent des températures agréables pour trinquer en terrasse. Autrement dit, on n’aurait pas pu rater la terrasse du Volver.
« Le corazón et la pasión » LV2
Le restaurant est vite investi par une armée d’Argentins, qui arrivent tous plus tôt les uns que les autres pour vivre cette finale de la Coupe du monde entre l’Espagne et l’Argentine. Résultat, dès 19 heures, la salle est pleine. Lonny, Argentin de par sa mère et habitué du restaurant, le certifie : « Pendant la Coupe du monde, le Volver était le point de rassemblement de tous les Argentins de Paris. » Une manière, pour celui qui supporte Boca et qui « n’avait pas pu choisir entre la France et l’Argentine en 2022 », de « célébrer la Scaloneta avec le corazón et la pasión ». L’intérieur exigu et sombre du restaurant contraste avec la réputation d’un endroit qui fait partie des carnets d’adresses des joueurs du PSG et qui a souvent accueilli les repas des Sud-Américains du club de la capitale, comme en témoignent les nombreux maillots argentins signés et accrochés au mur. Mais ce soir, les stars sont sur les trois petits écrans répartis à la va-vite sur la façade du restaurant, pour déborder jusqu’à la calle et ainsi bloquer toute circulation. Pour Lonny, tout est clair : « L’Argentine va gagner 2-0, qu’importe la manière. »

À quelques minutes du coup d’envoi, l’ambiance monte d’un cran et enveloppe de chants à la gloire de Léo Messi toute la rue Dauphine, qui commence également à se couvrir de maillots du Barça, du Pérou, du Paraguay, et même de la France. L’occasion de découvrir que bon nombre des convives du soir n’ont découvert l’endroit que récemment, sur les réseaux sociaux. Abdallah, fan absolu de Lionel Messi, dont il collectionne les maillots depuis tout petit, défend « le foot qui [le] fait kiffer » et partage également n’être venu devant le Volver qu’après « avoir découvert le restaurant sur TikTok. » Bref, un mélange assez fou entre des aficionados de toujours de l’Albiceleste, issus de la diaspora argentine de Paris, et des supporters de dernière minute. Résultat, l’apparition de Messi sur les compositions entraîne la foule à scander mécaniquement le traditionnel « Messi, Messi, Messi ». L’hymne argentin, lui, ne sera repris en chœur que par une petite partie du public, ceux du niveau expert. En arrière-plan, une énorme affiche lie Messi et Maradona sur un fond bleu, comme un symbole, comme un cliché aussi.
Dibu, c’est l’heure
Pourtant les idoles argentines ne pourront rien contre les vagues de la Roja qui déferlent sur les cages d’Émiliano Martinez, transformant vite le gardien d’Aston Villa en homme providentiel de la soirée. Rapidement, les « Dibuuuu, Dibuuuu, Dibuuuu » volent la vedette à un Messi invisible. Si le match ne semble toujours pas lancé au terme d’une première mi-temps pas digne d’une finale de Coupe du monde, Pierre, supporter argentin d’un soir, se dit « déçu mais pas surpris » et assure que, de toute façon, « l’Argentine finira par gagner ». La foule, elle, ne semble pas plus gênée que ça par le non-match de la Scaloneta et continue à chanter, en vain.

À la volée, un journaliste trop ambitieux avec un flash trop violent se prend même des « hijo de puta ». Une manière aussi d’entretenir cette image de sales gosses, à l’insulte facile et à la réputation sulfureuse. Tant d’étiquettes que certains et certaines tentent de décoller difficilement, notamment la plus corrosive : le racisme. C’est ainsi que pour Lucia, se présentant comme une « journaliste argentine indépendante », tout ceci ne serait « qu’une simple construction des réseaux sociaux et le résultat des différences culturelles qui existent entre l’Argentine et la France », un pays où « où on ne peut plus rien dire. » Pour elle, les chants racistes envers les joueurs de l’équipe de France repris par certains membres de l’Albiceleste après la finale de 2022 « étaient seulement le signe que cette équipe a du cœur ». Cela restera à démontrer.
Passé la première mi-temps et les arrêts de Dibu, le concert de Justin Bieber et l’interminable attente avant la reprise du match sont couverts par des « Por la última de Leo » repris en chœur par tous. La « última » ne se passera pas forcément comme prévu. L’âpreté du jeu a déjà eu raison de l’attention de certains, et Ferran Torres vient doucher l’Argentine à la 116e minute pour reconnecter tout le monde. Les dernières vagues d’une Argentine réduite à dix gonflent d’espoir certains et certaines, dont les yeux brillent à chaque offensive. Le miracle ne se reproduira pas : les trois coups de sifflet finaux de l’arbitre slovène éteignent la rue Dauphine et le drapeau argentin qui flottait dans l’air parisien depuis 17 heures est replié.

Par Arsène Belgodère-Soria, à Paris
Photos et propos recueillis par ABS.













































