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On a regardé un match de l'Iran dans un bunker

Situé à plus de 65 mètres sous terre, le Bunker 42, qui siège dans le quartier Taganskaïa de Moscou, est un ancien poste de communication militaire transformé en musée de la Guerre froide. C'est aussi un restaurant de qualité où l'on diffuse des matchs de la Coupe du monde, comme l'Espagne-Iran de mercredi soir. Et c'est dans cet établissement qu'il faut mettre les pieds si l'on veut croiser une ancienne légende des Jeux olympiques d'Atlanta 1996.

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Le 4 juin dernier, moins d’un mois après l’annonce par Donald Trump du retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, la république islamique annonçait sa volonté d’accroître son nombre de centrifugeuses, et ainsi augmenter sa capacité d’enrichissement d’uranium. Le tout afin d’anticiper un éventuel effondrement de cet accord décroché de haute lutte par les USA de Barack Obama et l’Union européenne en 2015. Traduction : alors que la situation a l’air de se calmer du côté de la Corée du Nord, la grande guerre nucléaire qui va raser la surface de la planète terre devrait donc se déclencher du côté de l’Iran. Et quoi de mieux pour les États-Unis que de profiter d’un match de Coupe du monde, au moment où tout le monde est devant sa télévision, pour lancer les hostilités ? Mercredi, alors que l’Iran s’apprêtait à affronter l’Espagne pour son deuxième match de la compétition, il s’avérait donc urgent de trouver un abri anti-atomique où regarder la rencontre en toute décontraction. Et cela tombe bien puisque la Russie, qui a eu quelques années pour se préparer à une guerre nucléaire depuis le début de la Guerre froide, a tout ce qu’il faut.

Truite à la sibérienne et Kalashnikov


Le meilleur spot, cependant, se situe dans le quartier de Taganka, à Moscou. Dans la rue Cinquième Kotelnicheski, on le repère à sa lourde porte en fer verte frappée d’une étoile rouge. Ensuite, il faut sonner, entrer, suivre un homme en costume qui indique un ascenseur, puis descendre à 65 mètres sous la surface. Ici se trouve le Bunker 42, « seul bâtiment militaire déclassifié de Russie » , dit la publicité. Construit au début des années 1950 pour protéger Staline et le reste du Politburo en cas d’attaque nucléaire américaine, l’abri a fonctionné jusqu’en 1986, lorsqu'il a été abandonné, car plus suffisamment résistant pour les bombes atomiques modernes. Depuis, le Bunker 42 est devenu un musée faisant son beurre sur la nostalgie de la Guerre froide, avec des excursions intitulées « Russie soviétique » , « Crise des missiles de Cuba » , ou une autre ouverte aux plus de 8 ans qui permet d’apprendre à monter et démonter une Kalashnikov.




Mais puisque cette activité ne suffisait pas et qu’ils avaient la place, les gérants du Bunker 42 ont également décidé d’installer sous terre une salle de conférence et un... restaurant. Ici, on peut goûter les plats préférés de Staline (la truite à la sibérienne), Béria (le poulet tabaka) ou encore Andropov (la langue de bœuf à la sauce forestière). Le tout est servi dans une très grande salle voutée aux murs de béton qui laissent passer le bruit sourd du métro à intervalles réguliers. Une moquette rouge bariolée, une scène surmontée d’une grande étoile et un éclairage de vieille discothèque peaufinent l’atmosphère surréaliste des lieux, où les téléphones portables sont inutiles. En revanche, les tenanciers ont eu la bonne idée d’accrocher de nombreux écrans aux parois entourant les tables de verre, afin que les clients puissent suivre tous les matchs de la Coupe du monde sans encombre.


La légende Joe Spiteri


C’est ce qu’ont choisi de faire les deux quadragénaires installés sur un large canapé rouge en daim en face du grand écran qui diffuse Iran-Espagne. Joe Spiteri et son cousin bruyant, qui se présente comme un « homme d’affaires prospère » , sont les deux seuls clients au coup d’envoi. Ils ont fini leurs bières, commandent un cocktail et un whisky. Arrivés à Moscou il y a une semaine, ces deux amoureux de la nuit ont fait du Bunker 42 leur QG pour suivre le Mondial entre les matchs des Socceroos. Les propriétaires de l’établissement ne savent sûrement pas que Joe Spiteri n’est pas n’importe qui. International australien entre 1995 et 1997 (8 sélections, 2 buts) passé notamment par les championnats écossais, autrichien, belge et suédois, Spiteri a beau avoir traversé sa carrière dans l’ombre de Mark Viduka, son CV parle tout de même pour lui. « J’ai fait les Jeux olympiques d’Atlanta ! On a même joué contre la France. On a perdu 2-0 (buts de Robert Pirès et de Florian Maurice, présence sur la feuille de match de Bonnissel, Dhorasoo et Legwinsky, entre autres, N.D.L.R.). Puis on a perdu 3-2 contre l’Espagne. On mène 2-0, le coach me sort – moi l’avant-centre ! – à la 36e minute pour faire entrer un défenseur et préserver le score. Finalement, on perd 3-2 avec un doublé de Raúl... » À l’inverse de Shaquille O’Neal, Andre Agassi, Jean-Pierre Amat ou Jay-Jay Okocha, Spiteri n’a donc pas eu la chance de repartir de ces Olympiades avec une médaille d’or. À 45 ans, devenu éducateur, celui qui célébrait ses buts en Europe en imitant le kangourou n’a pas pu s’empêcher de sauter sur le bon plan que constitue le Bunker 42. « C’est un endroit parfait, s’enthousiasme son cousin. On peut voir les matchs tranquille, boire sa bière. En une semaine, nous sommes devenus des habitués. »

Vidéo

Aux alentours de la demi-heure de jeu, l’endroit s’anime enfin. Un couple, d’abord, dont l’homme, en maillot de la Colombie, se fait photographier sur la scène à côté de la grande étoile rouge. Puis quatre spectateurs chinois, Fan ID autour du cou. Et une table de six, trois jeunes filles, trois jeunes hommes, qui s’assoient du côté de la table où l’on peut voir le match avant de commander à manger et une bouteille de vin rouge. Enfin, un autre couple. Femme russe, homme argentin, drapeau autour du cou, ils vivent à Sydney et sympathisent donc avec Joe Spiteri et son cousin. La clientèle oscille entre la salle du restaurant et le fumoir, au décor très Guerre froide, avec son bar particulier et ses fauteuils aux courbes 60’s. Lorsqu’ils sont là, les clients sont clairement pro-iraniens. Un message fort envoyé à Donald Trump, sans aucun doute. Lorsque l’Espagne ouvre le score, un souffle de déception refroidit le bunker. Quand l’Iran égalise, une explosion de joie fait imploser l’endroit, avant que le champignon atomique ne retombe comme un soufflé lorsque l’arbitre annule le but.


Au coup de sifflet final, les serveurs, vêtus d’uniformes aussi soviétiques que leurs expressions faciales, font comprendre à tout ce petit monde qu’il faut songer à partir. Plus de protection contre la guerre nucléaire qui vaille après 23h. L’homme au maillot de la Colombie, qui s’endormait sur sa banquette de velours, est le premier à lever le camp avec sa compagne, suivi des quatre fans chinois. Joe Spiteri, lui, n’a pas l’air d’avoir envie de bouger. Lui et son cousin ont été rejoints par deux amis australiens et une jeune Russe de 21 ans. « Nous avons ramené tous les commentateurs australiens ici, même Craig Moore, se marre le cousin. Mais là on doit y aller, on a un avion demain à 7h du matin pour Samara, où l’Australie joue contre le Danemark. » Il traîne difficilement Joe vers l’ascenseur. Près de la sortie du restaurant, sur un mur présentant des photos des personnalités passées par là, on aperçoit le sourire de Samy Naceri. « Allez, les Frenchies, il faut battre le Pérou et nous aider à nous qualifier, je sais que vous pouvez le faire » , tonne Spiteri en s’engouffrant dans le métro pour rejoindre son hôtel. Jeudi après-midi, après le match nul de l’Australie, ils sont revenus directement à Moscou. Pas question de manquer une soirée au Bunker 42.



Par Matthieu Pécot et Thomas Pitrel, à Moscou
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