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Une troisième Coupe d’Europe, d’accord, mais pour quoi faire ?

Par Adrien Candau
Une troisième Coupe d’Europe, d’accord, mais pour quoi faire ?

Après avoir soutenu l'instauration de la dernière réforme du format de la C1, l'Association européenne des clubs (ECA) et son président Andrea Agnelli ont annoncé que l'UEFA allait valider la création d' une troisième Coupe d'Europe des clubs, dont la première édition serait prévue pour la saison 2021-2022. Signe que l'influence de l'ECA sur le football continental n'a probablement pas fini de grandir.

À l’écouter, c’est comme si l’affaire était déjà dans le sac. Ce lundi 11 septembre, à Split, lors de l’assemblée générale de l’Association européenne des clubs (ECA), l’organisme qui représente les intérêts des clubs européens, Andrea Agnelli y est allé de sa grande annonce : « Le feu vert a été donné à la création d’une troisième compétition européenne de clubs, portant à 96 le nombre total de clubs participant aux compétitions, à partir de la saison 2021-2022. » Le président de l’ECA peut parader : si le comité exécutif de l’UEFA doit encore voter la validation effective de cette compétition, l’initiative semble bien partie pour aboutir. Une victoire, une de plus, pour Agnelli et l’ECA, qui n’en finissent plus de remodeler l’Europe des clubs.

La troisième coupe est pleine

Encore faut-il se demander pourquoi Agnelli et l’ECA ont milité en faveur de la création d’une troisième compétition de clubs européenne. Depuis 1999 et la suppression de la Coupe des coupes, la Ligue des champions et la Ligue Europa sont les seuls théâtres d’affrontements entre les formations du continent. Si l’on dispose encore de peu d’informations sur cette nouvelle épreuve, on sait qu’elle devrait réunir 32 équipes. Comme la C1. Ce qui devrait réduire le nombre de participants à la C3 de 48 équipes à 32, les seize places supprimées étant allouées à la nouvelle compétition de l’UEFA.

Cette dernière devrait probablement faire office de troisième division européenne et se classer un cran en dessous de la Ligue Europa, tant en matière de niveau que de prestige. À première vue, le projet a du bon, puisqu’il permettra à plus d’équipes d’évoluer à l’échelon continental : de 80 formations disputant la C1 et la C3, on évoluera donc vers 96 équipes réparties dans trois compétitions européennes. Mais ce changement pourrait aussi générer ses propres effets pervers : cela demande encore confirmation, mais en réduisant le nombre de participants disputant la Ligue Europa, cette nouvelle épreuve pourrait reléguer les clubs les plus modestes de l’actuelle C3, ceux souvent issus des plus petites nations, vers ce tournoi de troisième rang. Schématiquement, la nouvelle épreuve contribuerait donc probablement à segmenter encore un peu plus un football européen où le mélange des genres a de moins en moins sa place.

Pas forcément étonnant, au regard de la politique de l’Association européenne des clubs depuis quelques années. Agnelli, qui a pris la présidence de l’ECA en 2017, prolonge en effet avec succès la ligne promue par son prédécesseur, Karl-Heinz Rummenigge. Ce dernier et le président de la Juventus avaient notamment intégré le comité exécutif de l’UEFA en 2015, attestant ainsi de l’influence grandissante de l’ECA au sein de la direction du football européen. En parallèle, Rummenigge ne s’était pas privé de faire planer sur l’UEFA la menace de la création d’une ligue fermée réservée aux clubs de l’élite continentale. Probablement de quoi pousser l’instance européenne à accélérer sa réforme de la C1, votée à l’été 2016. Une mini révolution très avantageuse à l’égard des clubs des quatre grands championnats européens, qui représentent désormais à eux seuls 16 des 32 formations de la compétition.

« Nous voulons tous plus de matchs européens et moins de rencontres domestiques »

Agnelli et l’ECA n’ont par ailleurs pas prévu de s’arrêter en si bon chemin. Outre la probable création de cette nouvelle compétition européenne, qui devrait peut-être participer à ce que les plus petits clubs s’affrontent entre eux sans empiéter sur les plates-bandes des grands, le propriétaire de la Juventus a annoncé en mai dernier plancher sur une réforme d’envergure de la Ligue des champions. L’idée ? Transformer la phase de poules de la C1 en quatre groupes de huit équipes, au lieu de huit groupes de quatre équipes, comme c’est le cas aujourd’hui. De quoi augmenter radicalement le nombre de matchs disputés : chaque club jouerait ainsi 14 matchs en phase de groupes, contre six actuellement. Un calendrier européen très copieux, qui pourrait s’accompagner d’une réduction du nombre de matchs disputés dans les championnats nationaux. C’est en tout cas l’objectif revendiqué par Agnelli : « Nous voulons tous plus de matchs européens et moins de rencontres domestiques… Nous voulons tous plus d’exposition internationale pour développer nos marques. Aujourd’hui, tout tourne autour de cet enjeu-là. »

Plus de matchs, donc plus de droits TV, d’exposition médiatique et de retombées en produits dérivés pour les géants européens. Un cercle vertueux duquel seront exclus les clubs de dimension inférieure et qui pourrait potentiellement contribuer à figer les positions dominantes des formations et championnats majeurs. Une Ligue des champions 2.0 qui, à en croire Agnelli, reste encore très hypothétique : « Tout ça relève toujours du brainstorming, il n’y a pas encore de projet concret pour le moment. » Reste que le grand manitou de la Juve peut avoir de solides raisons de croire dur comme fer à l’initiative : au vu de ses précédents succès à la tête de l’ECA, il ne faudrait sans doute pas s’étonner de voir l’ensemble prendre un tour autrement plus concret dans les années à venir.

Par Adrien Candau

Tous propos issus du Guardian et de L’Équipe.fr

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