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Les entraîneurs argentins au calme comme le Che

Par Sara Menai
Les entraîneurs argentins au calme comme le Che

On connaît d'ores et déjà la nationalité du sélectionneur qui brandira la Copa América ce soir : il sera argentin. Au-delà même de la jolie place en finale de l'Albiceleste, cette 44e édition de la Copa América aura su consacrer l'école des entraîneurs argentins.

Qu’il fait bon d’être argentin dans le monde du foot. Jorge Sampaoli, Ricardo Gareca, Gerardo « Tata » Martino, Ramón Díaz… Dès les demi-finales entre le Chili et Pérou, puis entre l’Argentine et le Paraguay, et avec quatre représentants dans le dernier carré, on a été témoin de la suprématie des techniciens argentins sur le continent. Ce samedi soir, l’un d’eux succédera à Alfio Basile, le dernier Argentin à avoir remporté la Copa América, en 1993, à la tête de… l’Argentine. « C’est une fierté énorme, c’est très bien pour le peuple argentin » , a déclaré Ramón Díaz, l’entraîneur des « Guaranis » paraguayens. La popularité des techniciens argentins en Amérique du Sud et même en Europe, à l’image de Diego Simeone à l’Atlético Madrid ou de Marcelo Bielsa à Marseille, ne date pas d’hier, mais elle a atteint une dimension inédite lors de cette Copa América : six des douze sélections en lice étaient dirigées par un Argentin.

Capacité d’adaptation, l’Argentin s’exporte bien

Dès 1921, pour la première participation du Paraguay en Copa América, c’est José Laguna, un Argentin, qui dirige la sélection. Lors de l’édition 1989, les Paraguayens étaient encore une fois entraînés par un Argentin, Eduardo Manera, ainsi que les Vénézuéliens avec à leur tête Horacio Moreno. Avec Carlos Bilardo à la tête de l’Albiceleste, cela en faisait déjà trois. Même chose en 2011 quand Quinteros dirigeait la Bolivie, Martino le Paraguay et Sergio Batista l’équipe nationale. Aujourd’hui, en 2015, on compterait au total plus d’une centaine d’entraîneurs argentins à travers la planète : de Marcelo Gallardo (River Plate) à Héctor Cúper (Égypte) en passant par Esteban Becker (Guinée équatoriale). Récemment, on a même vu des directeurs techniques argentins aller officier en Asie et au Moyen-Orient, où clubs et fédérations nationales investissent beaucoup pour les faire venir.

Mais à quand remonte donc cet engouement pour les entraîneurs argentins dans les championnats étrangers ? À vrai dire, il prend forme à la fin des années 1950. Celui qui ouvre la voix, c’est Luis Carniglia. Le coach sera en effet champion d’Espagne et double vainqueur de la Ligue des champions avec le Real Madrid (1958, 1959). Il sera rapidement imité par Helenio Herrera, qui va donner ses lettres de noblesse à l’Inter Milan en remportant les deux premières Ligue des champions de l’histoire du club (1964, 1965). La carrière d’entraîneur de l’ancien défenseur du Red Star a par la suite continué son ascension puisqu’Herrera a également connu le succès en Liga avec le FC Barcelone ou encore l’Atlético Madrid. Plus de 15 trophées au total pour lui. Autant de titres majeurs qui ont contribué à rapidement forger la réputation des techniciens argentins sur la scène internationale.

Être argentin, un gage de succès par nature ?

Très tôt, les entraîneurs argentins ont profité de la professionnalisation de leur championnat. C’est dès la fin du XIXe siècle et par la capitale, Buenos Aires, que le football est introduit en Amérique du Sud. Le championnat argentin voit le jour dès 1891, tandis que la Fédération argentine de football, l’AFA, naît deux ans après, en 1893. À titre de comparaison, le « Brasileirão » , le championnat brésilien, n’a lui vu le jour qu’en 1959. L’Argentine s’est donc placée en précurseur du football mondial, en se dotant de structures professionnelles bien avant de nombreux pays, sud-américains et européens confondus d’ailleurs.

Autre élément à prendre en compte, l’instabilité de la Primera. Les entraîneurs argentins se forment dans un championnat terriblement compétitif qui force à l’adaptation. Lorsqu’un coach ne comble pas les attentes du début de saison, il est rapidement remercié, après quatre ou cinq matchs seulement. Ce jeu de chaises musicales permanent permet l’émergence de nouveaux techniciens, parfois très jeunes pour occuper la fonction. C’est le cas pour Marcelo Gallardo, 39 ans, entraîneur de River Plate, comme ça l’est pour son rival, Rodolfo Arruabarrena, coach de Boca Juniors au même âge. Le club d’Estudiantes a fait encore mieux en confiant son équipe à Gabriel Milito, jeune novice de 34 ans seulement. Cette nouvelle génération d’entraîneurs argentins espère alors marcher sur les traces du « vieux » (tout est relatif…) Diego Simeone, 45 ans et leader charismatique des Colchoneros.

Identité de jeu ou « Bielsisme » assumé

Cette saison, en Ligue 1, on retiendra la petite révolution Bielsa. « El Loco » a su imprimer sa marque de fabrique, imposer sa philosophie, bien différente de celles des grosses écuries de Ligue 1. Bielsa no se va, ce véritable cri d’amour des supporters phocéens à l’égard de leur entraîneur, c’est la devise qui a résonné toute la saison au Vélodrome. Comment, en si peu de temps, l’Argentin Marcelo Bielsa a-t-il réussi à s’imposer dans le cœur des supporters français ? Plusieurs raisons. D’abord, par son style. Ses fiches bristol, ses joggings, sa glacière… Bielsa est un personnage à part entière, inimitable. Ensuite, son humanisme. Il n’y a qu’à regarder son staff (un préparateur physique belge au parcours incertain, un bénévole devenu traducteur, un ancien épicier) pour comprendre que l’Argentin fonctionne plus à l’affect qu’aux compétences inscrites sur CV. Enfin, sa méthode de travail. Bielsa donne sa chance à tout le monde, mais impose surtout des entraînements uniques en leur genre : exercices sans ballon, fastidieuses séances vidéos collectives et, on le sait, une obsession pour le jeu offensif et le « beau jeu » .

Forcément, un tel personnage a fait des émules. « Je m’identifie à Bielsa » , assure Jorge Sampaoli, sélectionneur du Chili, fidèle parmi les fidèles à la philosophie offensive bielsienne. Une philosophie qui a permis à ses « kamikazes » , le surnom qu’il a donné à ses joueurs, de signer treize buts depuis le début de la Copa América 2015. Rien que ça. « C’est une machine à attaquer, à attaquer et à attaquer » , admire Tata Martino, son adversaire du soir. Animés par la même passion du beau jeu, les deux hommes sont des « Bielsistes » convaincus. Comme leur guide, ils sont originaires de Rosario et ont été supporters de Newell’s Old Boys, le club où Marcelo Bielsa a joué avant de faire ses débuts d’entraîneur avec deux titres de champion d’Argentine (1991,1992). Et ils ne sont pas les seuls : en Europe, Eduardo Berizzo au Celta Vigo ou encore Mauricio Pochettino à Tottenham se disent disciples de Bielsa.

Faire un tango à deux

Sur le papier donc, et quelles qu’en soient les raisons, le savoir-faire des coachs argentins semble indéniable. Un talent dont leur voisin brésilien n’a visiblement pas hérité… Mais attention, il y en a un qui n’est pas d’accord avec ça. Un certain Roberto Carlos. Pour l’ancien latéral gauche de la Seleção, les bons résultats des entraîneurs argentins sont liés… à la chance et à un phénomène de mode : « Les Brésiliens ne valorisent pas ce qu’ils ont chez eux. Vous me parlez de quatre entraîneurs argentins, je ne pense pas qu’ils soient meilleurs que les techniciens brésiliens. C’est plutôt lié à la chance, ils ont de la qualité pour travailler et les résultats apparaissent. La sélection brésilienne est en construction et jeune. » Alors, chance ou véritable talent albiceleste ? Comme le dit le proverbe argentin : « Pour faire un tango comme pour faire un bébé, il faut être deux. »

Par Sara Menai

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