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Hubert Fournier doit-il revoir sa communication ?

Tous propos recueillis par Nicolas Jucha
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Hubert Fournier doit-il revoir sa communication ?

Un coup de pression sur Tolisso, des critiques à peine voilées de Lacazette, un soutien très timide à Mapou Yanga-M'Biwa... Depuis juillet, Hubert Fournier n'a pas été tendre avec ses hommes, au point que l'on parle d'échanges de plus en plus tendues à Tola Vologe. Des professionnels en communication des dirigeants décryptent la méthode Fournier.

Depuis le début de saison, l’atmosphère à Lyon semble tendue. La faute à des résultats en dents de scie, mais aussi à un relationnel entre Hubert Fournier et ses joueurs qui tend à se détériorer. Il faut dire que depuis juillet, le technicien n’a pas ménagé ses joueurs comme Alexandre Lacazette, notamment après son penalty manqué contre La Gantoise en Ligue des champions. Plus récemment, il a rappelé à Corentin Tolisso qu’il y avait des joueurs de son âge qui savait déjà – contrairement à lui – enchaîner les performances de haut niveau. Des techniques de communication qui laissent incrédules certains spécialistes comme Patrick Chanceaulne, ancien joueur professionnel à Bordeaux, et désormais consultant en comportement managérial : « Quand Fournier met la pression sur Corentin Tolisso, il y a plusieurs soucis. Déjà, le fait de le comparer à autrui, c’est une micro-violence verbale. Cela implique un jugement négatif. Comme de sous-entendre « tu es mauvais », cela crée une distance entre le joueur et l’entraîneur. Dire à Tolisso que d’autres sont meilleurs dans d’autres clubs, cela pousse le joueur à n’entendre qu’une seule info : il est mauvais. » Et non pas à lui faire croire en son potentiel, ce que l’ancien entraîneur de Reims espérait probablement. Mais pour Patrick Chanceaulne, la plus grosse boulette de Fournier est liée à ses commentaires sur le penalty manqué d’Alexandre Lacazette, en ouverture de la Ligue des champions : « La règle d’or, c’est de ne pas citer ni sous-entendre un joueur en conférence de presse sans l’avoir prévenu en amont. Il découvre les propos en direct, c’est terrible » , assure le spécialiste pour qui, si l’entraîneur « n’a pas eu le temps de parler au joueur, alors il ne doit pas le mentionner, même indirectement » . Sauf éventuellement pour le féliciter, « mais même là, c’est sensible, car féliciter un joueur peut froisser le reste du groupe » . Un dirigeant, c’est avant tout un connaisseur en psychologie.

Laurent Philibert : « Les entraîneurs devraient maîtriser l’art du langage »

Hubert Fournier a-t-il conscience des dégâts générés par sa communication ? Pour Laurent Philibert, directeur pédagogie du cabinet de conseil en communication des dirigeants personnalités, il y a plusieurs hypothèses. « C’est peut-être une problématique d’assertivité, c’est-à-dire une incapacité de dire les choses en face par peur de faire face à un raz-de-marée émotionnel. Ou alors Fournier tente de faire ce que l’on appelle dans le jargon « une manipulation », il s’adresse à la presse pour piquer son joueur au vif. Mais d’une manière générale, cartonner un joueur dans les médias, c’est à éviter » , assure Philibert, pour qui Fournier tente peut-être de renforcer son autorité vis-à-vis de l’extérieur en « montrant qu’il n’a pas peur de rentrer dans les stars de son groupe et qu’il a donc les épaules pour l’OL. » À moins qu’il ne s’agisse d’un cas de communication non maîtrisée, « qu’en face des journalistes, il perde ses moyens et dise des choses qu’il ne souhaiterait pas dire en temps normal ou même ne pense pas. C’est assez courant, le cas de personnes qui ne contrôlent pas leurs propos devant un public ou des caméras… » Pour Chanceaulne, dans une entreprise normale, Hubert Fournier aurait déjà été sanctionné, mais dans le football, « on est défaillant sur ses questions de communication des dirigeants » . Un constat que partage Philibert, car « les présidents de club regardent le pedigree technique, mais pas la dimension relationnelle. Et pourtant, les entraîneurs devraient avoir dans leur panoplie l’art du langage. »

Hubert Fournier et GIGN, même combat

Selon Patrick Chanceaulne, quelques clubs de football et techniciens commencent à le contacter, notamment depuis la sortie de son ouvrage Les entraîneurs sont-ils entraînés ? À ses yeux, seules des individualités comme Arsène Wenger sortent du lot, « car ils savent se montrer fermes mais compréhensifs » , quand la majorité lui fournit « de la matière sur ce qu’il ne faut pas faire lorsque je m’exprime dans des conférences » . Si, dans le basketball ou le handball, voire en rugby, il est consulté, rares sont les techniciens du ballon rond à oser franchir le pas par peur de l’inconnu. « Il y a Guy Lacombe qui m’a appelé après la sortie de mon livre, il m’a dit : « Qu’est-ce que tu nous a mis… Je n’avais pas conscience de faire autant de conneries… » » Pour Laurent Philibert, la source du problème tient à l’imaginaire des entraîneurs de football : « Le chef gueule, bouscule, met dans l’inconfort. Mais cela révèle une faiblesse de leadership quand on en abuse. Il faut faire adhérer, pas contraindre. Dans le sport, cela devrait être encore plus important qu’ailleurs. Il faut préserver les ego de ses collaborateurs pour que, quand on gueule ou tape du poing sur la table, cela paraisse légitime. » Pour appuyer sa démonstration, le consultant évoque un négociateur du GIGN avec lequel il a travaillé : « On pourrait croire que dans ce milieu bourré de testostérone, il est dans l’imposition d’un rapport de force. Or c’est le contraire, quand il négocie, il est dans la psychologie, ce que l’on appelle la négociation raisonnée. Il offre à son interlocuteur une porte de sortie par le haut. On ne peut pas faire changer d’avis quelqu’un sans aller un minimum dans ses intérêts. » Et donc pour un entraîneur de football, il faut « aider ses joueurs à progresser en priorité » affirme Chanceaulne. Et surtout, éviter à chaque fois de repousser ses responsabilités sur ses subordonnés, à l’image d’Hubert Fournier lorsqu’il commente le fameux penalty manqué de Lacazette.

Patrick Chanceaulne : « Techniquement, les entraîneurs se valent, humainement, les différences sont grandes »

« Fournier aurait dû dédramatiser le penalty contre La Gantoise. Sinon, il casse son joueur et lui fait perdre 30 à 40% de potentiel de performance. Cela peut paraître une petite erreur, mais répétée et accumulée, cela donne des joueurs qui ne croient plus en leur entraîneur » , assure Chanceaulne. Un exemple qui illustre le concept de la « hiérarchie des fonctions et des responsabilités » . « Le supérieur hiérarchique doit se considérer comme responsable des échecs a priori, et seulement après avoir fait son auto-critique, il peut pointer du doigt quelqu’un en dessous, sinon c’est une faute professionnelle. » D’où l’incompréhension du consultant concernant la rupture du contrat d’Hervé Renard à Lille. « Il a pris les responsabilités, admis ses limites et préservé ses joueurs. Si Seydoux s’est séparé de lui, c’est parce qu’il a perçu un « aveu de faiblesse », mais il s’est trompé. C’était surtout une remise en question assumée » , laquelle aurait pu déboucher sur une amélioration des résultats. Les propos de Florent Balmont, qui avait regretté publiquement le départ du double champion d’Afrique, semblent aller dans ce sens. « Les entraîneurs se valent tous plus ou moins sur le plan technique, c’est au niveau humain que les différences sont importantes » , confirme Chanceaulne, qui lâche au passage une anecdote sur Jean-Louis Triaud : « Il m’a admis recruter au hasard, sans faire le moindre test : « Tu me vois faire passer un test à Jean Tigana ? » m’avait-il répondu. » Et pourtant, selon tous les spécialistes du management, une communication avec ses collaborateurs maîtrisée, c’est une grande partie des problèmes tués dans l’œuf. « Dans le cas d’Hubert Fournier et ses joueurs, si jamais la relation continue de se distendre, ce sera au président de trancher, et en général, c’est l’entraîneur qui part » , prévoit Laurent Philibert. Ce qui ne présage rien de bon pour le futur du technicien sur les bords du Rhône.

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