- Mondial 2026
- 8es
- États-Unis-Belgique
Ricardo Pepi : ceci n’est pas une pipe

Avant de devenir le numéro 9 de la Team USA, Ricardo Pepi passait ses week-ends entre les États-Unis, où ses parents avaient immigré, et le Mexique, où réside encore une partie de sa famille. Un destin à contre-courant du climat politique américain, marqué par le bras de fer contre l’immigration depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.
Le pont Internacional Paso del Norte d’El Paso a deux particularités : il passe au-dessus du Rio Grande, fleuve rendu célèbre par le western éponyme de John Ford, et se situe dans deux pays différents. Sa partie nord est aux États-Unis, sa partie sud au Mexique. Ce pont délimite aussi la ville américaine d’El Paso et la ville mexicaine de Ciudad Juárez. Avant de devenir le numéro 9 des États-Unis pour cette Coupe du monde à la maison, Ricardo Pepi a grandi entre ces deux mondes séparés par des frontières aussi physiques que symboliques.
Peuplé à 80% d’hispanophones, El Paso est l’une des portes d’entrée du rêve américain pour les immigrés mexicains, latino-américains et sud-américains. Nés au Mexique, les parents de Ricardo Pepi ont emprunté cette route migratoire, laissant une partie de leur famille de l’autre côté de la frontière. « J’ai grandi dans une région unique, déclarait Ricardo Pepi à ce sujet. Vivre à El Paso et avoir ma famille à Ciudad Juárez signifiait que je traversais la frontière chaque semaine pour leur rendre visite. »
La Pepi-te d’El Paso
Quand il ne passe pas d’un pays à l’autre, le Mexicano-Américain tape dans le ballon. À 4 ans, Pepi commence le foot dans les championnats locaux d’El Paso. Dès ses premières foulées sur la pelouse, le p’tit gars montre qu’il a déjà un sacré caractère. Quand un de ses coéquipiers écorche son nom en l’appelant Pepe, comme le défenseur portugais, Ricardo rétorque : « Moi, c’est Pepi. » Déjà plus grand que les joueurs de son âge, celui qui fait 1,85 mètre aujourd’hui est le premier à arriver à l’entraînement et le dernier à le quitter. « Je pense que grandir dans la culture mexicaine apprend à travailler chaque jour pour atteindre ses rêves. C’est exactement ce qu’a fait Ricardo », affirme un de ses amis d’El Paso. Cette mentalité est aussi inculquée par son père Daniel, employé dans les chantiers dès l’adolescence. Le Mexicain sait qu’il faut travailler dur pour réussir de l’autre côté de la frontière.
Malgré une vie de dur labeur, la famille Pepi galère financièrement. Le padre dépense le peu d’argent qu’il gagne dans la formation de son fiston. Il lui offre notamment un maillot de Cristiano Ronaldo, l’idole de jeunesse du jeune goleador. Chez les Lions d’El Paso, Daniel Pepi entraîne aussi son fils avec les autres Mexicano-Américains de la ville. Le club des Pepi passe ensuite sous pavillon américain et devient l’antenne du FC Dallas. La franchise de MLS finira par repérer le jeune avant-centre. À 13 ans, une vie à l’américaine l’attend, loin de la culture mexicaine d’El Paso.
Je suis très fier d’être mexicano-américain.
En 2018, le fan de Venus Williams part pourtant en camp d’entraînement avec les jeunes du… Mexique. Quelques semaines plus tard, il réalise cette fois un stage avec les U17 des États-Unis. Ricardo Pepi est finalement appelé par le sélectionneur américain Gregg Berhalter pour les qualifications à la Coupe du monde 2022. Il justifie alors son choix sur les réseaux sociaux : « J’ai grandi dans une famille attachée à ses racines mexicaines. J’aime ma culture, ma communauté, et je suis très fier d’être mexicano-américain. Mais je suis aussi né et j’ai grandi aux États-Unis. Ce pays a énormément apporté à ma famille et m’a permis de réaliser mes rêves. C’est pourquoi je suis très fier de représenter la sélection américaine. »
Post Instagram Voir sur instagram.com
L’ICE, Trump et le binational
En réaction à ce message, le nouveau joyau de la Team USA reçoit une ribambelle d’insultes des supporters mexicains. Au football, les vagues de haine qui accompagnent le choix de sélection des joueurs binationaux ne sont pas nouvelles. Elles traduisent ici des fractures identitaires et politiques entre les États-Unis et le Mexique, renforcées par l’arrivée de Donald Trump à la tête des États-Unis en 2016. Celui qui voulait construire un mur entre les deux pays s’est lancé dans une croisade contre le peuple mexicain « pour lutter contre l’immigration illégale ». Le Trump wall n’est pas arrivé à son terme, mais le président des USA a sorti une autre carte de ses cheveux : la police chargée de l’immigration, l’ICE en VO.

Depuis que Donald Trump a reposé ses 108 kilos à la Maison-Blanche en 2025, des familles d’immigrés, notamment d’origine mexicaine, craignent d’être expulsées par l’ICE. « Les policiers de l’ICE font des rafles depuis janvier dans l’est d’El Paso », confiait un Mexicano-Américain au Monde. Pendant que l’ICE s’attaque à la communauté dont est issu Ricardo Pepi, l’attaquant désormais au PSV Eindhoven, auteur de 19 buts cette saison, devrait être titulaire pour le huitième de finale du Mondial face à la Belgique ce lundi. L’occasion de rappeler à l’ICE, à Trump et à ses défenseurs que la double identité peut être un atout, un pont vers l’ascension.
L’UEFA dézingue la FIFA sur l’affaire BalogunPar Mathis Blineau-Choëmet

















































