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« River Plate est au même niveau que les clubs allemands »

Propos recueillis par Julien Faure, à Paris
8' 8 minutes
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Respectivement ancien vice-président pendant 8 ans et ancien joueur, Matías Patanian et David Trezeguet occupent désormais des rôles d’ambassadeurs internationaux de River Plate, chargés du développement mondial du club, en pleine expansion. De passage à Paris, début juin, pour présenter le projet du club, ils se sont posés pour exposer leurs objectifs pour la marque River.

Pourquoi chercher à développer River à l’étranger ?

Matías Patanian : Parce qu’après être repartis de zéro après la relégation de River (en 2011, NDLR), nous avons atteint nos objectifs. Il a d’abord fallu les fixer : rétablir l’institution River, son économie, sa santé administrative, ses résultats sportifs. Puis est venu le temps de l’infrastructure : River possède le plus grand stade d’Amérique du Sud et est en passe d’avoir le troisième plus grand stade du monde (101 000 places) et un toit, ce qui est inédit dans le pays. Après avoir franchi toutes ces étapes dans différents domaines, nous avons compris que le moment était venu de renforcer notre marque, pour un des clubs les plus importants du monde, mais en travaillant de manière plus professionnelle sur sa diffusion.

Et comment cela pourrait-il se traduire ? Y a-t-il des régions ou des continents sur lesquels vous vous concentrez davantage ?

David Trezeguet : Nous nous concentrons sur le monde entier. Notre mission consiste à montrer et à mettre en pratique ce que nous savons de River et du monde à travers nos expériences.

MP : River a fait sa présaison ici en Espagne, à Alicante, à la mi-juin. À terme, l’idée est justement d’organiser ce genre d’activités de présaison à travers le monde. Pour montrer au monde entier ce dont nous sommes capables. Cette approche est importante pour nous.

Avez-vous des objectifs précis en venant en Europe ?

MP : C’est notre première tournée de cette nouvelle étape. L’idée, c’est que pour chaque action qu’on mène, on assure un suivi et qu’on en tire profit pour le club. Tout ce que nous ferons devra contribuer à une plus grande diffusion, un plus grand retentissement, une plus grande audience et à l’augmentation de nos revenus.

 

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Le nombre de socios a considérablement augmenté en 12 ans (de 68 000 en 2013 à 350 000 en 2025). L’objectif est-il d’avoir plus de socios à travers le monde ?

MP : River est le club qui compte le plus d’adhérents payant leur cotisation mensuelle. Au niveau mondial, je pense qu’on est très proches du Bayern Munich. L’objectif est d’élargir notre audience mondiale, d’attirer des sponsors mondiaux et d’offrir à nos sponsors actuels de nouvelles audiences pour toucher plus de gens.

Dans un podcast, vous avez souligné que River, l’un des plus grands clubs du continent, dispose environ du budget du cinquième du championnat brésilien. La concurrence se trouve là ?

MP : Aujourd’hui, Flamengo reçoit cinq fois plus d’argent des chaînes de télévision que River. Nous ne pouvons pas lutter structurellement, le championnat a ses limites. Mais grâce à notre travail au sein de River, nous devons faire preuve de plus d’inventivité pour trouver des sponsors, un nom pour le stade, de nouveaux accords qui nous permettent d’être compétitifs. Indépendamment de ça, River possède, avec Barcelone et Benfica, un des centres de formation les plus prestigieux au monde. Ça nous permet d’être compétitifs et, par la suite, de tirer profit des transferts de ces jeunes joueurs, comme Franco Mastantuono, Julián Álvarez ou Enzo Fernández.

En parlant de profits ou de financements, il y a un gros sujet en Argentine sur la question de la privatisation des clubs, notamment depuis l’élection de Javier Milei. Est-ce que c’est quelque chose d’envisagé à River ?

MP : C’est impossible. L’assemblée générale de River, qui représente ses membres, s’est prononcée catégoriquement contre. Je n’exclus pas que ce soit une bonne solution pour un club plus petit qui pourrait mettre cela en place mais River n’en aura jamais besoin et ne le fera jamais.

 

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Les problèmes financiers touchent tous les clubs argentins. Cela rend compliqué la venue de têtes d’affiche. Les stars nationales qui reviennent au pays sont pour la plupart en fin de carrière. Quelle est la position de River là-dessus ?

DT : Les situations sont différentes d’un club à l’autre. Certes le foot argentin ne peut pas rivaliser sur le plan économique, même avec le Brésil, pour dépenser certaines sommes. Il y a des joueurs d’un certain âge, animés par la volonté de revêtir à nouveau le maillot de River, et cette disponibilité est importante pour nous. Maintenant, il y a d’autres objectifs. Footballistiquement parlant, garder ses jeunes pousses ne dépend pas que de River. En Amérique du Sud, il y a toujours eu ce schéma de formation, d’intégration à l’effectif pro, avant, pour les meilleurs, de partir en Europe, ou en Asie maintenant, avec des clubs qui payent les clauses libératoires. River a toujours eu à sa disposition des joueurs d’un certain niveau, via son centre de formation. En donnant toujours la priorité à l’aspect sportif et en voulant être un acteur majeur de ses championnats nationaux et internationaux, River essaye de voir si ce type de joueur sur le retour peut intéresser le club. C’est ce qui s’est passé avec Acuña, Pezzella, Montiel (Nicolás Otamendi a aussi signé depuis). Des joueurs d’un certain âge, mais c’est nécessaire pour River, ils sont très importants. Après, c’est l’entraîneur qui décide toujours, finalement.

Kendry Páez a récemment été prêté à River pour se relancer. Est-ce que ce pourrait être une stratégie de River de relancer ce type de joueur pour mettre plus en valeur le club ?

MP : On ne recrute pas un joueur pour la renommée. Dans ce cas, c’est une stratégie de collaboration avec un club européen comme Chelsea, où il peut y avoir un accord, où Chelsea peut s’intéresser aux projets de River, où il peut y avoir une priorité. Dans ce cas, River a su tirer parti d’un joueur très précieux, qui n’avait pas encore donné sa pleine mesure.

River n’a rien à envier à personne, sauf qu’il évolue dans un championnat qui n’a pas la même importance que les championnats européens.

Matías Patanian

Nouer des partenariats avec de grands clubs européens, c’est une stratégie future pour River ?

MP : Nous l’avons fait avec le groupe City, nous avons conclu un accord avec eux pour Julián Álvarez : alors que Julián avait été vendu, il est resté six mois de plus à River, et c’est grâce à cette opération que la relation s’est maintenue. Ce qui a permis ensuite de conclure l’affaire pour Claudio Echeverri. Il y a déjà deux ans, nous avons tenté, en collaboration avec le groupe City, une stratégie d’achat d’un jeune talent comme Valentín Gómez, qui devait être acheté conjointement par River et City (finalement transféré de Vélez Sársfield au Betis à l’été 2025). C’est un exemple de partenariat entre un club européen et un club sud-américain, qui s’associent pour acheter un joueur puis en partager la propriété.

Pour un club aussi important que River sur son continent, n’est-ce pas un recul de devoir compter ainsi sur les grands clubs européens ?

MP : River fait partie des 10 clubs les plus importants au monde. Il y a des différences économiques et des différences de championnat, mais en matière d’envergure, River est au même niveau que les clubs allemands, parmi ceux qui ont le plus de socios au monde, dixième mondial en matière de recettes par journée de match, va avoir un stade de 100 000 places. River n’a rien à envier à personne, sauf qu’il évolue dans un championnat qui n’a pas la même importance que les championnats européens.

 

S’appuyer sur le centre de formation, ça fonctionne en championnat mais cela peut-il suffire pour regagner la Copa Libertadores ?

DT : Je pense que c’est un choix plus technique. Il y a un entraîneur qui a la responsabilité de faire ses choix. Il a des solutions, c’est ensuite à lui de gérer, les plus jeunes ou les moins jeunes, les joueurs les plus expérimentés… Mais ce n’est pas une question de stratégie, en fonction des joueurs disponibles, c’est l’entraîneur qui décide de ce dont il a besoin.

Pablo Longoria est arrivé au club. Que peut-il apporter ?

DT : Pablo est un personnage qui a un parcours remarquable. Il a d’abord été nommé directeur sportif, puis président d’un club aussi prestigieux que l’Olympique de Marseille. Il est venu en Argentine pour réorganiser toute la structure sportive, le recrutement, avec sa vision et un message clair pour renforcer River. Il faudra lui laisser le temps nécessaire pour qu’il puisse se familiariser, s’adapter et faire son travail.

Si le football argentin véhicule une image de passion assez incroyable en Europe, il a aussi été lié à des affaires de racisme ces derniers temps. Pour développer le club au niveau international, vis-à-vis des sponsors…

MP : Les derniers événements qui se sont produits ? Pourquoi ?

Les chants de la sélection, l’affaire Prestianni, même s’il est pas de River… En France et en Europe, les gens n’ont pas la même vision qu’en Argentine. Ça ne peut pas être un frein au niveau des sponsors ou du marketing ?

DT : Argentine-France, cette relation… (Il précise.)

MP : Ce n’est pas un sujet en Argentine. On a beaucoup de problèmes, mais s’il y a quelque chose que l’on a pas, c’est le racisme, on a la paix.

Donc ça n’a jamais été un frein pour quoi que ce soit au niveau du développement ?

MP : Non, pas du tout.

Un champion du monde signe à River Plate

Propos recueillis par Julien Faure, à Paris

Interview réalisée avant l’ouverture de la Coupe du monde.

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